CO 2  : la retraite de la réforme

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Par François Lenglet, rédacteur en chef à La Tribune.

En ce jour de deuil, il nous faut penser d'abord à ceux qui souffrent plus que nous. Le père de la taxe carbone, tout d'abord, Michel Rocard, génie de la créativité fiscale, orfèvre de la complexité bureaucratique, envoyé spécial du président de la république dans les terres fertiles de la fiscalité du futur. Une fois de plus, personne n'a compris ce qu'il voulait faire. Et cela fait vingt ans que cela dure.

Chantal Jouanno ensuite, qui se dit "désespérée" par l'abandon de la fiscalité écologique. Un exemple de stoïcisme et de maîtrise de soi, de la part d'une ministre de la république qui, pour être championne de karaté, est restée ceinture blanche en politique. Toutes nos pensées vont ensuite aux fonctionnaires des impôts, qui salivaient depuis de longs mois à la pensée de respirer nos pots d'échappement, d'inspecter nos guimbardes, de nous assassiner au coin de la pompe à essence. Pour eux, retour à la bonne vieille niche - fiscale évidemment. Eric Woerth a quitté Bercy à temps. Il aurait fallu payer la tournée générale pour remonter le moral des troupes.

Improvisation, calculs politiques à la petite semaine, défi lancé au bon sens au nom du "volontarisme", télescopage avec d'autres réformes, annonces incessantes et brouillonnes, le tout emballé maladroitement avec de grands discours sur l'exemplarité française, la taxe carbone restera comme la caricature de la méthode Sarkozy. Même son retrait est un contretemps : il intervient après les élections et non pas avant, privant la majorité de l'éventuel bénéfice politique qui en aurait découlé, privant encore ce malheureux gouvernement Fillon 6 - ou bien est-ce déjà Fillon 7 ? - de ce répit que donne l'illusion d'un nouveau départ.

C'est une reculade à l'état pur. Et comme un augure sinistre pour la réforme des retraites, désormais chantier prioritaire de l'exécutif. Tiens, au fait, n'était-ce pas Michel Rocard qui avait le premier fait mine d'ouvrir le dossier des retraites, il y a vingt ans ?

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Commentaires
a écrit le 27/03/2010 à 6:14 :
Bien vu. Par ailleurs je vous ai trouvé un ton très juste dans l'émission C dans l'air du 26/03 face par exemple M. Fiorentino ne voyant que des chiffres, et non pas des populations, dans l'Europe du sud sinistrée.
a écrit le 25/03/2010 à 10:36 :
Ben oui... On gesticule beaucoup parmi nos soi-disant élites, mais on ne réfléchit pas beaucoup... Et on perd le bon sens, ne voulant pas prétendre être influencé par quiconque! Tout cela est bien brouillon, heureusement que la plupart des chefs d'entreprise ne gèrent pas leur entreprise de cette façon... Nous serions alors plus de 20 millions de chômeurs!

Pauvre France, tu n'as vraiment pas les dirigeants que tu mérites!

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