Comme un parfum de fin de règne pour Angela Merkel

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Angela Merkel
Angela Merkel (Crédits : © Fabrizio Bensch / Reuters)
L'Europe est peut-être en train de perdre le seul leader qui lui permettait d'exister aux yeux du monde. Pour Angela Merkel, la conjonction fatale de la crise migratoire et du bourbier grec risque de lui être fatale.

Angela Merkel n'a plus en main les cartes qui lui permettraient de sauver son pouvoir. D'autres, à Berlin, Paris, ou Washington, décideront pour elle. Sa chute provoquerait une dangereuse vacance du pouvoir en Europe. Elle a eu bien souvent des hauts et des bas. Jusqu'à présent, elle s'en est toujours tirée. Mais cette fois-ci les choses s'annoncent plus compliquées que jamais pour Angela Merkel. L'Europe est peut-être en train de perdre le seul leader qui lui permettait d'exister aux yeux du monde. La conjonction fatale de la crise migratoire et du bourbier grec risque de lui être fatale. C'est une mauvaise nouvelle pour une femme qui a fait de la chancellerie le projet de sa vie. Et c'est également un problème pour l'Union européenne dans son ensemble.

Sur les migrants, la messe est dite. Les Allemands ont voté en mars en Saxe-Anhalt, en Rhenanie-Palatinat, en Bade-Wurtemberg. Si le parti nationaliste et anti-européen AfD n'a aucune chance à court terme d'entrer dans une coalition au niveau fédéral, il a eu assez de succès pour susciter la panique des partis centristes.

Merkel fait désormais peur au corps politique centriste

Dans le passé déjà, le succès de la chancelière n'était pas forcément corrélé avec les scores de la CDU, son parti. Mais sa popularité personnelle finissait par convaincre ses « alliés » de continuer à en faire leur reine. À présent, ils doutent.

Le relatif succès de la stratégie merkelienne d'alliance avec la Turquie (les arrivées de migrants en Allemagne ont dramatiquement chuté ces dernières semaines à la suite de l'accord entre l'Union européenne et Ankara) n'y peut rien.

Car le flot des migrants reprendra, par d'autres routes. S'il est possible, quoique pénible, de négocier avec Ankara, c'est beaucoup plus difficile avec la plupart des autres pays d'origine ou de passage des migrants. Pour stopper le flux, il faudrait une vraie frontière et une politique d'immigration commune. Or, elles ne verront pas le jour avant plusieurs années.

Hollande en sauveur de Merkel ?

Et puis, il reste le chaos grec, qui a refait surface avec la divulgation de ce que l'on savait déjà : le FMI demande à présent à la chancellerie allemande de choisir entre son argent et lui. Il faudrait dire : à la chancelière de choisir entre sa parole et lui.

Les propos de Poul Thomsen, le directeur Europe du Fonds, sont sans ambiguïté et valent plus que les démentis de sa directrice générale. Angela Merkel va passer un très mauvais moment quand elle devra le reconnaître devant le Bundestag, elle qui avait fait du Fonds le garant du sérieux des « programmes » grecs. D'autant plus qu'un homme est en embuscade : Wofgang Schaüble, son ministre des Finances, son meilleur ennemi, le seul qui puisse raisonnablement contester son pouvoir à la CDU, celui qu'elle a si habilement doublé il y a bien des années, seize exactement, dans la course à la chancellerie. Schaüble maintient qu'il ne veut pas d'une remise de dette à la Grèce ; Tsipras n'a pas le pouvoir de faire le nécessaire pour s'en passer et le Fonds joue sa crédibilité dans cette affaire.

Le seul qui pourrait sauver Angela Merkel, c'est François Hollande, s'il acceptait de parler sérieusement d'une réforme de l'union monétaire, d'une vraie fédéralisation du pouvoir européen - celle précisément demandée par Schaüble. Mais il ne le fera pas, parce qu'il a la même échéance électorale qu'elle et que la demande politique des Français est à l'opposé de celle des Allemands. La voilà donc coincée.

Elle n'a plus en main les cartes qui lui permettraient de se sauver elle-même. Son avenir politique se joue à Ankara, où l'Europe risque de perdre l'honneur qu'elle avait retrouvé en affirmant son respect du droit d'asile. Il se joue à Paris... où tout est bloqué. Il se joue à Washington, où le FMI ne bougera que sur ordre du Trésor américain, qui lui aussi s'apprête, élections obligent, à traverser une période de transition. Il se joue enfin à Wilhelmstrasse, au ministère des Finances. Pour l'ancien dauphin d'Helmut Kohl, le moment serait idéal pour faire un « coup ». La seule certitude pour l'instant est que le déclin d'Angela Merkel n'est pas forcément une bonne nouvelle pour une Europe en mal de leadership.

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a écrit le 09/04/2016 à 23:52 :
Or voir la dame de fer, bonjour la fin de l'euro.
a écrit le 09/04/2016 à 16:11 :
En effet, l'EU est dans la panade. Quand le 23 juin le Brexit sera confirmé, que ferotns les Européens? Silence coupable...d'Hollande et de Merkel mais quid des autres? l'EU n'a aucun dessein, hormis gérer la chienlit grecque et les frontières poreuses de la zone Schengen. Ce qu'il nous faut c'est une Kohl ou un Mitterrand!
a écrit le 09/04/2016 à 16:11 :
En effet, l'EU est dans la panade. Quand le 23 juin le Brexit sera confirmé, que ferotns les Européens? Silence coupable...d'Hollande et de Merkel mais quid des autres? l'EU n'a aucun dessein, hormis gérer la chienlit grecque et les frontières poreuses de la zone Schengen. Ce qu'il nous faut c'est une Kohl ou un Mitterrand!
a écrit le 09/04/2016 à 13:18 :
Merkel comme Hollande survivent politiquement grâce au corset de leur constitution nationale, qui agit comme une béquille et grâce au machin européen, qui ne sert plus qu'à faire de belles photos de groupe, devant un parterre de journaliste, dans une théâtre sans public.

Tout le monde attend 2017, en faisant de croire que tout va s'arranger ..

Mais les électeurs sauront tirer les leçons de tous ces échecs, ces abandons et ces mensonges: l'Ukraine, la Grèce, les migrants, le chômage endémique, la déflation économique.

Le projet européen est cliniquement mort et pourtant aucun acteur politique n'ose le dire, alors que les électeurs ne pensent qu'à cela. Enfin ceux qui voteront..

"Il n'y a pas d'alternative à l'Europe" c'est la doxa suicidaire. On continue? Vraiment? Avec les mêmes?

En France, le seul recours est une démarche en repartant de zéro, comme de Gaulle l'a fait. Et là on a une bonne base quand même.
a écrit le 08/04/2016 à 20:32 :
Le leadership de merkel n'a fait qu' aggravé les crises europeennes, que se soit la crise financiere ou migratoire. On regrettera pas plus le leadership de merkel en europe, qu'on regrette le leadership de georges w bush aux etats unis.
a écrit le 08/04/2016 à 17:45 :
Elle a eut toutes les chances, celle que l'on qualifie depuis longtemps de "petite peste". De son pays d'origine à la grande Allemagne, toutes les portes se sont ouvertes devant elle comme par enchantement, on ne peut y voir son seul talent mais une incroyable série qui lui a fait endosser les mérites des autres ou celles d'une conjoncture dans laquelle elle n'était pour rien. Cela a marché puis a cessé de marcher. Comme dit l'autre "ça eut payé". Les allemands on accepté de voir en elle aussi une partie de leur chance, celle de ceux qui l'ont tenté, souvent imprudemment, et en ont récolté quelques avantages parfois mais beaucoup d'ennuis aussi. Merkel pensait être ce qu'elle n'était pas et en somme cela devenait pesant. C'est ce que l'on est en train de lui dire.
a écrit le 08/04/2016 à 17:15 :
heureusement que les migrants sont bloques !!!!!!! car tout le monde sait que Daech envoie des djihadistes via les migrants
a écrit le 08/04/2016 à 15:50 :
Je dirais a la Tribune que personne n'est irremplaçable, Merkel a fait plus que son temps !
a écrit le 08/04/2016 à 14:28 :
Pauvre Angela : risquer d'être congédiée comme un laquais, elle qui avait tant de fois fait la une des journaux avec le titre ronflant de "Femme la Plus Puissante du Monde" !!!

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