Retraite, la réforme injuste

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Philippe Mabille, éditorialiste et rédacteur en chef à La Tribune.

La France, pays de l'égalité, comporte presque autant de régimes de retraite que de fromages. Tel métier, telle corporation, s'est habitué depuis 1945 à vivre sous la protection de statuts spécifiques, défendus par autant de bastions syndicaux, avec à chaque fois des justifications plus ou moins légitimes (niveau des salaires, déroulement des carrières).

La réforme préparée par Éric Woerth ne tiendra pas, de ce point de vue, la promesse faite par Nicolas Sarkozy d'une réforme juste. Il ne s'agit en aucun cas du grand soir des retraites, qui alignera le public et le privé et mettra fin aux "privilèges" supposés des régimes dits spéciaux. Mais simplement, et c'est déjà beaucoup, d'assurer l'équilibre démographique d'un système par répartition au bord de la faillite en mettant fin au rêve de la retraite à 60 ans.

Toute la stratégie du gouvernement a consisté à amener les Français à s'en convaincre, ou à s'y résigner. Pour déminer le terrain à la veille de la grande manifestation de ce jeudi, le ministre du Travail a confirmé hier que les régimes spéciaux n'appliqueront les nouvelles règles qu'une fois mise en oeuvre la réforme de 2007.

En clair, les 500.000 salariés de la SNCF, EDF, GDF, RATP ne seront pas concernés avant 2018 au moins par le report de l'âge légal de la retraite. Tollé assuré dans l'opinion, mais le gouvernement peut espérer éviter ainsi la coalition d'intérêt qui avait bloqué la France lors des réformes Juppé à l'hiver 1995. Le calcul est habile, mais comporte une faille. Même si c'est à l'horizon d'une génération, il faudra bien faire converger tous les régimes vers un âge de départ commun.

La bataille de la retraite à 60 ans se joue donc bien maintenant, dans la capacité de Nicolas Sarkozy de mettre un terme à cet acquis social des années Mitterrand. En choisissant de politiser sa réforme et d'opposer une gauche "archaïque" à une droite "moderne", le chef de l'État fait un pari à haut risque dans lequel se joue la fin de son quinquennat. Car, aussi curieux que cela puisse paraître, il existe encore une majorité de Français qui préféreraient payer plus d'impôts pour conserver la retraite à 60 ans.

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a écrit le 31/05/2010 à 9:41 :
Lors de la mise en place des régimes de retraite et de chomage après guerre, la France arrivait à payer les salaires, les retraites et les indemnités de chomage pour une population de 40 millions d'habitant. Aujourd'hui la France est 5 fois plus riche (en F ou ? constant) et compte 60 millions d'habitant soit 50 % de plus. Question : Pourquoi ce qu'il était possible de financer en étant beaucoup plus pauvre, ne l'est plus aujourd'hui ? La réponse est peut être dans l'augmentation sans précédent de l'inégalité de répartition des richesses et de la part que représente le travail dans la richesse nationale.
Par ailleurs maintenir plus longtemps au travail les "anciens" aura immanquablement un impact sur le chomage des jeunes et sur le financement du chomage.
Il faut donc regarder globalement le financement de nos régimes retraites et chomages à fiancer non plus uniquement sur le travail mais sur la richesse globale du pays
a écrit le 28/05/2010 à 10:08 :
C'est la situation actuelle qui est injuste et intenable. La réforme devrait apporter plus de justice sans atteindre l'idéal, mais les Français sont tellement bloqués sur leurs soit-disants avantages acquis !
a écrit le 28/05/2010 à 7:26 :
Bonjour,
1945 fin de la guerre, début de la paix européenne et de nos systèmes de retraite. 2010, soit 65 ans plus tard dans un monde devenu si différent, il est grand temps de tout repenser en commençant par la mise à la retraite ... de nos systèmes de retraite. Solidairement.
a écrit le 27/05/2010 à 8:01 :
Bonjour, D'après les infos dont je dispose sur EDF GDF, il me semble que les agents EDf et GDF seront soumis au nouvau dispositif bien avant 2018; Vous prenez semble t-il la situation de la SNCF et vous l'appliquez à l'ensemble des régimes spéciaux .bien cordialement

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