La Française des Jeux  : de la charité à la privatisation  ?

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(Crédits : dr)
Par Maxime Legrand, économiste, Ecole d'économie de Paris.

En 1539, quand François Ier institue la loterie, il assigne ses bénéfices à la charité publique. Une vocation sociale qui a peu à peu laissé place aux intérêts budgétaires des gouvernements. Depuis bientôt un mois, le monopole de la Française des Jeux en matière de paris sportifs et celui du PMU en matière de paris hippiques ont été remis en cause. Cette ouverture du marché correspond à un choix actif du gouvernement. Point de pression de la Commission européenne qui a été incapable d'insuffler une quelconque harmonisation de la régulation et de la fiscalité. Pas plus de sanction ou de risque de sanction de la Cour de justice des Communautés européennes qui fait preuve d'une clémence jurisprudentielle exceptionnelle à l'égard des Etats membres.

En fait, si le gouvernement a décidé de précipiter la libéralisation des jeux en ligne, c'est bien dans un objectif d'augmentation des rentrées fiscales. En imposant les taux de fiscalité les plus élevés d'Europe (7,5% des mises des joueurs sur les paris hippiques et sportifs et 2% des mises sur le poker), le gouvernement compte surfer sur la vague de la Coupe du monde pour réduire une partie du déficit public.

Dans cette logique purement budgétaire, une question reste en suspens. Quid de la privatisation de la Française des Jeux (FDJ) ? Les économistes s'accordent à considérer que libéralisation d'un secteur et privatisation des opérateurs publics monopolistiques doivent aller de pair pour être mutuellement efficaces. Dans un rapport de 2006, la Cour des comptes considérait que "l'Agence des participations de l'Etat devait mener une réflexion ouverte sur l'évolution future de l'actionnariat de la Française des Jeux". Faute de réaction du gouvernement, l'institution de la rue Cambon devait souligner dans son rapport de suivi de 2009 que "la nature de l'opération n'était toujours pas précisée ni même arrêtée dans les grandes lignes et que cette question de l'actionnariat devait être reprise rapidement".

Dans la période actuelle de recherche de recettes publiques, rien ne justifie le retard dans la privatisation de la Française des Jeux. D'abord, la majorité publique du capital de la Française des Jeux (72%) n'a pas empêché que cet opérateur soit un vecteur d'addiction avec des jeux aux effets sociaux aussi désastreux que le Rapido. Ensuite, la FDJ dispose encore aujourd'hui d'un avantage concurrentiel notable sur les autres opérateurs qui risque d'être progressivement rogné par les nouveaux entrants, notamment avec l'inéluctable baisse de la fiscalité qui a été observée dans les pays ayant déjà ouvert leur marché. Avec un chiffre d'affaires de près de 10 milliards d'euros, 37.600 points de vente, près de 30 millions de joueurs, la FDJ pourrait bénéficier d'une valorisation supérieure à 10 milliards d'euros.

Enfin, on ne peut expliquer non plus le retard dans cette prise de décision par la faiblesse et la volatilité actuelle des marchés boursiers (élément qui avait conduit à la suspension des privatisations en 1987). Les techniques de privatisation hors marché financier se sont diversifiées et permettent à l'Etat de constituer un pool de partenaires industriels et financiers du secteur. Car au-delà de la libéralisation, c'est une industrie des jeux et paris en ligne qui se structure aujourd'hui sans commune mesure avec le marché du jeu hors ligne.

On peut donc facilement imaginer que la perspective d'avantages concurrentiels pour les plus gros book- makers français ou étrangers et l'intérêt croissant de fonds d'investissement pour le secteur feront vite monter les enchères. L'actionnaire public doit donc se positionner rapidement car, ne l'oublions pas, une fois la propriété cédée (comme l'ont déjà fait notamment l'Italie et la Grande-Bretagne), l'Etat pourra toujours se consoler avec les recettes fiscales perçues sur un marché en forte croissance.

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Commentaires
a écrit le 03/01/2013 à 17:51 :
Il n'y a pas que le jeu rapido qui soit addictif, allez donc faire un tour sur le bingo live de la FDJ en ligne pour vous rende compte de la détresse des joueurs sur le chat de ce bingo live !

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