Nicolas Sarkozy, le caméléon de l'Elysée

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Chaque semaine, Hélène Fontanaud propose son regard sur la politique française. Un point de vue décalé pour prendre la mesure des stratégies, des idées et des jeux de pouvoir avant l'élection présidentielle. Aujourd'hui : Nicolas Sarkozy a-t-il changé ?

La semaine prochaine, Nicolas Sarkozy sera l'invité d'un nouveau face-à-face avec les Français, sur TF1. Le 25 janvier 2010, le précédent exercice avait réuni 8,8 millions de téléspectateurs. Le 10 février, il s'agira donc sans nul doute d'une opération millimétrée de reconquête de l'opinion. Les Français demeurent défiants à l'égard du chef de l'Etat, à quinze mois de l'élection présidentielle.

Mais quel sera le Nicolas Sarkozy qui se présentera devant le panel sélectionné pour l'occasion ? "J'ai changé parce que la vie m'a changé", proclamait le candidat UMP lors de son intronisation en janvier 2007. Quatre ans plus tard, la vie n'a pas seulement changé le chef de l'Etat, elle le bouscule chaque jour et le contraint à des adaptations parfois périlleuses.

En ce mois de janvier 2011, Nicolas Sarkozy a étrenné un nouveau personnage, semblable à ces comédiens de l'Actors Studio à qui on demande de changer aussi vite d'apparence que de texte. Sondages à l'appui, il tente de répondre à la demande supposée de ses électeurs. Adieu à l'hyperprésident hypermnésique, qui avait réponse à tout, parfois avec aplomb. Bonjour au président protecteur, mine sombre et costume demi-deuil. La crise est passée par là et il faut parvenir à faire oublier les premiers mois désastreux du quinquennat - entre soirée au Fouquet's et yacht de Vincent Bolloré.

Le 24 janvier, lors de sa troisième conférence de presse depuis son arrivée à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a frôlé la nomination aux oscars. Le sujet s'y prêtait. La présidence française du G8 et du G20, la guerre des monnaies, la régulation financière, l'agenda social des grands de ce monde ne fournissent pas spontanément matière à digressions légères. Seul à son pupitre, face à une marée de journalistes et de diplomates étrangers, le gouvernement de François Fillon étant sagement rangé sur le côté dans la salle des fêtes de l'Elysée, le chef de l'Etat a déroulé ses arguments. Devant un slogan en diptyque - "nouveau monde, nouvelles idées" - qui appelait aussitôt un troisième volet : "nouveau président"...

Disputant aux maîtres en arts martiaux la retenue nécessaire à tout grand guerrier, Nicolas Sarkozy a défendu des objectifs ambitieux pour le G20 tout en reconnaissant avec une humilité inhabituelle que les résultats ne seraient peut-être pas tous au rendez-vous en novembre. Prudence sur la réforme du système monétaire international, prudence aussi sur la taxation des transactions financières, prudence enfin sur le périmètre d'action de la diplomatie française. Oubliés l'universalité des droits de l'homme et le droit d'ingérence. La France n'a plus vocation à faire la leçon sur la planète entière, et encore moins dans ses anciennes colonies. La démonstration a été renouvelée trois jours plus tard à Davos. Envolé le Nicolas Sarkozy qui faisait la leçon à la finance internationale avec virulence. Le président français a souligné devant la planète financière qu'il ne voulait pas passer pour "un obsédé" de la régulation. "Je ne vous fais pas de procès d'intention. Qu'on ne nous en fasse pas non plus. On sera sage, on sera raisonnable, mais ne vous trompez pas, on sera déterminé."

Ce personnage tout en sobriété est-il calé jusqu'en 2012 ? Pas encore tout à fait. Au lendemain de sa conférence de presse, lors du petit déjeuner de la majorité, mardi matin à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a renoué avec ses fondamentaux. Face au drame de la disparition de Laëtitia Perrais à Pornic, le chef de l'Etat a demandé au gouvernement de "prendre des initiatives très vite" pour renforcer la lutte contre la récidive. "Il faut attendre de voir mais, si c'est l'indicible, il faudra des décisions et pas des commissions de réflexion. Il y a eu trop de cas comme celui-ci", a-t-il ajouté un peu plus tard dans la journée à Saint-Nazaire.

Le président UMP de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a aussitôt précisé qu'une nouvelle loi contre les grands délinquants n'était pas nécessaire. Le socialiste François Hollande a demandé que "l'on cesse de faire des annonces de circonstance" et qu'on applique les lois existantes. Le nouveau Nicolas Sarkozy était à l'écoute. Jeudi, le chef de l'Etat a demandé au ministre de la Justice, Michel Mercier, de faire "la lumière sur les dysfonctionnements" de l'institution judiciaire dans l'affaire Laëtitia... en évitant "si possible" un "nouveau dispositif législatif".

Nicolas Sarkozy hausse ainsi spectaculairement le niveau de jeu avant la présidentielle. Les socialistes qui se débattent dans leurs primaires devraient se méfier davantage du caméléon de l'Elysée.

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