Emergents : la fable du découplage

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Par Marc Fiorentino, de Monfinancier.com.

Certains économistes aiment nous raconter des petites histoires pour nous faire rêver le soir avant de nous endormir. Une des plus populaires depuis la crise de 2008 est celle du découplage. Elle commence ainsi. "Il était une fois des pays très très grands, très très forts, qui étaient tellement grands et tellement forts que même quand leurs amis devenaient très faibles, ils n'avaient même pas mal..." La version pour adultes revenait à nous expliquer que même avec une chute de la croissance américaine et une crise européenne majeure, la Chine, le Brésil, l'Inde et toutes les autres "briques" émergentes continueraient à voir leur croissance progresser grâce à un phénomène magique : "la demande intérieure des nouvelles classes moyennes".

Quel magnifique concept. Un concept élaboré dans des tours d'ivoire par des prévisionnistes qui, quand ils se déplacent dans les pays émergents, prennent bien soin de ne pas s'éloigner de plus de 500 mètres de leur hôtel situé dans le coeur du quartier des affaires autour duquel, rien que pour les impressionner, on installe des grues et on fait travailler des figurants ouvriers avec des marteaux piqueurs vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Combien de personnes avez-vous entendu dire : "Je reviens de Shanghai. C'est impressionnant. Cela construit partout. Jour et nuit..."

Seulement voilà. Les chiffres qui tombent jour après jour viennent confronter la réalité à la fable... Il n'y a pas plus de découplage que de génie dans la lampe d'Aladin... Cette semaine seulement, on a vu le niveau du commerce chinois baisser en septembre à son plus bas niveau depuis sept mois, les ventes au détail brésiliennes chuter, les commandes industrielles baisser en Afrique du Sud, les exportations de matières premières d'Amérique du Sud et d'Afrique s'affaisser. Tout cela parce que les pays émergents dépendent de leurs exportations et que l'Europe et les États-Unis ne retrouvent pas des taux de croissance solides.

La mondialisation que dénonce le "duc" de Montebourg est une réalité. Le sort des pays émergents est lié au sort de l'Europe et des États-Unis. Les États-Unis l'ont d'ailleurs enfin compris. Ils ont senti ce vent de faiblesse qui soufflait sur la Chine et ont décidé de s'attaquer à la sous-évaluation du yuan.

Suivez la préparation du G20 du 3 novembre. Les pays émergents vont devoir mettre la main à la poche si l'Europe parvient à un accord crédible au Sommet européen du 23 octobre. Pas par altruisme mais pour tenter de préserver leur croissance... Ils ont déjà indiqué qu'ils étaient en négociation pour contribuer plus largement au FMI et lui donner les moyens d'intervenir plus efficacement dans la crise de la dette européenne. On envisage différentes options. Mais dans tous les cas de figure, les pays émergents participeront au sauvetage européen. Pour tenter de préserver un taux de croissance fort nécessaire à maintenir un emploi stable. Et sans emploi stable, pas de paix sociale...

Le seul élément "enfantin" dans l'économie mondiale, c'est que nous nous tenons tous par la "barbichette" ! Mais par pitié, arrêtez de nous raconter des histoires et ne parlez plus, jusqu'à 2020, de découplage...

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Commentaires
a écrit le 23/10/2011 à 14:30 :
Et pourtant voici le genre de choses qu'on peut lire sur "China Business News"
"Trade between China and Malaysia is set to reach a new high of $100 billion by 2015. That?s after the two countries agreed to deepen economic cooperation to reduce the impact of the global economic slowdown, according to Malaysian Prime Minister Najib Tun Razak on Friday".
Il semble bien qu'il y ait une accélération du découplage.

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