Economie américaine : pire que le Japon ?

Les similitudes sont nombreuses entre la situation économique actuelle des Etats-Unis et celle du Japon depuis les années 1990 : profits élevés des entreprises, pouvoir d'achat déprimé, faible consommation. Pire : grâce à son épargne domestique, le Japon peut s'autoriser un déficit public élevé, ce qui est impossible aux Etats-Unis.
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Au printemps 2010, la majorité des investisseurs étaient très optimistes sur les perspectives de croissance aux Etats-Unis avec une croissance consensuelle attendue de 3,5% environ en 2011 et 2012 ; certaines banques anglo-saxonnes parlaient de 4 à 5% de croissance aux Etats-Unis. Aujourd'hui, on attend pour les Etats-Unis moins de 2% de croissance en 2011 et à peine plus de 1,5% en 2012, on parle de risque de retour en récession. D'où venait l'aveuglement de la majorité des analystes ? De l'incompréhension des problèmes structurels présents des Etats-Unis, qui ressemblent fortement à ceux du Japon au milieu des années 1990.

Le premier concerne le partage des revenus : comme au Japon, depuis 1998, le partage des revenus se déforme fortement aux Etats-Unis au détriment des salariés. Sur l'année écoulée, le salaire réel, par tête de salarié, a reculé de 0,5%, alors que la productivité par tête a augmenté de près de 2%. Il y a donc stagnation des salaires réels tandis que les profits des entreprises augmentent très vite. Mais la hausse des profits ne soutient pas l'activité : les profits ne conduisent pas à des investissements plus élevés (le taux d'autofinancement, c'est-à-dire le ratio des profits non distribués aux investissements, dépasse 110% aux Etats-Unis) ; les profits supplémentaires servent aux entreprises à constituer des réserves financières et à racheter leurs actions (pour 500 milliards de dollars environ en 2011). Il y a donc, comme au Japon, excès d'épargne des entreprises aux Etats-Unis : l'épargne (les profits) très élevée des entreprises n'est pas dépensée, et la faiblesse des salaires réels déprime la demande des ménages à partir du moment où elle ne peut plus être compensée par la hausse de l'endettement (2007 aux Etats-Unis). Il serait bien plus efficace que les gains de productivité soient distribués aux salariés mais ceci ne se décrète pas dans une économie de marché où le chômage est maintenant élevé et où les entreprises recherchent une rentabilité forte du capital.

Le second problème structurel des Etats-Unis aujourd'hui, comme au Japon, à partir des années 1990, est l'incapacité des agents économiques privés à améliorer leur solvabilité en raison de la baisse des prix des actifs. A partir de 1990-1991 au Japon, de 2007 aux Etats-Unis, les ménages et les entreprises se désendettent, au sens où leur dette représente une fraction plus faible de leur revenu (pour les ménages américains, 130% du revenu en 2007, 120% aujourd'hui). Mais les prix des actifs ont baissé plus vite que l'endettement : de 2007 à aujourd'hui, les prix de l'immobilier résidentiel aux Etats-Unis ont chuté de plus de 30%, malgré l'effort de désendettement, le ratio de la dette des Américains à leur richesse immobilière, qui est central pour déterminer leur solvabilité, a augmenté : les Américains ont continué à s'appauvrir, ils sont moins solvables qu'en 2007, ce qui, comme au Japon, implique une faiblesse continuelle de l'investissement logement et de la consommation. La seule façon de sortir de ce piège, où l'ajustement à la baisse de la dette est plus lent que celui des prix de l'immobilier ou des cours boursiers, serait une politique monétaire très non conventionnelle (achats de crédits immobiliers, d'ABS de crédits immobiliers par la banque centrale) visant à stabiliser les prix de l'immobilier. Le Japon n'a jamais osé mettre en place ce type de politique.

Les Etats-Unis sont donc bloqués dans une trappe à croissance faible similaire à celle où se trouve le Japon depuis les années 1990, avec l'excès d'épargne des entreprises et la poursuite de l'appauvrissement des ménages avec le recul du prix des actifs. On peut même soutenir que la situation des Etats-Unis est pire que celle du Japon pour deux raisons : l'incapacité des Etats-Unis à soutenir leur économie par le commerce extérieur, qui au contraire a apporté plus de 1 point de croissance en moyenne chaque année au Japon, alors qu'aux Etats-Unis l'emploi industriel ne représente plus que moins de 8% de l'emploi total ; l'insuffisance d'épargne aux Etats-Unis, alors qu'au Japon le niveau très élevé de l'épargne domestique et le "nationalisme" des investisseurs permettent de financer le déficit public très élevé sans difficulté à un taux d'intérêt très faible, tandis que les Etats-Unis vont devoir réduire leur déficit public à partir de 2013. Le scénario alors le plus probable est une croissance très modeste (autour de 1,5% par an, c'est-à-dire insuffisante pour éviter la hausse tendancielle du chômage) aux Etats-Unis.

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Commentaires 3
à écrit le 09/09/2011 à 8:31
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Artus, toujours implacable, lucide et clair. En fait, il ne dit pas autre chose que les économistes "non conformistes" mais venant du monde de la banque, ça passe mieux. Il y a des économistes qui voient juste et raisonnent bien, et les autres, ouvr...

à écrit le 08/09/2011 à 9:43
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La meilleure façon de bien vivre sa vie est d'être un rentier. Avoir suffisamment d?appartements à loués, un liquidité sans faille et un bon matelas de lingots d'or en cas de guerre mondiale (on les vendra pour mieux acheter pas cher les terrains con...

le 08/09/2011 à 23:32
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quelle belle ambition pour construire un monde meilleur et innover !!! les rentiers sont des parasites et au meme titre que la value ils devraient etre taxes un max!

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