21 avril 2002, à l'endroit, à l'envers ?

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Nicolas Sarkozy a brusquement perdu son socle électoral de premier tour, jusqu'ici stable, autour des 28% d'intentions de vote. Il a chuté sur les thématiques régaliennes, rendant possible la qualification de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, au détriment de la droite traditionnelle. Un 21 avril à l'envers.

La polémique sur la validité et la qualité déontologique des sondages publiés cette semaine, donnant Marine Le Pen en tête du premier tour de la présidentielle, ne doit pas masquer l'essentiel : tous les acteurs politiques jugent aujourd'hui plausible l'hypothèse d'un nouveau 21 avril, à savoir la présence du Front national au second tour.

Le fait le plus marquant, c'est la perte par Nicolas Sarkozy de son socle électoral de premier tour. Un socle solide, pourtant, qui, fermement ancré sur la cote des 28%, avait résisté jusqu'à ces dernières semaines à tous les avatars de la présidence Sarkozy. Certes l'électeur UMP ne manquait pas de critiquer l'actuel chef de l'État, dénonçant ses promesses non tenues, ses allers et retours (qu'on songe au bouclier fiscal). Mais ce partisan de la droite traditionnelle continuait d'apporter sa voix à Nicolas Sarkozy, dans la perspective d'un premier tour. Les intentions de vote étaient ainsi déconnectées de la cote de popularité présidentielle. Cette déconnexion n'a plus cours. Le socle électoral de Nicolas Sarkozy s'est effondré, tombant, selon les enquêtes, à un niveau de 22 ou 23%, soit proche de sa cote de popularité.

D'où est venu ce décrochage ? Les erreurs de l'exécutif sur la question du régalien en sont à l'origine, souligne Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion. Si l'électeur UMP avait beaucoup toléré, de la part du chef de l'Etat, les derniers épisodes ont eu l'effet de la proverbiale goutte d'eau. Destinée à reconquérir les électeurs tentés par un vote FN, la mise en cause présidentielle des magistrats a eu un impact désastreux sur une clientèle électorale, qui tient encore en estime cette profession. Les grèves de la faim de CRS, dont les casernes étaient menacées de fermeture, ont également heurté. Enfin, la dégringolade de Michèle Alliot-Marie, en pleine révolution arabe, l'absence de réponse de l'exécutif face à ces événements, ont donné à penser que la France abîmait son image à l'extérieur. Encore plus insupportable aux yeux des électeurs de la droite traditionnelle, attachés à un certain rayonnement de leur pays.

Quand Nicolas Sarkozy se livre ensuite à l'éloge des racines chrétiennes de la France, cette frange de l'électorat le juge hors de propos. Et toutes les prises de position destinées à reconquérir les électeurs tentés par le FN ne contribuent qu'à renforcer celui-ci. La montée de Marine Le Pen tient d'abord des vases communicants : ce sont d'anciens électeurs potentiels de Nicolas Sarkozy qui se déclarent prêts, désormais, à donner leur voix du FN. Bref, le décrochage pourrait être durable.

Le risque est donc évident d'un scénario catastrophe pour la majorité, celui d'un 21 avril à l'envers : si, voilà dix ans, la gauche avait été éliminée dès le premier tour, au profit du candidat de la droite traditionnelle, élu dans un fauteuil, l'hypothèse inverse est aujourd'hui envisagée. La crainte, à gauche, d'une élimination du candidat PS dès le premier tour a aussi vu le jour. Même si le sondage Ifop publié jeudi matin, accordant à Dominique Strauss-Kahn 29% des intentions de vote au premier tour, a semblé lever cette hypothèque, elle reste entière en cas de candidature de Martine Aubry.

Il y a donc le feu à l'UMP comme au PS. Le premier impératif pour ces deux partis, instruits par l'expérience de 2002, c'est de faire la chasse aux petits candidats, voleurs de précieuses voix, déterminantes pour la qualification. Il va sans dire que Dominique de Villepin va être particulièrement choyé au cours des semaines à venir. De même que, à gauche, Eva Joly : le PS a tout intérêt à une alliance avec les écologistes. Jean-Luc Mélenchon rue déjà dans les brancards, voyant arriver les émissaires de la rue de Solferino lui demandant de se sacrifier, sur l'autel du barrage à la droite. Tout dépendra donc de la bonne volonté de ses candidats dits mineurs, qui représentent désormais un enjeu majeur.

Même si elle réussit, cette stratégie d'élimination des petits n'est pas sans conséquences. Nicolas Sarkozy envisageait jusqu'à maintenant de soutenir une candidature Borloo, non sans intérêt électoral. Elle aurait drainé des voix centristes, précieuses pour le second tour. Si la percée de Marine Le Pen se confirme, cette tentation aura vécu. Au second tour, les réserves électorales du président sortant seront alors proches de zéro. Il dispose de quelques mois pour inverser la tendance, et ramener Marine Le Pen à des scores proches de ceux de son père. Mais comment ? Comment convaincre sur les sujets qui importent aux yeux des Français, l'économique et le social ?

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