L'Allemagne doit sauver la zone euro

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Par Howard Davies, professeur à Sciences po, ancien directeur de la London School of Economics

"Avril est le mois le plus cruel", écrivait T. S. Eliot au début de son fameux poème intitulé "La Terre vaine". Mais s'il avait été non un poète mais un investisseur qui aurait observé les marchés européens au cours de ces dernières années, je suis sûr qu'il aurait mentionné le mois d'août.

En août 2007, la banque BNP Paribas a fermé deux de ses fonds exposés aux dangers présentés par le secteur des crédits immobiliers à risque. Cela a entraîné une crise des liquidités qui a touché toutes les banques européennes. Cette même année, la grande rivale de la BNP, la Société Générale, a été sous les feux de l'actualité. Sa valeur en Bourse a dégringolé de plus de 14 % en une journée à la mi-août, du jamais-vu lors des deux ans et demi précédents. Il y eut aussi les rumeurs d'une dégradation possible de la note de la dette souveraine de la France par les agences de notation.

L'évolution de la crise a néanmoins focalisé l'attention sur le bilan des banques européennes. Les pays de la zone euro n'ont pas voulu et n'ont pas pu trouver une solution qui aurait persuadé les marchés que leur comportement joue un rôle clé dans la crise. Il semble maintenant inévitable qu'il y ait soit une contraction de la zone euro, certains pays non compétitifs de la périphérie se retirant au moins pour un temps, ou une mutualisation de la dette des pays membres (création des eurobonds), ce qui suppose une forme d'union budgétaire. Sans cela les investisseurs continueront à se méfier des pays en difficulté de la zone euro. Mais les électeurs allemands (sans parler des partis nationalistes extrémistes comme le Front national en France ou le parti des Vrais Finlandais en Finlande) ne veulent pas encore d'une mise en commun de la dette. Pourtant, si la seule alternative est l'écroulement de la zone euro, il sera peut-être possible de les en persuader : la fin de la zone euro mettrait le deutsche mark, ou un euro de l'Europe du Nord, dans la position inconfortable du franc suisse aujourd'hui, sa force devenant sa faiblesse. Il faudra peut-être que la situation empire encore pour espérer un changement de l'ambiance politique.

En attendant, le Conseil européen continue sur la même voie, alors qu'il faudrait se pencher en priorité sur les banques. Les banques de l'UE ont une dette souveraine qui manifestement ne vaut pas 100 cents pour 1 euro. Pourtant, même les « stress tests » sur les banques réalisés par les régulateurs ne leur imposaient pas de reconnaître cette vérité qui dérange.

Les banques américaines ont augmenté leurs fonds propres de 5,5 % à 7,5 % et diminué les prêts interbancaires de 30 % à 25 %. En revanche, ces deux indicateurs n'ont pratiquement pas bougé pour les banques de la zone euro. L'incertitude prolongée quant à l'intégrité de la zone euro et à la valeur de la dette souveraine de ses membres crée donc un immense dommage aux banques. Parviendront-elles à renouveler leur financement par les marchés dans ce contexte ? Déjà les banques grecques et celles d'autres pays qui font l'objet de mesures spécifiques ne peuvent plus bénéficier de prêts interbancaires, et doivent compter presque exclusivement sur la Banque centrale européenne. Les banques d'autres pays pourraient-elles aussi être touchées ?

En 2007-2008, on reprochait aux dirigeants politiques les péchés des banquiers, mais maintenant c'est l'inverse. Il y a sans doute une différence entre les uns et les autres : les banquiers ont fauté par leurs actes, alors que les politiciens fautent par omission, échouant à plusieurs reprises à trouver une solution qui réponde à l'ampleur du problème. Les conséquences sont aussi graves dans les deux cas. J'ai toujours pensé que l'Allemagne finirait par reconnaître qu'il est de son intérêt de préserver l'intégrité de la zone euro. Ainsi que Churchill l'avait dit au sujet des Américains : "On peut toujours compter sur eux pour faire ce qu'il faut... une fois qu'ils ont épuisé toutes les autres possibilités." Or l'Allemagne n'a plus guère d'autres choix. Si elle ne fait pas rapidement ce qui doit être fait, les banques en pâtiront et les pays européens devront une fois de plus mettre la main au porte-monnaie. Cela sera aussi impopulaire que le plan de secours au profit de la Grèce, mais reviendra beaucoup plus cher.

© Project Syndicate 1995 - 2011

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