La primaire à gauche, monstre médiatique révélateur et rénovateur

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Conçue comme un événement politique et démocratique, la primaire est devenue un objet autonome de communication, qu'aucun des candidats n'a pu dominer. Elle amène de véritables ruptures politiques, mettant notamment fin aux candidatures à répétition. A l'avenir, les politiques auront peut-être une seule chance de tenter leur chance.

Près de 2,5 millions de votants, la mobilisation est bien réelle. Très au-delà de la valeur comptable des 6 % du corps électoral français. Pour autant, il y a eu comme une inversion du résultat attendu. La primaire elle-même a créé un bruit médiatique et citoyen tel que cette innovation, qui a déboulé sans réellement prévenir dans l'espace politique français, a écrasé les candidats. Voilà un phénomène de communication politique et publique qui doit être relevé, car il dresse les contours du futur démocratique de notre pays.

D'événement politique et démocratique, la primaire est devenue un objet autonome de communication. Ni le PS, encore moins le PRG, ni les candidats n'ont réussi à s'imposer à elle. C'est une victoire démocratique qui, paradoxalement, condamne les résultats espérés en termes de communication politique des candidats et des partis qu'ils représentaient. Aucune marque politique n'a pu la dominer et trouver là le rebond nécessaire à une prise de position préférentielle dans la future présidentielle. Il n'y a pas de "momentum", comme disent les Américains. Pas de réelle percée et donc de mouvement. La primaire s'est muée en monstre médiatique trop puissant, trop événement, broyant tout sur son passage. Elle a échappé à ses créateurs. Il n'est pas inutile de constater que seul, un de ses défenseurs les plus zélés a bénéficié de la seule valorisation politique et communicante : une marque politique en devenir, Arnaud Montebourg.

Les stratèges des futurs candidats aux prochaines primaires devront en tenir compte. Le test est rude. La présidentielle consacre la relation d'une femme ou d'un homme au peuple de France directement et en 2 tours de scrutin. Jamais, elle ne s'est imposée ainsi aux candidats en les dominant totalement.

L'entre-deux-tours sera marqué par un temps de tractations, de discussions qui divisent autant qu'elles rassemblent.

Le second tour nous dira si la victoire du monstre est totale et si les candidats n'étaient pas suffisamment préparés et solides en termes de communication face à cette épreuve qui ouvre désormais le feuilleton présidentiel de la vie électorale de notre pays.

Une nouvelle exigence pour les futurs candidats, une très bonne nouvelle pour la maturité de notre démocratie. Autre apport positif, comme aux États-Unis, les primaires ne respectent pas les sortants.

J'entends les candidats de la dernière élection. Voilà une rupture avec une pratique très française. Dans l'avenir, on aura peut-être une seule chance de tenter sa chance : malheur au vaincu.

Une bonne nouvelle donc pour la fluidité de la démocratie. On évitera peut-être ainsi les candidatures à répétition qui ont tant marqué l'histoire de la Ve République. On activera le renouvellement par le haut de la classe politique. Un renouvellement attendu par les citoyens et démontré par le vote de ce premier tour.

Restera à transférer cette pratique aux échelons parlementaires et surtout dans les espaces locaux et régionaux de notre démocratie d'où il est vital que doit se régénérer la politique. Pas gagné surtout sans statut de l'élu qui doit aller de pair avec un travail exigeant sur le cumul des mandats. Nous assisterions ainsi à un véritable aggiornamento de notre démocratie. Comme la préfiguration d'une nouvelle ère institutionnelle et politique. Et qui ferait écho à l'arrivée progressive en France comme en Espagne, au Chili, en Israël, aux États-Unis ou dans le monde arabe d'une nouvelle société civile, dont les exigences de réalisme du discours politique et de vigilance citoyenne permanente, certains disent d'"accountability", boostés par la décentralisation des moyens de l'action politique, s'installent progressivement dans l'espace public.

La primaire, monstre politique, aura révélé au grand jour que la capacité des partis et des dirigeants politiques, à s'identifier aux revendications de la nouvelle société civile et à les promouvoir, sera la clé de leur survie au cours de ce siècle.

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Commentaires
a écrit le 15/10/2011 à 17:13 :
Je ne suis pas sur que ce deballage médiatique ne fausse pas les résultats logiques d'une telle confrontation! j'en veux pour preuve les sondages qui sont fait à l'issue des confrontations. On sait bien que certaines personnes sont trés influencables et lorsque les présentateurs sont carrément subjugués par un compétiteur, ils orientent d'une manière indirecte le vote des participants. Non tout ce tapage médiatique est antidémocratique, il enlève toute réflexion et défavorise celui ou celle qui ne bénéficie pas de la meme attention du présentateur

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