La Russie et le besoin d'Europe

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction à La Tribune

Coupable, forcément coupable... Un tribunal moscovite a déclaré, lundi, Mikhaïl Khodorkovski coupable de blanchiment et de vol, au terme d'un second procès dont on ne connaîtra le verdict exact que dans les jours à venir. L'oligarque déchu du groupe pétrolier Ioukos avait été, il est vrai, condamné à l'avance par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, d'un trait lapidaire : « Tout voleur doit aller en prison. » Bruxelles, par la voix de sa haute représentante Catherine Ashton, et Berlin ont aussitôt appelé Moscou au respect des droits de l'homme. Paris s'est contenté d'appeler à « la consolidation de l'État de droit »... trois jours après la commande par la marine russe de deux bâtiments porte-hélicoptères Mistral, représentant 1.000 emplois pendant quatre ans pour les chantiers de Saint-Nazaire.

L'affaire Khodorkovski témoigne de la difficulté de la Russie à s'assimiler au club européen, dont elle est pourtant culturellement proche. La réaction de Paris rappelle l'impossibilité, pour le Vieux Continent, de se brouiller durablement avec un grand client, par ailleurs grand fournisseur de pétrole, de gaz et de matières premières. L'Europe et la Russie sont, en réalité, condamnées à vivre ensemble. Leur poids déclinant les contraint au rapprochement. Dans moins d'un quart de siècle, en 2033, l'Europe, de l'Atlantique à l'Ukraine, ne représentera que 7 % de la population mondiale et la Russie... 1,5 %, selon l'« Atlas des futurs du monde » (Robert Laffont), que vient de publier Virginie Raisson. À cette date, le sous-continent indien rassemblera le quart de l'humanité ; l'Afrique et l'Asie de l'Est, Chine comprise, près de 20 % chacune ! De Gaulle, dans son célèbre discours de Strasbourg, en 1959, dessinait une Europe, « depuis l'Atlantique jusqu'à l'Oural [...], qui décidera du destin du monde ». Cinquante ans après, il faut se faire une raison. L'Europe est condamnée à aller de Lisbonne à Vladivostok, si elle veut simplement continuer à exister. 

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Commentaires
a écrit le 12/06/2011 à 20:55 :
Pas d'accord du tout avec le rédacteur de l'article. Oui, "Tout voleur doit aller en prison". Mais c'est vrai que chez nous, ceux condamnés pour abus de biens sociaux deviennent ministres et maires de grandes villes comme Bordeaux :-)

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