La déflation : une menace pour la démocratie

 |   |  633  mots
Par Harold James (Université de Princeton).

La crise actuelle révèle que l'on ne peut donner avec certitude de valeur précise aux choses. Ni sur les marchés financiers ni même dans l'ordre politique. Avec le papier-monnaie, et l'indépendance des banques centrales vis-à-vis du pouvoir politique, on crut pouvoir accumuler les actifs et les utiliser comme garanties pour emprunter des sommes toujours plus importantes. Or la destruction à grande échelle d'actifs financiers a ébranlé cette supposition.

La déflation qui émane du secteur financier est très dangereuse. Elle est en effet plus difficile à traiter que l'inflation, car les taux d'intérêt ne peuvent être abaissés en dessous de zéro. Or, plus ils se rapprochent de zéro, plus la politique monétaire devient problématique : les instruments politiques ne fonctionnent plus ; les banques centrales ont des bilans élargis, mais les prix continuent à chuter. Sauf le prix des dettes, fixées en valeur nominale.

L'inflation et la déflation des dettes ont des conséquences très différentes. Alors que l'inflation réduit la valeur de la dette, la déflation l'augmente, donnant l'impression au débiteur d'être étouffé par une chape de plomb. Au moment de la grande dépression de l'entre-deux-guerres, l'économiste Irving Fisher décrivait précisément le processus de déflation de la dette : soucieux de la dégradation de la qualité de leurs actifs, les prêteurs demandent le remboursement de leurs emprunts et poussent les emprunteurs à liquider les actifs. Une exigence qui pèse toujours plus sur le prix des actifs traîne toujours plus de rationnement de crédit et de faillites, notamment de banques.

La réponse politique à la déflation consiste à renforcer le rôle de l'Etat, car il est impossible de remédier à la déflation dans les limites d'opérations normales de marché. Seul l'Etat est suffisamment fiable pour assumer l'ensemble de la dette, trop lourde pour des établissements privés qui ne supportent pas les risques. Dès lors, il engage des dépenses spéciales, et prend des décisions politiques qui sauvent tels ou tels individus et sociétés.

Dans le climat de pénurie qui caractérise les déflations de dette, la spécificité des opérations de sauvetage par l'Etat conduit inévitablement à un intense débat politique. Qui mérite d'être sauvé, et plus exactement qui doit impérativement l'être pour préserver l'intérêt général ? Aux Etats-Unis, nous voyons cela actuellement dans le débat sur les conséquences pour la répartition du sauvetage de l'industrie automobile ; ou dans la crainte que les "hedge funds", largement tenus pour responsables du malaise financier, n'aient accès aux lignes de crédit d'urgence de la Fed.

A l'heure actuelle, on repense avec intérêt à l'histoire du Japon dans les années 1990, cette "décennie perdue" sur le plan économique qui a aussi nui à la légitimité du parti démocrate-libéral au pouvoir. La grande dépression des années 1930 a eu des conséquences plus alarmantes : la réaction politique à la déflation en Europe centrale et en Amérique latine a détruit l'ordre en place, y compris plusieurs démocraties.

L'étatisme a été une réaction typique du XXème siècle aux nouvelles incertitudes. Son caractère inapproprié pourrait entraîner une réaction encore plus ancienne : un dégoût pour l'économie de marché, assorti d'une condamnation généralisée de la dette et des titres de créance.

Au moment où les gouvernements s'empressent de régler la crise, souvenons-nous que la déflation produit généralement l'anticapitalisme radical mais aussi une profonde hostilité à l'égard de tout type d'organisme économique ou politique.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
L'hyperinflation est nettement préférable. Voir par exemple le Zimbabwe: ill ne leur manque plus que la peste ! (ils ont déjà le choléra!)
Japon ou Zimbabwe? Mon choix est fait !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il est bien américain, aucun doute là dessus...Einstein était à Princeton fut un temps...c'est bien fini...!
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
effectivement dans la crise internationale actuelle nous assistons a la deflation.
Est elle issu d'une politique accomodante de la Fed qui a facilité l'accélérateur de la crédit? celle ci peux conduire à de nombreuses conséquences...La déflation nous améne a débattre sur des conceptions de politique monétariste ou keynesienne.
Le partie prie pour la france est la premiere voie avec un vaste plan de relance issu probablement d' une création monétaire en monnaie de singe?
De plus la baisse des taux d interet proche d'un plus bas historique ne conviendrait sans doute pas a la situation.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :