Printemps arabe, Front National et 2016

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Depuis de longues années, le FN construit son électorat sur les ouvriers, les employés, les hommes, les chômeurs...
Depuis de longues années, le FN construit son électorat sur les ouvriers, les employés, les hommes, les chômeurs... (Crédits : © Pascal Rossignol / Reuters)
Comme la popularité grandissante du FN, les révolutions arabes ont suscité l'incompréhension des politiques et des média, qui n'ont vu que ce qu'ils voulaient voir... C'est ainsi que 2016 pourrait nous surprendre...

Rapprocher Front National et Printemps arabe serait saugrenu ? Pas du tout ! Le Front National est, depuis de longues années, en incompréhension avec les politiques « nationaux » et les médias « parisiens ». Toute usine qui ferme (Gandrange) ou menace de fermer (Florange, Fessenheim), tout territoire à aménagement contesté violemment (barrage de Sivens), fait monter le Front National. Depuis de longues années, le FN construit son électorat sur les ouvriers, les employés, les hommes, les chômeurs... On est loin des lieux de présence des politiques et médias, CSP+, tertiaire, population plus âgée, coeur des métropoles, notamment Paris.La France périphérique (Christophe Guilluy, Flammarion 2014) détaille le sujet. L'analyse n'est pas entendue et les élections régionales de 2015 en sont l'illustration : les résultats du premier tour ne furent pas conformes à ce qu'attendaient et argumentaient les politiques.


L'incompréhension face aux Frères musulmans

Le Printemps arabe est du même ordre, incompréhension des politiques et des médias occidentaux. Le Printemps arabe a débuté en Tunisie. Dès janvier 2011, « dans plusieurs villes des pays arabes, les foules sont descendues dans les rues pour réclamer la liberté et appeler à réexaminer leur politique » (Le Temps, 7 janvier 2011). La révolution du Jasmin était en marche. En quelques semaines, la Tunisie, l'Égypte, le Maroc, la Syrie, le Yémen, l'Algérie, Bahreïn, la Jordanie... connaissaient des manifestations dans les principales villes. L'explication évidente était la demande de travail des jeunes diplômés, devenue une révolte contre les autocraties. Les politiques et médias occidentaux ont soutenu les manifestants, les mouvements démocratiques et la revendication d'élections libres.

La place Tahrir du Caire, noire de monde, en était le coeur symbolique. Les islamistes appliquant la charia ont été élus en Tunisie (octobre 2011), en Égypte (décembre 2011). Car, démocratiquement, les plus nombreux n'habitent pas le centre des villes et ne connaissent pas la place Tahrir... et cela, les Occidentaux en quête de démocratie l'avaient ignoré. Dans ces deux cas, les médias et les politiques nationaux ou occidentaux regardent le monde sous leur propre angle de vue. Pas celui qui est : le FN naît du chômage ouvrier, les pays arabes sont musulmans. Voir le futur sous l'angle que l'on souhaite n'est pas la garantie de ce qu'il sera. Les signaux faibles ne sont pas QUE ceux que l'on aimerait capter. Ils peuvent être l'inverse. L'année 2016 peut être l'inverse de ce que l'on souhaite qu'elle soit. Et des signaux faibles le prouvent.

L'ouvrage le plus récent de Philippe Cahen : Les Secrets de la prospective par les signaux faibles, Éditions Kawa, 2013.

À découvrir aussi sa contribution à l'ouvrage collectif Rupture, vous avez dit disrupture ? Le futur est déjà derrière nous, Éditions Kawa, 2015.

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