L'Europe doit aider la transition démocratique en Tunisie

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DR (Crédits : dr)
L'Europe a trop longtemps fermé les yeux sur les dérives autocratiques et mafieuses du régime de Ben Ali. La Tunisie va vivre une transition démocratique délicate. Et l'Europe serait bien inspirée de lui apporter toute son aide pour la réussite de ce processus.

Il n'y a pas de développement économique pérenne sans libertés politiques et sans État de droit. Ce qui vaut pour l'Occident vaut aussi pour le monde arabe en général et le Maghreb en particulier. Ce sont les premières leçons que l'on peut tirer de ce qui vient de se passer en Tunisie avec la chute du dictateur Ben Ali. Bien entendu, cette conclusion va à l'encontre du discours dominant dans les chancelleries européennes ou chez nombre d'élites du Vieux Continent. À Paris, comme à Madrid ou Rome, le règne autoritaire de Ben Ali a été excusé, voire même protégé, au nom de l'absence de solutions alternatives et, surtout, au nom du nécessaire endiguement d'une menace islamiste souvent bien commode. Longtemps, la main de fer de Ben Ali a fait illusion. L'économie tunisienne enregistrait de bonnes performances mais le peuple était interdit de libertés. Qu'importe, affirmaient les capitales européennes, puisque, selon elles, le développement économique devait tôt ou tard amener une libéralisation du régime et, avec elle, la démocratie.

En réalité, la Tunisie s'est plutôt engagée dans un sens inverse. Année après année, les droits de la personne humaine n'ont cessé de se dégrader et toute forme d'opposition ou de critique à l'encontre du pouvoir tunisien - même modérée - était impossible.

 

Plus grave encore, cette situation a fini par transformer le régime du président déchu en véritable kleptocratie mafieuse qui ne s'attaquait pas simplement aux opposants politiques quels qu'ils soient, mais aussi aux milieux d'affaires. C'est ainsi que de nombreux entrepreneurs qui avaient contribué au développement de la Tunisie se sont retrouvés dépouillés de leurs entreprises par le clan présidentiel, notamment sa belle -famille. Une réalité trop rarement décrite quand les médias célébraient la réussite économique de la Tunisie, en passant sous silence le fait que l'investissement privé dans ce pays stagne depuis la fin des années 1990 et que l'on évalue à près de 1 milliard d'euros la fuite annuelle de capitaux tunisiens à destination de l'Europe.

Aujourd'hui, Ben Ali a fui la Tunisie et ce pays s'engage avec ferveur, mais aussi inquiétude, dans une nouvelle période qui peut mener à la mise en place du premier régime démocratique arabe. Certes, les islamistes entendent bien faire entendre leur voix mais la société tunisienne est attachée au pluralisme et ne voudra pas d'une nouvelle dictature. C'est ce qu'ont bien compris les leaders en exil du parti Ennahda (interdit) qui ne cessent d'affirmer sur les ondes des télévisions arabes par satellite qu'ils entendent s'inscrire dans la démarche de l'AKP turc plutôt que de répéter les dérives tragiques et sanglantes du FIS algérien. Que peut faire l'Europe aujourd'hui ? Dans les semaines et les mois qui suivent, la Tunisie va vivre une transition démocratique fragile et susceptible de déraper à tout moment. Dans ce contexte, l'aggravation des difficultés économiques auxquelles fait face ce pays depuis la crise de 2008 constitue un risque majeur qui exige de l'Union européenne et surtout de la France qu'elles lui apportent, à court terme, leur soutien financier et économique. À long terme, c'est une modification des termes des échanges entre l'UE et la Tunisie (mais aussi le Maghreb) qui doit être pensée. Cela signifie un plus fort transfert de valeur ajoutée et de technologie mais aussi une intégration économique plus poussée.

 

L'enjeu est énorme. Une Tunisie démocratique deviendra une référence pour le monde arabe et entraînera à coup sûr les autres pays, à commencer par l'Algérie et l'Égypte. C'est ce qui peut arriver de mieux pour le sud de la Méditerranée et, par ricochet, pour l'Europe. À l'inverse, un échec de la transition qui s'amorce renforcera l'idée que la seule voie pour les pays arabes est l'autoritarisme.

 

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