Dépendance : arrêtons de ne parler que d'argent !

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Par Patrice Cristofini, directeur des alliances stratégiques et partenariats d'Orange Healthcare, et Jacques Marceau, président d'Aromates, enseignant à l'IEP Aix-en-Provence.

S'il est vrai que la mise en oeuvre de toute politique publique requiert des moyens financiers à la hauteur de ses ambitions, il n'en demeure pas moins que l'argent ne règle pas tout. Une évidence ! Mais qui ne semble pas en être une pour nos politiques de tous bords, qui ont une fâcheuse tendance à faire croire, ou pire, à croire eux-mêmes, que des chiffres placés derrière un discours suffisent à convaincre le citoyen non seulement de la pertinence de leur action, mais encore de son efficience. Dans cette doxa, plus la cause est légitime, plus la somme est importante et l'action du politique méritante. C.Q.F.D. !

La question de la dépendance ne déroge pas à cette règle. Et pour cause, le coût estimé pour la prise en charge de la perte d'autonomie, de l'ordre de 25 milliards d'euros par an, représente un enjeu de taille avec, dès 2015, plus de 2 millions de personnes âgées de plus de 85 ans, en progression de 80.000 personnes par an. L'heure étant aux économies, le gouvernement a prudemment décidé de reporter à début 2012 la discussion d'un plan dépendance, dont la mise en oeuvre est pourtant devenue une urgence tant sociale que sanitaire. Comme si, encore une fois, la vision comptable était la réponse aux besoins et à la détresse des familles et des aidants, que seule l'annonce d'un financement massif pourrait soulager.

Le défi de la dépendance requiert un projet politique ambitieux, dont les objectifs devront être clairement définis, et quantifiés, afin qu'il soit possible d'en effectuer la mesure et d'en proposer un bilan à la nation. Un véritable contrat de performance passé entre citoyens et élus en quelque sorte. Pour y parvenir, quelques principes simples peuvent être retenus. Le premier principe serait, plutôt que de se focaliser sur les montants, de s'attacher à simplifier et à coordonner l'action des multiples acteurs du financement de la dépendance.

En effet, le système actuel implique une multitude d'acteurs : Cnaf, assurance-maladie, Etat, CNSA, département, Cnav... Cette multiplicité des financeurs non seulement est une source de déperdition d'argent considérable, mais encore rend l'orientation au sein du système particulièrement complexe pour des aidants qui ont mieux à faire qu'à se perdre dans les méandres de cette jungle administrative. Il est donc urgent de refondre les filières de financement avant toute augmentation du montant de ces derniers.

Le deuxième principe, découlant du premier, propose un meilleur suivi de la gestion des prestations rendues au domicile des patients. Dans ce domaine, des solutions éprouvées existent, reste à les coordonner et surtout à en assurer une gouvernance homogène. Hôpital, collectivité territoriale, associations, structures de HàD associatives ou privées, simples aidants familiaux ou de proximité... il existe de multiples formes d'aide qui, toutes, correspondent à des contextes thérapeutiques, géographiques, économiques, organisationnels ou simplement humains, différents. Il ne s'agit pas de les fondre en une seule entité qui serait un grand service public de la dépendance, mais d'en coordonner efficacement l'action, d'en harmoniser les pratiques et d'en contrôler strictement la qualité tout en préservant leur pluralité. Pour y parvenir, il est indispensable que leurs équipements, outils technologiques et ressources logicielles, soient compatibles et administrés.

Les systèmes d'information nécessaires à la mise en oeuvre de ce projet existent et des industriels proposent de l'organiser au sein d'une plate-forme spécialisée supportant les services attendus des professionnels de santé et les aidants appelée "Cloud Computing Santé ". Cette plate-forme permettra un accès simplifié à des ressources logicielles et applications dédiées au traitement de la dépendance, de la prise en charge de situations d'urgence au suivi médico-social et à la gestion. Ainsi, chaque territoire pourra continuer de gérer de façon autonome ses ressources, mais dans le cadre d'une gouvernance informatique nationale, seule à même d'harmoniser et d'optimiser ces politiques locales et leurs acteurs.

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