Ecoutes : l'impérialisme américain 2.0

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Tout le monde écoute tout le monde et il n'y a pas de raison que çela change. C'est en substance ce que Barack Obama a répondu ce lundi à tous ceux qui s'offusquaient des révélations du désormais intouchable Edward Snowden, via le Spiegel puis le Guardian, sur les grandes oreilles installées par la NSA dans des bâtiments officiels européens. : 38 ambassades et missions diplomatiques sont décrites comme des « cibles » par le document divulgué.
Les cyniques, les cinéphiles et les amateurs de séries américaines se retrouveront pour dire qu'il n'y a là rien de bien surprenant. Après tout, l'espionnage est une pratique reconnue dans les relations internationales et, comme l'a rappelé John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, tous les gouvernements ou presque ont recours à « de nombreuses activités » (sic) pour sauvegarder leurs intérêts et leur sécurité.

La NSA s'est senti pousser des ailes

Sauf que. Sauf qu'en l'espèce, la partie est de plus en plus inégale. On l'a vu il y a moins de quinze jours avec les premières révélations de Snowden concernant l'accord entre les services américains et les géants du numérique rendant quasiment naturelle la communication de données personnelles de tous les internautes de la planète à la NSA. Une NSA qui s'est senti pousser des ailes après les attentats du 11 septembre 2001. Accusés de ne pas avoir vu venir ce péril, les services de renseignement ont non seulement investi à tout va pour contrôler l'espace numérique mais aussi bénéficier du Patriot Act, décrété par George Bush et toujours en vigueur, qui permet peu ou prou à l'Etat fédéral de faire ce qu'il veut au nom des intérêts supérieurs du pays en dehors de tout cadre légal.

Des libertés bien comprises
C'était bien mal connaître l'Amérique que d'avoir crû qu'un Barack Obama, même habité par les meilleurs sentiments, puisse changer profondément son logiciel. S'il est une nation à laquelle s'applique à merveille les mots du Général de Gaulle - « les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts » - c'est bien celle qui a par ailleurs inscrit en tête de sa constitution les bases de ce que doit être l'exercice d'une liberté individuelle totale.
Libertés bien comprises donc, dès lorsque que les Etats-Unis y trouvent leur compte. Liberté d'être ou de s'estimer le défenseur ultime de son modèle, donc de celui de la planète démocratique. Liberté conquise grâce à la toute puissance d'un monde numérique qu'elle contrôle encore grâce à ses géants, grâce à son marché unique qui leur permet de grandir pour mieux dominer leur sujet et leur business.

Tout ultimatum a peu de poids
La réaction de François Hollande - "Nous demandons que cela cesse dans les meilleurs délais, j'allais dire immédiatement"- , celles de quelques responsables bruxellois, étaient certes nécessaires, en ce qu'elles ont vocation, c'est déjà ça, à montrer aux Européens que l'on ne reste pas inerte, sans voix, face à ce qu'est la nouvelle nature de l'impérialisme américain. Mais elles apparaissent bien vaines. Dès lors que l'on se prête aux mêmes pratiques, même à notre modeste niveau, tout ultimatum a peu de poids. Quant à imaginer un front commun européen, mieux vaut l'oublier. Le silence assourdissant de bien des chancelleries, notamment celui de Londres, allié historique du grand frère américain via notamment le système Echelon, nous rappelle qu'en matière de renseignement, la règle du « chacun chez soi et les moutons sont bien gardés » prévaut toujours. Fermez le ban et ouvres vos "grandes oreilles".

 

 

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Commentaires 18
à écrit le 03/07/2013 à 7:48
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Comment organiser une fourmilière de 10 milliards d'individus sans une dictature numérique? La pseudo liberté sera virtuelle.

à écrit le 02/07/2013 à 16:20
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Qu'on nous informe donc sur les pays capables de recevoir et d'instruire une demande d'asile sans que le demandeur soit sur place !!!! C'est n'importe quoi cette gestion du droit d'asile ! Souvenez-vous des pays qui refuse l'asile à Snowden ! leurs d...

à écrit le 02/07/2013 à 13:48
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Vous avez bien la mémoire courte tous autant que vous êtes - j'entends quelques fois dans certain reportage TV le terme "les grandes oreilles". Ce terme signifie tout simplement le "projet échelon" développé pendant la guerre froide par les membres d...

le 02/07/2013 à 16:43
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Vous ne comprenez pas l'indignation, soit, mais la guerre froide est fini. Ce qui était admissible à cette époque l'est moins aujourd'hui. C'est l'espionnage des alliées, et du moindre recoin de votre vie privé qui choque, surtout en plein lancement ...

le 03/07/2013 à 11:31
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Ne spéculer pas sur mon indignation s'il vous plait, elle est peut être plus grande que la votre. Comme exposé dans le contenu de cet article, et comme le disais si bien Charles de Gaulle« les Etats n'ont pas d'amis, ils n'ont que des intérêts ». Le ...

à écrit le 02/07/2013 à 11:52
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à écrit le 02/07/2013 à 11:45
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Avec ce type d'article, même si on n'est pas des fous ou des illuminés, on ne va nul part, dans ce cas là on aurait aussi dû accepter l'occupation allemande ad vitam aeternam sans broncher et éventuellement le reste. Il ya une chose sur laquelle je ...

le 02/07/2013 à 12:25
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lire".... nulle part....", bien sûr.

à écrit le 02/07/2013 à 11:12
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Snowden enfant de choeur ? La CIA , la NSA , le NCS , le SCS , le FBI , embaucheraient n'importe qui , ne contrôleraient pas en permanence leurs membres et ceux de leurs sous-traitants?Ou Snowden a trahi et pourquoi serait-il fiable ailleurs ? Ou il ...

le 02/07/2013 à 16:50
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Mais encore? Facebook, Apple, Google, Microsoft, Skype sont français peut être, et nous livrent tout les détails de la vie privé de ses utilisateurs? Et des logarithmes dig-data informent notre gouvernement des tendances sociales pour mieux les maitr...

à écrit le 02/07/2013 à 10:55
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Trop d'écoutes tue les écoutes ! Nous en reviendrons donc dans un avenir proche à la diligence , au pneumatique, à la course à pied , au vélo... pour faire parvenir des messages !

à écrit le 02/07/2013 à 9:29
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Surtout pas de vagues, non seulement on a Frenchelon alors on a aucune meilleure morale( au moins les américains répugnent à espionner leurs propres concitoyens) mais en plus on a plus les moyens de soutenir un french-bashing de plusieurs années, le ...

à écrit le 02/07/2013 à 7:19
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lorsque l'ont entend HOLLANDE on dirait une fois de plus qu'il n'est au courant de rien et c'est notre président !!!!!!!!comme un certain ministre il dit "JE DEMANDE DE VOUS ARRETER"non seulement il fait rire la FRANCE mais le MONDE ENTIER je vous l...

à écrit le 02/07/2013 à 5:07
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Excellente vision de la réalité.

à écrit le 02/07/2013 à 0:10
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Ah non pardon !!!!! "l'accord entre les services américains et les géants du numérique rendant quasiment naturelle la communication de données personnelles de tous les internautes de la planète à la NSA" Pardon le président idole a precisez que l...

à écrit le 01/07/2013 à 22:47
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Si les pays européens commençaient par arrêter de fournir des informations sur les CB de leurs ressortissants qui sont utilisées pour acheter des billets aux USA, et instauraient le même type de pseudo visa aux Etats-Uniens que ceux qu'ils nous ont i...

à écrit le 01/07/2013 à 22:28
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Poutine s'est déclaré solidaire de son partenaire américain. Les humeurs européennes ne sont que d'humiliantes postures d'Etats impuissants sur pareil sujet et affligeante est la demande impérieuse mais ridicule par sa vanité totale du président fran...

le 02/07/2013 à 8:26
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D'autant que notre président et ses amis de la gauche, est le fils spirituel d'un certain François Mitterrand qui activa un véritable réseau d'écoute, donc d'espionnage (c'est le nom !) à l'encontre de nos concitoyens, sur le modèle des chers amis de...

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