Polanski, une vengeance suisse

 |   |  442  mots
Par Sophie Gherardi, directrice adjointe de la rédaction de La Tribune.

Ah, vous en voulez de l'entraide judiciaire ? Eh bien, vous allez en avoir ! On imagine la jubilation secrète du juge de Zurich qui a fait arrêter samedi le cinéaste Roman Polanski. La veille, la Suisse venait d'obtenir d'être rayée de la "liste grise" des paradis fiscaux tenue par l'OCDE et entamait une nouvelle vie de pays vertueux parce que coopératif en matière judiciaire et fiscale. Pour fêter ça, la Confédération offre un cadeau empoisonné aux deux pays qui lui ont fait le plus de misères depuis des mois pour qu'elle renonce à son secret bancaire, les Etats-Unis et la France.

Il est vrai qu'elle n'a fait qu'exécuter un mandat d'arrêt international émis par la justice américaine. Mais l'administration Obama n'a sûrement pas débouché le champagne en apprenant qu'elle allait devoir gérer l'affaire Polanski. Le cinéaste s'est effectivement soustrait à la justice en 1978 en quittant les Etats-Unis avant son procès pour le viol de Samantha Gailey, 13 ans, niant toute contrainte mais admettant le détournement de mineure. Cependant, à part le district attorney de Los Angeles et la droite américaine, on ne voit pas qui pourrait se réjouir de son arrestation plus de trente ans après les faits - même la victime a souhaité l'abandon des poursuites.

Barack Obama est pris entre deux feux. Ses amis et soutiens d'Hollywood, comme l'ensemble du monde du spectacle, vont faire pression pour que le grand cinéaste franco-polonais soit libéré. La "droite morale" n'attend qu'un signe de clémence ou même de compassion du président pour lui tomber dessus sur le thème : il défend un délinquant sexuel simplement parce qu'il est célèbre. D'autant que Polanski est l'objet d'une haine particulière dans ces milieux, où l'on ne lui pardonne pas d'avoir réalisé des films sulfureux comme "le Bal des vampires" ou "Rosemary's Baby" : le meurtre horrible de sa femme Sharon Tate, enceinte de huit mois, par une bande d'assassins satanistes en août 1969 ne lui a pas été compté comme une circonstance atténuante mais aggravante. En France aussi, des dégâts politiques sont à prévoir.

Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a exprimé en termes forts son émotion et son soutien à l'artiste. Pas sûr que l'opinion le suive. Paris, qui s'est montré inflexible dans l'affaire Cesare Battisti, cet auteur de polars réclamé par l'Italie pour des meurtres commis pendant les années de plomb, ne doit pas être très à l'aise aujourd'hui pour évoquer la prescription, le pardon et l'oubli.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Un ado de 13 ans télécharge un morceau de musique. Branle-bas de combat, Hadopi est bafoué. Que dit la classe politique ?

Une mère de famille écrit "Hou la menteuse" en commentaire d'une vidéo où l'on voit une ministre se faufiler dans un studio. Branle-bas de combat, la mère de famille est convoquée par la police. Que dit la classe politque ?

Un cinéaste reconnait avoir drogué et abusé d'une ado de 13 ans alors que lui-même avait plus de 40 ans. Il s'enfuit avant son procès, puis est rattrapé par la justice. Branle-bas de combat, scandale, pétition. Que dit la classe politique ?

Selon la classe politique, ceux-là même qui sont garants de l'égalité des citoyens : face à la justice il vaut mieux être un cinéaste criminel (rappelons que Roman Polanski a reconnu les faits) qu'un ado Hadopi-cide ou un mère de famille Youtubophile.

Ah... si seulement le ridicule pouvait tuer...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Polanski en Zonzon, c'est tout ce qu'il mérite !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
... il y aurait beaucoup de morts !
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
" Meme la victime a souhaitait l'abandon des poursuites " Il faut preciser a l'aide de gros sous " Ce ci est tres grave c'est un viol accompagne de prostitution.Comment le gouvernement francais pourrait defendre de tels agissements ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Arrêtons l'hypocrisie : je doute que Polanski soit un délinquant sexuel et que son extradition vers les USA soit un cadeau empoisonné pour ces derniers. Je m'explique : il n?y a certainement pas eu viol. Les envies sexuelles ne sont pas réservées à l'âge adulte et sont fréquentes à un âge précoce. Allons, regardons les choses en face : elles ne font de mal à personne ! Cela dit, un adulte responsable se doit de réfléchir à deux fois avant de passer à l'acte avec un mineur, même très consentant... surtout au royaume du puritanisme que sont les USA !!! Ceux-ci ne recevront pas l?extradition de Polanski comme un cadeau empoisonné, mais comme un don du ciel, tellement ils seront heureux de le condamner au nom de la morale? Le péché, pour eux, ce n?est pas dans la cupidité et dans une avidité effrénée de dollars. Le péché, c?est le sexe ! Voila le mal. Pourfendons-le sans relâche ! Non, l?Inquisition n?est pas morte ! Et ce n?est pas Bill Clinton, qui fut persécuté par cette ordure de Kenneth Starr, qui me contredira. La peur du sexe a conduit toutes les religions du monde à le condamner ! En embastillant Polanski, les Etats-Unis se donneront bonne conscience, mais seront une fois de plus la risée du monde avec leur puritanisme.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
autant de conneries dans un aussi petit texte, incroyable
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Je suis parfaitement en phase avec ce qu'écrit Lenaj13. Sur le fond comme sur la forme de cette affaire, je suis effondré... Tout cette mobilisation de nantis est sordide et reflète bien la toujours existante lutte des classes ! (et dire que je ne suis même pas coco...)
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Bonne analyse de Mme Gherardi sur les motivations probables de la Suisse sur cette affaire.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Quoiqu'il en soit, l'Amérique comporte bien 2 visages: l'une tolérante et ouverte, progressiste, et l'autre, réactionnaire, intolérante et raciste, campée sur des convictions surannées et complètement dépassées, soi disant chantre de la vertu, mais n'hésitant pas à tuer au nom de l'Amérique et de Dieu. C'est celle là qui est incriminée dans cette affaire. Et quelle que soit la responsabilité de Roman Polanski dans cette affaire, pourquoi attendre 32 ans pour lancer un mandat d'arrêt international?

C'est bien l'hypocrite et pseudo vertueuse Amérique qui se manifeste là, pour tenter de déstabiliser Barack Obama, je pense que c'est là sa seule motivation... Pauvres types!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :