Jean-Louis Borloo et la tentation de 2012

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Chaque semaine, Hélène Fontanaud propose son regard sur la politique française. Un point de vue décalé pour prendre la mesure des stratégies, des idées et des jeux de pouvoir avant l'élection présidentielle. Aujourd'hui : la tactique centriste.

"Le centre, cette variété molle de la droite..." François Mitterrand savait se montrer cruel vis-à-vis d'un courant politique qui, il est vrai, lui avait ravi - de peu - la victoire à l'élection présidentielle de 1974.

Valéry Giscard d'Estaing reste dans l'histoire politique le champion inégalé de la famille centriste, l'avocat de "deux Français sur trois". En 2007, François Bayrou a repris le flambeau mais ses hésitations entre les deux tours du scrutin et l'orientation violemment antisarkozyste de son discours dans les années qui ont suivi la présidentielle l'ont quelque peu isolé dans le paysage politique. Le président du Modem, qui reste avant tout un compétiteur de l'élection suprême, semble aujourd'hui s'accommoder d'une traversée du désert médiatique, à laquelle il espère mettre fin dans quelques mois.

François Bayrou affaibli - et la nature ayant horreur du vide -, les prétendants se jaugent, soupèsent leurs chances face au camp aguerri de Nicolas Sarkozy, président sortant et impopulaire. Dans ce magma centriste, une personnalité domine. Celle de Jean-Louis Borloo, qui a claqué la porte du gouvernement en novembre, faute d'avoir obtenu sa nomination à Matignon. Le tourbillonnant ministre de l'Environnement a été vaincu dans le duel qui l'opposait à François Fillon. Depuis, le président du Parti radical a fustigé les conservateurs trop bien coiffés avant de poser les jalons d'une autonomisation du centre, en vue de l'élection de 2012. Notamment lors d'un dîner, le 9 décembre à Paris, où il avait réuni responsables de droite et de gauche autour du thème de la république.

Lors de ses voeux, le 19 janvier, Jean-Louis Borloo a décrit une France "particulièrement inquiète". "Une inquiétude sourde qui s'explique en partie parce que le cap ne semble pas clair et par le sentiment qu'on ne dispose pas des outils pour faire face au record historique des déficits publics", a-t-il précisé, dans une critique en creux du duo Sarkozy-Fillon.

Le député du Nord a précisé vouloir jeter les bases d'une "confédération de plein exercice, indépendante et loyale dans la majorité, capable de porter un projet radicalement nouveau original et différent". Il a appelé à la création d'un comité de liaison "regroupant l'ensemble des sensibilités radicales, sociales, centristes et écologistes pour bâtir avec elles le nouveau projet républicain pour 2012".

Un congrès extraordinaire se tiendra les 14 et 15 mai à Paris pour notamment se prononcer sur la place de ce rassemblement "dans la majorité nationale dont il soutient l'action depuis 2002", année de la création de l'UMP.

Il s'agira, selon Jean-Louis Borloo, de passer d'un statut d'associé dilué à celui, plus enviable, d'allié identifié. On est bien chez les centristes. La prudence est de mise. Certes, l'ancien ministre a pris ses distances avec l'orientation très droitière du nouveau secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, en dénonçant des idées inabouties sur les 35 heures ou le statut des fonctionnaires. "N'opposons pas un dogmatisme de droite à un dogmatisme de gauche !" a-t-il lancé. Mais, comme le dit un de ses proches, Borloo prend soin de ne pas casser la vaisselle. L'émancipation pleine et entière n'est pas encore à l'ordre du jour. Et il y a fort à parier qu'il n'y aura jamais de rupture.

Une candidature Borloo pourrait même bénéficier en 2012 de la bienveillance de Nicolas Sarkozy. Paradoxalement, le chef de l'Etat, qui peut s'appuyer sur un socle d'environ 25% des voix UMP, aurait tout à gagner de la présence au premier tour de la présidentielle d'un centriste "UMP compatible", qui contrarierait François Bayrou et gênerait peut-être même le candidat socialiste. Et ce, grâce à un ralliement des radicaux de gauche, envisagé ces derniers jours par Jean-Michel Baylet. Une candidature centriste permettrait surtout de contenir la droite dans ses murs, même élargis. Et donc de garantir un volant rassurant de reports de voix au second tour.

Rassurant mais pas total. Car, dans les sondages, il est démontré que les électeurs centristes sont tentés par un vote transgressif en faveur de la gauche au second tour de la présidentielle. Surtout si le candidat PS s'appelle Dominique Strauss-Kahn.

Il faut aussi compter avec le président du Nouveau Centre, Hervé Morin. L'ancien ministre de la Défense rêve lui aussi de porter les couleurs centristes. Il s'est allié cette semaine avec le libéral Alain Madelin - un ancien giscardien ! La bataille du centre est vraiment lancée.

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