Uber, la gloire sans la rançon

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(Crédits : Reuters)
Malgré son succès, la célèbre plateforme californienne continue à subir des critiques dans nombre de pays, notamment en France. Cet été, elle a dû jeter l'éponge en Chine. Surtout, elle n'arrive toujours pas à dégager de bénéfices.

La logique du modèle économique des géants de la nouvelle économie est d'accroître la part de marché au prix de pertes cumulées pendant des années et de tenir jusqu'à ce que le pouvoir de domination se transforme en bénéfice net. Amazon est emblématique de cette tendance. Le géant de la vente en ligne voit sa rentabilité s'améliorer depuis l'année dernière. Le réseau social Twitter, lui, n'arrive pas à gagner de l'argent; pire, il a des difficultés à monétiser ses célèbres messages de 140 signes (un peu plus longs maintenant, en fait).

La voie du milieu

Uber, l'un des leaders de la révolution numérique dans l'économie, occupe la voie du milieu pour le moment. Son succès, qui se traduit par l'entrée du verbe "ubériser" dans le dictionnaire, ne va pas sans revers - voire, une foule d'ennemis.

La plateforme californienne née en 2009 a créé chaque mois des milliers d'emplois à travers le monde, mais c'est en bousculant le secteur des taxis qui font tout pour éjecter - parfois par la violence - cette concurrence appréciée des clients.

Ces derniers jours, en France, ce sont ses propres « employés » qui ont manifesté leur mécontentement, rendus furieux par la décision d'Uber de majorer sa commission prélevée sur chaque course de 20% à 25%, ce qui va comprimer davantage leur marge bénéficiaire, à tel point que de nombreux chauffeurs jettent l'éponge.

Un fonds de soutien de 2 millions d'euros

Face à cette colère, Uber a concédé la création d'un fonds de soutien de 2 millions d'euros qui permettra de venir en aide aux chauffeurs en difficulté financière, mais sans revenir sur la majoration de la commission, exigée par le gouvernement.

Ces types de problèmes se multiplient dans nombre de pays. Il en est un où le géant des VTC a d'ailleurs dû renoncer, c'est la Chine. Contrairement à l'Inde, Uber a, deux ans durant, essayé de s'y implanter, brûlant 2 milliards de dollars, pour finir par accepter de se retirer en échange d'une participation de 17,5 % du capital de son concurrent chinois, Didi Chuxing. Concurrent qui a gagné la bataille notamment en acceptant de perdre de l'argent, grâce à l'appui financier d'autres groupes chinois et étrangers comme... l'américain Apple, et à l'appui réglementaire du gouvernement.

L'épisode chinois pose la question de la rentabilité de la plateforme, avec des parts de marché qui commencent à se stabiliser. Les chiffres qui ont commencé à filtrer illustrent cette problématique.

Les pertes se creusent

Certes, selon une source citée par l'agence Bloomberg, son chiffre d'affaires est en augmentation, en s'affichant à 3,76 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l'année, et son activité devrait lui permettre de dépasser les 5,5 milliards de dollars pour 2016, malgré son retrait du marché chinois en août dernier.

Mais elle creuse ses pertes: plus de 2,2 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l'année. Une perte qui pourrait s'élever à 3 milliards de dollars à la fin de l'année. Or, Uber a indiqué avoir déjà perdu 2 milliards de dollars sur l'exercice fiscal de 2015.

La compagnie bénéficie toujours d'une valorisation importante, estimée à 69 milliards de dollars, soit quelque 14 milliards de dollars de plus que celle du constructeur automobile General Motors.

Mais la bataille perdue en Chine, les problèmes avec les taxis et le louvoiement des gouvernements locaux, ainsi que les manifestations de ses employés pour une meilleure rémunération vont devenir récurrentes. Sans compter la concurrence. Même aux Etats-Unis, Uber perd de l'argent et doit compter sur la montée en puissance d'une autre plateforme Lyft.

Uber doit s'ubériser

Mais Uber sait qu'il doit lui-même faire preuve d'innovation s'il ne veut pas être condamné, donc s'ubériser. C'est ce qu'il fait avec d'autres géants de la révolution numérique sur un créneau d'avenir : la voiture autonome. Plusieurs modèles sont en phase de test à San Francisco. Même si beaucoup reste à faire avant que ces voitures puissent être mises en circulation, et que cela prendra un certain temps, elles ont un avantage, elle ne manifestent pas de mécontentement.

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