Ben Bernanke porte-t-il la poisse ?

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune

De ses vacances dans le Massachusetts, Barack Obama a fini par faire gentiment ce que Wall Street lui demandait avec insistance : renouveler le mandat de Ben Bernanke à la tête de la Federal Reserve, la banque centrale des Etats-Unis. Voilà en effet un homme providentiel. Son action a permis d'éviter la spirale dépressive qui menaçait la planète pendant la crise financière. Il a abaissé les taux d'intérêt à zéro, permettant aux banques de se refaire avec des marges considérables, déclenchant la plus forte reprise boursière depuis l'entre-deux-guerres et redémarrant la machine à fabriquer des milliards. Qu'un incendie se produise, voici le camion de Ben le pompier qui déploie sa lance et arrose avec ses intarissables liquidités. Juste assez interventionniste pour éviter le désastre, et pas assez pour empêcher Wall Street de se goinfrer en toute impunité, voici le banquier central idéal. Même dans le monde des Schtroumpfs, on n'était pas assuré de trouver mieux.

Obama aurait pourtant pu se poser deux questions à propos de Bernanke. Tout d'abord une question essentielle lorsqu'on nomme un responsable de premier plan : ne porte-t-il pas la poisse ? Voilà un homme qui a travaillé toute sa vie universitaire sur la Grande Dépression des années 1930 - il a publié neuf doctes essais sur le sujet, à une époque où personne n'imaginait que ces ouvrages pourraient servir à autre chose que caler des guéridons branlants. Bernanke à peine nommé, et voilà la Grande Crise qui revient. A se demander si les deux événements ne sont pas liés. Plutôt que de choisir la solution de facilité, Obama aurait pu nous dénicher le spécialiste mondial des Trente Glorieuses.

Ensuite, le fait même que le petit monde des marchés mondiaux soit unanime à célébrer les vertus du saint-bernard de la finance ne laisse pas d'inquiéter. Les mêmes n'étaient-ils pas prompts à idolâtrer le "sorcier" Greenspan, dans les années 1990, pour le condamner aujourd'hui à cause de sa politique monétaire laxiste ? N'ont-ils pas répété avec ferveur les âneries de "Magic Alan" sur l'efficience des marchés ? En clair, l'assentiment des financiers n'a pas grande valeur quant à la pertinence de la politique choisie. Seule l'épreuve du temps donne le juste verdict. A cet égard, le dénouement des positions financières qu'a prises la Fed pour soutenir les banques et l'économie des Etats-Unis - qui s'évaluent en milliers de milliards de dollars - réserve peut-être quelques surprises.

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