Le printemps arabe

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Par Philippe Mabille, rédacteur en chef "Editoriaux et Opinions" à La Tribune.

La facilité apparente avec laquelle le peuple tunisien a eu raison du régime de Ben Ali ne doit pas faire illusion. La révolte égyptienne à laquelle le monde entier, et en particulier le monde arabe, a assisté ce week-end est une tout autre histoire. En témoigne la gêne avec laquelle les grandes capitales occidentales, Washington en tête, ont réagi. C'est au Caire, devant Hosni Moubarak, que Barack Obama avait prôné le 6 juin 2009 "un nouveau départ" entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman. Dix-huit mois plus tard, voilà le président américain obligé de faire le grand écart entre le soutien à son principal allié (avec l'Arabie Saoudite) dans la région et l'accompagnement de la légitime aspiration démocratique du peuple égyptien.

Le risque de contagion de ce "printemps arabe", désormais comparé à la libération des pays d'Europe de l'Est, est réel, car les ingrédients à l'origine de la colère de la rue sont partout les mêmes : un pouvoir autoritaire ; une croissance peu ou mal partagée avec un peuple dont la misère est amplifiée par la récente flambée des prix alimentaires ; une jeunesse frustrée, de mieux en mieux éduquée, et qui a accès grâce à Internet et aux nouvelles technologies à des moyens d'information et de communication sans limites.

Alors doit-on dire, pour paraphraser Henri Guaino-Sarkozy (discours de Dakar), que l'homme africain (ivoirien, tunisien, égyptien) est en train d'entrer dans l'Histoire par la grande porte, celle de son émancipation ? Ou bien penser que ce qui se passe en Tunisie et en Egypte pourrait concerner tout aussi bien la Corée du Nord, voire la Chine ? Ce serait en tout cas être aveugles et sourds que de ne pas donner aux événements en cours l'importance qu'ils méritent, parce qu'ils vont tout changer dans les équilibres du monde tel que nous le connaissons. 

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