Pour un accord contraignant de régulation des marchés agricoles

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Copyright Reuters (Crédits : © Giulio Napolitano/FAO)
Par Luc Guyau, cofondateur de TerrEthique.

Quand Nicolas Sarkozy prend la parole devant les chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Rome le 3 juin 2008, lors d'un sommet mondial sur la sécurité alimentaire, combien, dans la grande salle plénière de la FAO, comprennent que les choses peuvent vraiment changer cette fois dans la lutte contre la faim ?

Trois ans plus tard, si le nombre d'affamés - 1 milliard d'êtres humains - est encore une réalité consternante, une autre réalité est en train d'émerger, porteuse d'un véritable espoir : le partenariat mondial pour l'alimentation et l'agriculture, proposé par le président français, est en bonne voie. La coordination internationale, le pilier politique, est meilleure depuis la réforme du Comité de la sécurité alimentaire mondiale, ouvert aux acteurs de la société civile. Le deuxième pilier, la constitution d'un réseau d'experts de haut niveau, produit ses premiers résultats. Le troisième pilier, le financement, est encore en chantier : la mobilisation de fonds vers le secteur agricole, après des décennies de vaches maigres, pâtit de la crise financière. Le doublement de la production agricole d'ici à 2050 passe par la création de mécanismes innovants.

Le lancement de ce partenariat mondial, renforcé par d'autres initiatives de portée globale, a concouru à une prise de conscience généralisée au plus haut niveau politique. Ne rien faire, ou répéter les erreurs du passé, c'était s'exposer à une aggravation structurelle des déficits alimentaires et à son cortège de souffrances. Tous s'accordent pour agir au plus vite, mais comment ?

C'est une des forces de la priorité accordée par la présidence française du G20 aux questions agricoles que d'arriver à mieux structurer la réflexion pour établir un plan cohérent. Lors de son intervention devant les Nations unies, le 17 février, à New York, Bruno Le Maire a clairement identifié la régulation des marchés agricoles, l'axe du G20.

Le thème des réponses politiques qui pourraient être apportées à l'excessive volatilité des prix sera au coeur de la réunion des ministres de l'Agriculture du G20, fin juin à Paris, et devrait figurer en bonne place dans la déclaration du sommet de Cannes. Les recommandations formulées par un panel d'organisations internationales, saisies par le G20, sont désormais connues et seront discutées par les ministres. Celles qui seront retenues devraient faire l'objet d'engagements consignés dans la déclaration du sommet. Il apparaît que les mesures sur l'amélioration de la transparence des marchés sont aujourd'hui acceptées par tous, pour l'essentiel. Le consensus dans ce domaine est à portée de main.

Je suggère que ces dispositions soient consignées dans un accord, au sens juridique du terme. La normalisation des méthodes statistiques, les niveaux de production et de consommation, le suivi des prix et des stocks, les volumes des transactions pourraient y figurer. Il ne s'agit pas d'ajouter une couche technocratique, mais bien de formaliser un cadre contraignant pour les Etats. Sans cela, il existe un risque de voir s'accroître les disparités entre ceux qui respecteront les dispositions convenues et ceux qui s'en éloigneront selon les événements.

Un tel accord pourrait également concerner l'amélioration des dispositifs statistiques, la labellisation de ces systèmes selon un cadre normalisé, et la mise en place d'un système d'alerte précoce unique, agrégeant les dispositifs existants. La mise en place d'un centre international de gestion des crises pourrait y être intégrée. De nombreux pays, au-delà du G20, devraient adhérer à un tel cadre, ce qui concrétiserait le lien entre la dynamique initiée par la France au sein du G20 et le système des Nations-Unies. Beaucoup a déjà été fait selon le cap fixé dans le discours de Rome de juin 2008 qui fut véritablement fondateur. Les décideurs sont désormais conscients qu'il faut agir vite et de manière durable. Récemment Hillary Clinton est venue le dire à son tour à la FAO. Le chantier est lancé et - comme en agriculture - il faut récolter les fruits de cette mobilisation au fur et à mesure qu'ils sont mûrs. C'est le cas pour ce qui touche à la transparence des marchés, à l'alerte précoce et à la réponse rapide. Comme dans bien d'autres domaines où des accords internationaux existent, consignons le consensus sous une forme juridique qui sera la référence commune et un instrument majeur de la lutte contre la faim.

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