La Libye et l'odeur de l'argent

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

La chasse à l'argent libyen est ouverte. Celui de la famille Kadhafi ou des fonds souverains du pays. Le Royaume-Uni gèle la participation de la Libyan Investment Authority dans le groupe Pearson ; l'Italie, où Tripoli détient des avoirs dans la banque, l'aéronautique, l'énergie ou le... football, y réfléchit. L'Autriche recense 1 milliard d'euros de dépôts libyens dans le coffre de ses banques. La France veut contrôler "tous les circuits financiers".

Cet hallali rend indispensable le débat sur le contrôle des investissements étrangers en Europe, que les commissaires bruxellois Michel Barnier et Antonio Tajani appelaient récemment de leurs voeux. Le problème est, en effet, devenu beaucoup plus sensible avec l'essor des fonds souverains, nourris par les déséquilibres des balances commerciales et l'envol des revenus des Etats pétroliers. Du Canada à l'Australie, les restrictions se multiplient. C'est le cas aux Etats-Unis, où un comité veille depuis 1988 à la compatibilité de ces investissements avec la sécurité nationale. La Chine peut depuis mardi bloquer tout rachat étranger.

"L'ouverture ne doit pas être naïve", plaidaient les deux commissaires européens dans une lettre commune. Ils avaient raison, même si l'adoption de règles communes serait loin de tout régler. La définition des secteurs à protéger est, souvent, à géométrie variable : le rachat du port du Pirée par la Chine n'a pas rencontré de résistance, celui de ports américains par l'émirat de Dubai avait soulevé une énorme vague de protestations. Et le regard jeté sur l'origine des fonds évolue avec le temps. L'argent libyen, les pays européens sont souvent allés le chercher. L'Autriche du chancelier Kreisky et de Jörg Haider a longtemps entretenu d'étroites relations avec Tripoli. L'Italie de Berlusconi, aussi. L'argent n'a pas d'odeur... sauf quand les vents sont changeants. 

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