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OpinionsVu de Bruxelles

Wolfgang Schäuble est-il dangereux ?

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Florence Autret

Publié le 22 avril 2016 à 12:00

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Comment empêcher les banques d'accumuler à leur bilan de la dette souveraine de leurs Etats? C'est le thème que soumet Wolfgang Schäuble ses camarades ministres des Finances à Bruxelles?

Varoufakis les avait poussés au bord de la crise de nerfs en prenant la salle du conseil des ministres pour un amphithéâtre d'université. Schäuble, lui, donne la migraine à ses camarades du conseil des ministres des Finances européens...

Pas plus tard que la semaine dernière, à Amsterdam, il les a obligés à plancher sur « le sujet le plus délicat de la régulation financière » (dixit un haut fonctionnaire européen) : l'exposition des banques au risque souverain. Dans certains pays, la dette publique détenue par les banques est égale à... deux fois le montant des fonds propres.

Quatre-vingts des cent plus grandes banques européennes avaient, en 2013, une « exposition au souverain » supérieure à 50% de leurs capitaux. Berlin trouve la situation dangereuse, car en cas de faillite d'un État, les banques seraient immédiatement coulées... d'autant plus que le gouvernement serait incapable de leur venir en aide. Ce lien incestueux entre banques et souverains doit être rompu.

La méthode proposée est simple : dissuader, voire empêcher les banques d'accumuler la dette de leur État dans leur bilan, soit en les obligeant à détenir plus de capital, soit en plafonnant, en proportion de leurs fonds propres, le stock de souverain qu'elles peuvent détenir.

De nouveaux risques en perpective

Sur le papier, l'idée est bonne. Elle complique un peu la vie des trésoriers publics, mais elle oblige à mieux tenir compte de la situation des finances publiques et évite de se reposer sur la création monétaire débridée actuelle. Bref, elle encourage la vertu.

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Seulement voilà, les économistes et les banquiers centraux sont unanimes : un tel changement crée plus de risques qu'il n'en supprime.

Selon les calculs de Willem de Groen, plafonner le stock de dettes souveraines à 25% des fonds propres (ce qui est actuellement la règle pour les autres types de créances) obligerait les banques à réallouer... 1.300 milliards d'euros de titres. On imagine les effets d'aubaine pour les spéculateurs si une telle mesure était adoptée. La présidence néerlandaise parle candidement de « risques de volatilité ». Quant à introduire une pondération de risque sur les souverains des pays les moins sûrs, cela ne ferait qu'aggraver la situation des secteurs bancaires espagnol, italien ou portugais, déjà mal en point.

En essayant de résoudre un problème réel - celui de l'interdépendance entre dette publique et dette privée -, le ministre allemand pourrait en créer un plus grand encore au nom d'un risque, la faillite d'un souverain, qui n'existe en pratique pas. Même la Grèce, pays défaillant s'il en est, survit à ses turpitudes.

Schäuble est-il idiot ?... Pas du tout !

Il est logique avec lui-même. Son objectif à terme est de justement permettre une « faillite ordonnée » d'un État, autrement dit une procédure qui permettrait de le laisser couler s'il perdait la confiance des marchés. Cet objectif figure dans plusieurs « non papers » récents du ministère allemand.

C'est de l'ordo-libéralisme poussé à l'extrême, un système où on laisserait jusqu'au bout les marchés exercer la pression sur les gouvernements, sans aléa moral, sans filet de sécurité collectif. La question mérite d'être posée : les États n'ont jamais été aussi endettés (à commencer par le premier d'entre eux) et cela fait sens de se demander avant que l'un rencontre des difficultés qui prendra les pertes en cas de défaut.

On éviterait ainsi les situations de chaos type Argentine, ou une mutualisation bricolée des pertes à l'européenne. Le FMI planche depuis des années sur ce sujet... sans toutefois lui trouver de solution.

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Non seulement la faillite d'un souverain est un challenge devant lequel le FMI recule (en réalité, il est là pour l'empêcher), mais surtout elle n'est pas compatible avec une union monétaire. C'est pourquoi l'implacable logique de Schäuble est en réalité dangereuse. Pour traiter un risque qui n'existe pas vraiment (une faillite souveraine), mais dont il voudrait qu'il puisse voir le jour afin d'encourager la vertu des gouvernements, il menace de briser l'équilibre fragile qui rend possible le financement relativement bon marché des budgets publics en Europe. Ses collègues en regretteraient presque Varoufakis.

Florence Autret

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