"Le recours sur succession ne doit pas participer au financement de la dépendance"

Pascal Champvert, Président de l'Association des directeurs aux services des personnes âgées (AD-PA) plaide pour un système basé sur la solidarité nationale. Et estime acceptable une hausse de la CSG des retraités.
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Copyright Reuters (Crédits : Olivier Thomas)

La réforme de la prise en charge de la dépendance est en marche. Le chef de l'État a laissé entendre mercredi 9 février, lors d'un colloque organisé au Conseil économique, social et environnemental (CESE), qu'il y aurait une loi à l'automne sur le sujet. Le chantier va faire l'objet d'un vaste débat pendant six mois. Pour « La Tribune », Pascal Champvert, président de l'Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA) détaille ses priorités.

 

Quels sont les enjeux majeurs de la réforme ?

Il faut avant tout considérer que nos aînés, même fragiles, sont avant tout des hommes et des femmes à part entière. Il y a donc un enjeu éthique dans la dépendance et le président de la République l'a souligné lors de son discours au CESE et lors de son intervention télévisée.

Concrètement que faut-il faire ?

Il faut que la France rattrape son retard sur ses voisins européens. Dans un rapport de 2005, la Cour des comptes indiquait que la moitié des besoins des personnes fragiles n'étaient pas couverts. C'est toujours vrai aujourd'hui. Il faut aussi alléger la charge financière et psychologique qui pèse sur les personnes âgées et leur famille. Le coût en maison de retraite est très important et à domicile, les familles s'épuisent. Je vous livre quelques chiffres-clés : la retraite moyenne est de 1.000 euros, un hébergement en maison de retraite coûte environ 2.000 euros mensuel et l'aide familiale consacrée à une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer, correspond à 3.000 euros mensuel, selon une étude de France Alzheimer. Les Français concernés par la dépendance ne peuvent pas payer davantage.

Où peut-on trouver de nouveaux financements ?

Il faut un système basé sur la solidarité nationale et financé par le plus grand nombre. Je pense par exemple que les retraités peuvent accepter une augmentation de leurs taux de CSG, à condition qu'ils n'aient pas le sentiment d'être les seuls à payer. Par ailleurs, je ne suis pas contre l'idée de taxer le patrimoine des Français, mais à condition de toucher à l'ensemble des patrimoines, et pas seulement celui des personnes dépendantes. C'est pourquoi, je suis résolument contre le recours sur succession. Car on aboutirait à une situation ubuesque aboutissant à des discriminations selon le type de maladie des personnes agées. Une personne dépendante souffrant d'Alzheimer ne pourrait pas transmettre son patrimoine, tandis que celle atteinte par une maladie cardiaque pourrait, elle, léguer ses biens à ses enfants. Je suis également favorable à la création d'un nouvel étage de la protection sociale. Et qu'à titre supplémentaire, il puisse y avoir un système de couverture auprès des mutuelles ou des assurances. Toute la question est de savoir où on met le curseur. En attendant, il est nécessaire de mettre en place un fonds d'urgence pour les structures d'aide à domicile qui risquent de se retrouver en cessation de paiement si on ne fait rien.

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