Merkel : Mutter Europas ?

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Si Angela Merkel continue de rassurer beaucoup d'Européens, elle en inquiète aussi de plus en plus. Outre-Rhin, une partie de la presse lui reproche d'être devenue carrément anxiogène, d'avoir semé la graine de la peur dans la population en laissant grossir le flot des réfugiés.
Si Angela Merkel continue de rassurer beaucoup d'Européens, elle en inquiète aussi de plus en plus. Outre-Rhin, une partie de la presse lui reproche d'être devenue carrément anxiogène, d'avoir semé la graine de la peur dans la population en laissant grossir le flot des réfugiés. (Crédits : MICHAELA REHLE)
Lors de son ultime voyage présidentiel en Europe, Barack Obama s'est livré à une nouvelle déclaration d'amour à la chancelière. « Je suis heureux qu'elle soit là », a-t-il lancé. Alors que le flambeau du « monde libre » venait d'être placé par les Américains dans les mains de l'inquiétant Donald Trump, tout le monde a compris que le président sortant venait d'introniser Angela Merkel nouvelle gardienne des valeurs occidentales, de liberté, de tolérance, de modération et d'un certain ordre établi après la Seconde Guerre mondiale.

Bel hommage et sacré défi ! Concrètement, en quoi consiste le « job » ? Dans le désordre : poursuivre le projet d'intégration européenne, résister aux poussées hégémoniques de la Russie dans l'est de l'Europe et au Moyen-Orient, défendre la liberté du commerce, en Europe et dans le monde, résister à la tentation de réduire les libertés publiques face au sentiment d'insécurité et... rester un solide allié des États-Unis. De tous les leaders européens qu'Obama a connus pendant ses deux mandats, elle est certainement celui qui a le mieux tenu ce rôle dans la durée.

Continuer s'annonce toutefois difficile

D'abord les forces adverses, rangées pêle-mêle sous l'étiquette de « populisme », prennent du poil de la bête. La machine à dire non, à tout changer, à célébrer la nation comme une fin en soi, est enclenchée. Le vote britannique montre que l'on peut rayer d'un trait - en utilisant à plein les règles de la communication politique, avec des slogans mensongers et la légitimité d'un référendum -, quarante ans de travail politique. La chancelière elle-même a déjà dû consentir une défaite la semaine dernière en renonçant au traité transatlantique Tafta, emblème s'il en est un de l'Alliance atlantique.

Si elle continue de rassurer beaucoup d'Européens, elle en inquiète aussi de plus en plus. Outre-Rhin, une partie de la presse lui reproche d'être devenue carrément anxiogène, d'avoir semé la graine de la peur dans la population en laissant grossir le flot des réfugiés. Les pays d'Europe centrale n'ont pas apprécié le coup de l'ouverture brutale des frontières. La fin de son mandat rappelle que la femme des compromis et du juste milieu peut faire preuve d'impulsivité quand son pouvoir est en jeu.

Adoubement de Merkel par Obama

Enfin, la mainmise de l'Allemagne sur les postes de décision européens, surtout quand ils comportent une dimension financière, commence à faire désordre. Dans la liste des nominations récentes, la promotion du très contestable Günther Oettinger au poste de vice-président de la Commission européenne chargé du budget n'est pas passée inaperçue. Les décomptes nationaux ne sont pas tellement dans les moeurs bruxelloises, mais plus une seule institution où on ne reconnaisse off : « c'est trop ». C'est qu'il n'y a pas de bon compromis sans équité dans la représentation.

Si Bruxelles passe pour l'arrière-cour de la scène politique berlinoise, l'antigermanisme s'ajoutera aux plaies dont souffre déjà l'Europe. Alors la mission qu'Obama a confiée à son amie sera sérieusement compromise.

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Commentaires
a écrit le 27/11/2016 à 21:41 :
mère fouettarde!

Merkel adoubé par Obama, rien de surprenant l'ordolibéralisme est compatible avec la mondialisation néolibérale voulue et imposée par l'administration américaine depuis Reagan!

C'est pour cela que le cynisme d'Obama a laissé croire aux grecques qu'il les soutiendrait face à Merkel , Schaüble et leur homme lige Jeroen Dijsselbloem. Il a laissé faire le gouvernement Merkel , Junker ...La politique économique allemande affaiblit l'UE, cela conforte le leadership de l'administration américaine et des multinationales anglo-saxonnes. Qui a poussé à l'adoption du CETA, le jumeau du Tafta, si cher à Obama, La mère fouettarde!

Il ne s'agit pas d'être anti-allemand, le peuple allemand est le premier à souffrir de l'austérité ou plutôt de la Sparpolitik de mère fouettarde!
Il s'agit de se réveiller, de défendre nos intérêts qui sont ceux aussi de la majorité des européens, il s'agit de ne pas continuer à nous laisser faire, nous laisser affaiblir, nous laisser désindustrialiser par le gouvernement allemand et ses multinationales.
a écrit le 27/11/2016 à 11:56 :
Petit rappel : dans les faits il y après de 50 000 militaires américains dans des bases en Allemagne, à comparer aux 100 000 hommes de troupes (excluant les administratifs) de l'armée allemande.
La chute de l'URSS date de 25 ans. Quelles sont les justifications pour maintenir les bases américaines en Allemagne ?
Un historien objectif voyant cela à toute autre période de l'histoire en déduirait que le pays possédant des bases étrangères est un vassal de la puissance étrangère même si ce pays a une certaine autonomie. Cf les occupations macédonienne et romaine (à l'époque républicaine) de la Grèce ou l'occupation française en Italie lors de la renaissance. Mais à notre époque, il semblerait que l'objectivité ait disparu.
Je me demande quels prétextes trouveraient les américains pour conserver leurs bases en Allemagne si les dirigeants allemands demandaient leur départ. MAis cela n'arrivera pas, les dirigeants allemands sont tellement inféodés aux USA (contrairement à ce que prétend un nouveau courant germanophobe en France) qu'ils demandent même aux américains de ne pas réduire leurs troupes sous prétexte (donné aux populations) que cela créérait du chômage dans les régions concernées !

PS : merci de publier ce commentaire. Les sources sur les effectifs américains en Allemagne proviennent de wikipedia.
Réponse de le 27/11/2016 à 14:24 :
rryv : vos chiffres ne sont plus d actualité. en Aout 2016 les effectifs US basés en Allemagne comportaient 35.800 pers. et Les effectifs de la Bundeswehr comportent 175.000 pers. tout compris .
Toutes les grandes bases US situées à Mannheim et Heidelberg on été désaffectées.
Les plus grandes bases restantes sont Ramstein et Spangdahlem ( US air force). Il n´y a plus d´infanterie ni blindés stationnées en Allemagne.
Réponse de le 27/11/2016 à 21:47 :
les troupes américaines et les bases se multiplient contrairement aux engagements pris par Bush, Kohl et Mitterrand avec Gorbatchev.
La politique agressive de l'administration américaine, a pour but de maintenir la division de l'Europe, d'éviter tout rapprochement UE / Russie, pour permettre à l'hyperpuissance de nous dominer et dominer le monde quelques années de plus.Des années de profits pour les multinationales anglo-saxonnes, et c'est la seule chose qui compte, freiner toute volonté d'indépendance de l'UE et diviser pour régner, et continuer à piller nos pays, rachat d'entreprises, de savoir faire....
a écrit le 27/11/2016 à 10:23 :
ELLES A DU CARISME? ELLE A RECUE DES MILLIONS D EMIGRES? C EST CELA QUI A FAIT REMONTE L ESTREME DROITE? MAIS LA FAIBLESSE DE L ALLEMAGNE C EST QU ELLE NA PAS DARMEE DE DEFENCE?DANS CE MONDE EN EQUILIBRE DANGEREUX ILS FAUT QUE CHAQUE PAYS ET UNE DEFENCE NATIONALE???
a écrit le 26/11/2016 à 22:15 :
" la légitimité d'un référendum"...ben non, justement, un référendum n'est ps légitime dans un régime parlementaire. Si on tient à le conserver il faut mettre un seuil plus élevé que la majorité simple pour lui donner un caractère contraignant : par exemple que la réponse gagnante (oui ou non) obtienne 50% des voix des inscrits et non des seuls suffrages exprimés. Ou encore que cette réponse gagnante recueille 2/3 des suffrages exprimés. Si ce seuil n'est pas atteint ce sont les parlementaires qui décident in fine.
a écrit le 26/11/2016 à 12:38 :
En toutou d'Obama et avec sa politique inconsidérée des migrants, elle a surtout contribué à la montée des extrêmes en Europe. Il n'y a pas de quoi pavoiser !
Réponse de le 27/11/2016 à 9:56 :
C'est le problème !! Sur l'Europe, elle n'a eu aucun ou peu de leadership...et on en manque cruellement. Hollande ne peut pas apporter quelque chose dans ce domaine... Alors, si ni la France, ni l'Allemagne n'exerce un leadership européen alors qu'ils représentent 50% du PIB européen, il ne faut pas s'étonner que l'UE soit de plus en plus vue comme un problème... Urgent : cherchons un responsable politique apte à donner une nouvelle espérance aux peuples européens !!!!!
Réponse de le 27/11/2016 à 11:38 :
@ maduf :

Tout à fait. Merkel avait la légitimité pour devenir la leader de l'Europe, mais elle ne s'en est servie que pour protéger les intérêts allemands.

Et dans une Europe des Nations où le vrai pouvoir est à la main des États, il va être dur de trouver un dirigeant avec du pouvoir et la volonté de servir le bien commun européen.

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