La Clémence de Titus, un symbole en musique

Le Théâtre des Champs Elysées présentait cet ultime opéra de Mozart le 25 février. L'occasion d'y écouter une magnifique voix : celle d'Alice Coote et de se plonger dans l'univers ciselé et magnifiquement structuré de Mozart
Copyright Reuters
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Dernier opéra de Mozart, écrit en 1791, peu de temps avant sa mort, la Clémence de Titus est une ?uvre pour le moins symptomatique et oh combien symbolique. Symptomatique du génie de ce musicien, qui même à bout de souffle, éreinté par une vie trop dense et trop courte, nous livre ici une pierre parfaitement ciselée. ?uvre où les valeurs symboliques le disputent volontiers à la féerie musicale. Car que dire de l'intrigue de la Clémence sinon qu'elle ressemble fort à un condensé des valeurs morales de l'époque de Mozart. Raison pour laquelle, cet opéra rencontra d'ailleurs un très vif succès dans toute l'Europe lors de sa sortie.
L'histoire se déroule à Rome où l'empereur Titus doit normalement demander à Bérénice de devenir sa femme. Vitellia qui rêvait de devenir impératrice demande alors à Sextus, amoureux d'elle, de la venger en assassinant Titus. Sextus, ami fidèle de Titus, accepte finalement le stratagème de Vitellia, non sans remord, ce fidèle soldat étant déchiré entre son amour et sa loyauté. Finalement, la tentative de Sextus échoue. Il se dénonce très rapidement ne supportant pas le mensonge. Titus doit alors décider du sort réservé à son ami. Après l'avoir écouté, il décide de le gracier faisant preuve d'une impériale magnanimité. Mais son pouvoir ne repose-t-il pas sur l'amour et la paix ? Il sortira bien évidemment grandi de cette décision.

Une version de concert qui en dit long


Ecrit en même temps que la flûte enchantée, cet opéra diffère, certes, radicalement du conte initiatique commandé par Emanuel Schikaneder. D'un style plus sérieux et métaphorique, cette ?uvre revêt un caractère quasi aristocratique. Elle n'en est pas moins facile d'accès grâce à une musicalité extraordinairement riche (les récitatifs sont très peu nombreux) et expressive.

Deux voix remarquables


En choisissant de présenter cette ?uvre en version de concert, le Théâtre des Champs Elysées n'a pas manqué son effet. Tous les protagonistes sont, en effet, investis d'une telle charge émotionnelle et symbolique qu'il suffit de les entendre chanter pour s'immerger dans le langage que voulait donner à entendre Mozart, y trouver les clefs ce conte moral. Le décor n'est pas nécessaire. Seul compte la valeur ontologique de chacun. Et quelle distribution ! Sous la baguette de Louis Langrée, la soirée était dominée par deux voix, celle d'Alice Coote dans le rôle de Sextus et celle de Malin Hartelius dans celui de Vittelia. La première, chaude, puissante, rigoureuse et tellement émouvante rendait parfaitement les atermoiements et le tempérament de son personnage. La seconde, expressive, chaleureuse et fatalement sensuelle campait tout aussi fidèlement cette femme aux ambitions démesurées.
Seul bémol à ce plateau d'exception, le ch?ur de la Deutscher Kammerchor sous la direction de Florian Benfer chantait un peu trop fort, monopolisant l'attention lorsqu'il devait plutôt l'accompagner.
Mozart sera à nouveau à l'honneur au Théâtre des Champs Elysées en mai avec une nouvelle production de Cosi Fan Tutte dirigée par Jérémie Rhorer. L'occasion de visiter une ?uvre totalement différente où le génie se mêle ici au burlesque et à la fable de m?urs.
 

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