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OpinionsVu de Bruxelles

Dijsselbloem : honnête homme ou « pantin » ?

Photo de Florence Autret

Florence Autret

Publié le 29 avril 2016 à 12:00 - Mis à jour le 02 mai 2016 à 13:18

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Le ministre batave avait débuté son mandat à la tête de l'Eurogroupe sous les quolibets et les critiques. De crise en crise, il a appris à manoeuvrer pour avancer au point de s'imposer auprès de ses collègues financiers, notamment du sourcilleux Wolfgang Schäuble.

La semaine dernière, il recevait à domicile, dans le port d'Amsterdam. Pas vraiment une assemblée de marins qui chantent. Plutôt des ministres qui parlent, des dettes qui les hantent, au large d'Amsterdam. En Grèce et ailleurs. Le jeune président de l'Eurogroupe, qui pilote aussi les travaux du Conseil des ministres des finances à la faveur de la présidence néerlandaise, a mis tout le monde d'accord en usant de la bonne vieille méthode européenne : se donner du temps.

Du temps pour résoudre l'équation grecque, d'abord. Comment réconcilier Christine Lagarde et Wolfgang Schäuble et éviter ainsi l'échec du troisième plan de « sauvetage » ? La première tient à ce que les Européens renoncent à une partie de leurs créances... pour mieux protéger celles du FMI, le second y répugne et continue à prétendre que les Allemands reverront leur argent. Jeroen Dijsselbloem n'a évidemment pas tranché. Il n'en a pas le pouvoir. Il a fait ce qu'il avait annoncé avant la rencontre : proposer « comment gérer l'incertitude ». La gérer autrement dit l'accepter.

La tutelle sur Athènes est prolongée

Le fragile compromis qui s'est dégagé après la réunion d'Amsterdam repose sur de nouveaux engagements grecs (de réforme) et allemand (de restructuration de la dette) à l'horizon... 2018, Washington acceptant de mettre de l'eau dans son vin sur la remise de dettes. La tutelle sur Athènes est prolongée, le gouvernement Merkel va pouvoir laisser passer l'élection avant de présenter la facture aux Allemands et Christine Lagarde devrait arriver à convaincre son conseil d'administration de revenir dans leu jeu européen dès cette année.

Rien d'héroïque dans cette solution très contingente, juste une grosse louche de bon sens et de pragmatisme. Cela explique peut-être pourquoi l'ancienne « étoile montante » du parti socialiste néerlandais, entré au parlement à 34 ans, est un des rares dirigeants de la zone euro auquel ni la croix grecque ni la raideur du ministre des finances allemand, ne semblent pouvoir griser le teint.

Son mandat de président de l'Eurogroupe avait pourtant commencé sous une pluie de critiques. On était en pleine crise chypriote. Sous la pression de Jörg Asmussen, alors bras droit de Schäuble, Jeroen Dijsselbloem avait participé à l'expropriation des déposants. Il venait tout juste de réaliser le seul bail-in de la crise financière dans son propre pays. Un acte courageux, qui protégeait les contribuables néerlandais, et qu'il avait cru à tord reproductible dans l'île méditerranéenne.  Depuis, il n'a cessé d'apprendre. Au point de passer pour un honnête homme, capable d'accommoder colombes et faucons de l'Eurogroupe. Son homologue Michel Sapin ne manque plus une occasion de lui tresser des louanges.  Ce qui les rapproche n'est pas tant l'amour des règles budgétaires européennes, notoires chez le Batave, que la capacité de ce dernier à faire rempart à l'intransigeance de Berlin.

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Une feuille de route horizon... 2024

A Amsterdam, Dijsselbloem a obtenu un mandat pour remettre à plat le calendrier des négociations sur l'union bancaire, actuellement enlisée, et la réforme de l'union monétaire. Il présentera fin juin sa feuille de route horizon... 2024. Même Wolfgang Schäuble dont aucune promesse, aucune règle budgétaire, aucune décision ne semble pouvoir apaiser l'angoisse à la vue de la montagne de dettes souveraines qui dorment dans les bilans des banques européennes, a accepté de patienter et de discuter.

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L'éphémère ministre des finances grec Yannis Varoufakis , avec qui il ne partage qu'une parfaite maîtrise de l'anglais, avait traité Dijsselbloem de « marionnette de Schäuble ». A tord. En revanche, le Grec voyait juste quand il le présentait comme « un rouage » de l'Eurogroupe. Ce qui était péjoratif dans sa bouche pourrait bien s'avérer précieux dans les mois et les années à venir pour accompagner la mue de l'union monétaire.

Florence Autret

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