Unis dans... l'adversité

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Le deal passé par les Européens avec la Turquie d'Erdogan montre qu'une nouvelle diplomatie européenne est en train de s'inventer. Et avec Donald Trump qui veut se désinvestir de l'Otan, l'Europe va devoir sortir du cocon rassurant de la Guerre froide. (Photo: Angela Merkel, entre Vladimir Poutine et Tayyip Erdogan, lors du G20 de Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016)
Le deal passé par les Européens avec la Turquie d'Erdogan montre qu'une nouvelle diplomatie européenne est en train de s'inventer. Et avec Donald Trump qui veut se désinvestir de l'Otan, l'Europe va devoir sortir du cocon rassurant de la Guerre froide. (Photo: Angela Merkel, entre Vladimir Poutine et Tayyip Erdogan, lors du G20 de Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016) (Crédits : Reuters)
L'Union européenne se prépare en 2017 à une révolution avec deux évènements majeurs : l'entrée en fonction de l'administration Trump qui veut se désengager de l'Europe, et l'ouverture des négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit.

L'année 2017 n'est pas celle de tous les dangers, mais de la transition vers un système plus intergouvernemental dont la survie dépendra de la capacité de tous à accepter et contenir la domination de l'Allemagne. Sans grande conférence intergouvernementale, sans convention, sans nouveau traité, l'Union européenne se prépare en 2017 à une révolution à laquelle, contrairement à ce qu'en disent les Cassandre, rien ne dit qu'elle succombe. Deux évènements majeurs la façonneront : l'entrée en fonction de l'administration Trump, d'un côté ; l'ouverture des négociations avec le Royaume-Uni, de l'autre.

Depuis soixante-dix ans, l'Union européenne vit de la croyance - en partie vraie - qu'elle peut offrir un projet concurrent aux États-Unis, plus juste, moins fondé sur la puissance, et de l'acceptation que sa survie dépend du grand frère américain. L'arrivée du magnat de l'immobilier à la Maison Blanche va obliger les Européens à faire le deuil de cet encombrant autant que rassurant « surmoi ». Avec Donald Trump qui veut se désinvestir de l'Otan, se rapprocher de Moscou et dénigre les institutions multilatérales, la puissance américaine pourrait cesser d'être ce noeud technologique, monétaire, militaire autour duquel s'est organisée la mondialisation.

La construction européenne sort de son cocon rassurant

En perdant le cocon rassurant que formait le « camp occidental », les Européens devront prendre définitivement conscience qu'ils ont leurs propres frontières, que la Turquie n'a pas vocation à rejoindre l'Union et qu'il n'est plus question d'avoir l'imprudence de se lancer à nouveau dans une politique de rapprochement pleine d'ambiguïté avec l'Ukraine. Cette transformation a déjà commencé. Le deal passé par les Européens, sous l'égide de la chancelière allemande Angela Merkel et du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, avec la Turquie d'Erdogan montre qu'une nouvelle diplomatie européenne est en train de s'inventer. Cette Realpolitik replace la construction européenne dans une perspective historique longue, elle la fait sortir du cocon rassurant de la Guerre froide.

Question sous-jacente du Brexit : l'Europe a-t-elle un centre ?

Mais la question des frontières pose également celle du centre. L'Union a-t-elle un centre ? Ce sera l'enjeu caché de la négociation du Brexit. On entrevoit déjà que les futures relations entre le Continent et les Britanniques pourraient s'organiser autour d'un traité comparable à celui qui devrait unir à l'avenir l'Europe au Canada. Sans juridiction commune, sans institution, mais avec quelques principes de libre-échange et une étroite coopération normative.

Cet arrangement va fournir un contremodèle au système européen reposant sur des institutions supranationales. C'est pourquoi la question sous-jacente qui sera posée aux Européens, quand le moment sera venu pour eux d'approuver le deal britannique, sera celle du degré de fédéralisme qu'ils sont prêts à accepter. Les référendums et les votes parlementaires qui interviendront à la fin 2018 et au début 2019 dans les 27 pays de l'Union seront donc des consultations sur... l'Union elle-même.

Or, cette Union nouvelle qui se profile à partir de 2019 sera plus allemande qu'elle ne l'a jamais été. L'Union a été conçue dans les années 1950 pour rétablir la puissance de la République fédérale. Elle a si bien réussi qu'elle doit désormais s'employer à la contenir. De ce point de vue, la tentation de fuite en avant fédérale (il faut donner plus de pouvoir à Bruxelles) est aussi vaine que celle du repli national. La seule solution est d'investir le champ européen et de pratiquer cette diplomatie intergouvernementale qu'est devenue la politique européenne avec autant d'art que l'a fait la chancelière Angela Merkel ces dernières années.

Par Florence Autret, 
correspondante à Bruxelles

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Cet article a été publié dans La Tribune Hebdo n°195 titrée "2017 - Où va l'économie mondiale" et datée du jeudi 12 janvier 2017, jour de distribution de l'édition papier en kiosque et de diffusion de l'édition numérique (pdf).

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Couverture La Tribune Hebdomadaire 11/01/2017

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Commentaires
a écrit le 18/01/2017 à 0:09 :
"L'Union a été conçue dans les années 1950 pour rétablir la puissance de la République fédérale." On croit rêver. La pression soviétique a nécessité une Europe capable de résister. Si le développement a amené l'Allemagne à devenir une force économique prédominante dans cette Europe, ce n'est pas seulement une question de sa taille actuelle (les conseillers de Mittérand estimaient que la RDA pèserait lourd dans son estomac), mais d'une gestion économique et politique mieux réussie.
a écrit le 17/01/2017 à 9:23 :
Il est certain que si l'Europe veut se faire entendre elle doit-être unie le pb c'est que l'Allemagne ne conçoit cette union que sous son seul leadership. cela pourrait se concevoir si l'Allemane était prête à en payer le prix mais elle le refuse gardant son magot pour elle seule et demandant aux autres pays des efforts destructifs.La solution n'est pas dans une Europe dont tous les pays convergeraient vers le modèle allemand
Réponse de le 17/01/2017 à 16:48 :
Si mes souvenirs sont bons, c'était Fillon qui réclame le leadership dans l'UE, pas pour défendre les intérêts européens, mais pour pouvoir poursuivre les intérêts de la France dans le monde d'aujourd'hui.
a écrit le 16/01/2017 à 19:23 :
Si Trump abolit l'OTAN, il faudra que l'Europe évolue très vite sur sa défense et tout ce qui y est lié ...
a écrit le 16/01/2017 à 18:22 :
Cette tribune contient des affirmations non étayées :
- La Turquie n'a pas sa place dans l'UE (on comprend bien dans le contexte politique actuel, mais est-ce que ce sera encore le cas quand Erdogan et son système auront disparus ?).
- La diplomatie intergouvernementale vaudrait mieux que le repli nationaliste ou le fédéralisme (alors que c'est pourtant elle qui nous a amené dans la situation actuelle).
Sans un minimum d'argumentation, cet article perd son intérêt, surtout si c'est pour répéter des ponsifs souvent entendus ces 10 dernières années.
a écrit le 16/01/2017 à 15:15 :
"Or, cette Union nouvelle qui se profile à partir de 2019 sera plus allemande qu'elle ne l'a jamais été"

Vous défendez sans rire cette union que vous appelez vous-mêmes allemandes ?

Avez vous cherchez des solutions en dehors de cette europe gangrénée de partout par hasard, une seule fois au moins ?

Faire une erreur est bénéfique c'est répéter, inlassablement qui plus est, cette même erreur qui relève de la bêtise pure.

Tant que cette Europe restera campée sur ces bases oligarchiques aucun de ses peuples n'a intérêt à la conserver.

Vite un frexit !

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