Uber et Airbnb bénéfiques pour l'économie française ?

 |   |  776  mots
Pour la Coface, les secteurs des transports et de l'hébergement sont les plus lucratifs de l'économie collaborative.
Pour la Coface, les secteurs des transports et de l'hébergement sont les plus lucratifs de l'économie collaborative. (Crédits : reuters.com)
Selon une étude de la Coface, la transformation numérique crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit. L'assureur-crédit ne nie cependant pas l'impact des nouveaux arrivants comme les VTC sur le secteur plus ancien des taxis, dont les faillites ont augmenté de 135% entre 2013 et 2016.

"L'ubérisation" de l'économie, ou transformation numérique, crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit, conclut une récente étude de la Coface comparant le nombre de défaillances et de créations d'entreprises dans les secteurs des transports et de l'hébergement. Ce sont d'ailleurs les secteurs les "plus lucratifs" de l'économie collaborative, a souligné lors d'une conférence de presse Guillaume Rippe-Lascout, économiste de l'assureur-crédit Coface.

Lire aussi : le transport, moteur de l'économie collaborative

En effet, les auteurs de l'étude rappellent qu'avant l'arrivée de la société Uber et de la plateforme AirBnB, régnait sur ces deux marchés une situation de "quasi-monopole" avec peu de nouvelles licences de taxis créées et un manque de places d'hébergement dans la capitale.

Les créations d'entreprises compensent largement les défaillances

Attention, la Coface ne nie pas que le développement des VTC (voitures de transport avec chauffeur) a bousculé le secteur des taxis. Selon l'assureur-crédit, entre 2013 et août 2016 les faillites ont même augmenté de 135% en Île-de-France. Mais sur la même période la création de VTC a été multipliée par 7, ce qui "a largement compensé l'augmentation des défaillances", relativise Guillaume Rippe-Lascout.

Dans le détail, entre 2013 et 2016 les défaillances de taxis ont augmenté de 58% tandis que les créations d'entreprises de VTC s'élevaient à plus de 30.000 sur la même période. Sans surprise, la part des défaillances est plus significative dans la région Île-de-France, ou les VTC se sont le plus développés.

Ainsi, en août 2016 on comptait 14.404 créations d'entreprises de VTC sur un an, et 746 destructions d'emplois chez les taxis. Ce qui représente 12.218 créations d'emplois réels (en considérant que 80% des chauffeurs VTC exercent cette activité à temps plein et 20% à mi-temps) en France.

22.000 chauffeurs en activité en juin

De quoi corroborer les conclusions d'une récente étude du cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG), selon laquelle sur les six premiers mois de 2016, 15% de la création nette d'emploi en France viendrait ainsi de la filière VTC. L'impact serait encore plus net en Île-de-France, qui concentre 90% de l'activité des VTC, et où la filière serait à l'origine de la création d'un emploi sur 4 dans le secteur marchand. En juin 2016, 22.000 chauffeurs étaient en activité en Île-de-France et dans les grandes agglomérations françaises. Environ 65 % de ces chauffeurs seraient des employés d'entreprises capacitaires régies par la LOTI et 35 % seraient titulaires de la licence VTC.

Toujours selon cette étude du BCG, la filière des voitures de transport avec chauffeur contribuerait ainsi à hauteur de 0,04 % au PIB de la France en 2016 et de 2% de sa croissance. En Île-de-France, on atteindrait 0,1% du PIB et 6 % de sa croissance.

Pour l'hôtellerie, un avant et après attentats

Mais revenons à celle de la Coface. Dans l'hébergement, l'hôtellerie traditionnelle à Paris "réagit moins brutalement à l'arrivée d'Airbnb jusqu'aux attentats" de l'année 2015, pointe l'étude, qui ne quantifie pas les emplois créés ou détruits par l'économie collaborative. Cependant, l'étude recense entre 2012 et 2014 une croissance "exponentielle" des annonces sur la plateforme Airbnb à Paris (25.000) qui "n'a pas affecté les défaillances des hôtels", assure Guillaume Rippe-Lascout.

Dynamique qui s'inverse après les attentats, avec une augmentation des défaillances et un taux de remplissage qui diminue. Depuis les attentats, les défaillances dans l'hôtellerie parisienne connaissent une hausse de 117%, selon l'étude. Entre juin 2015 et juin 2016 la fréquentation touristique a diminué d'environ 5 points "alors que le trafic aérien a augmenté de 3%", rappelle la Coface.

Hausse des faillites dans l'habillement

Mais les attentats n'expliquent pas à eux seuls cette inversion de tendance. Guillaume Rippe-Lascout l'attribue à une "combinaison" des deux éléments : les attaques jihadistes et l'augmentation de chambres proposées à Paris, qui a presque doublé en un an pour dépasser fin août 55.000.

Par ailleurs, la Coface prévoit un recul de 1% des défaillances d'entreprises en France pour 2017, contre une baisse estimée à 4% cette année. Les deux dernières années il y a eu "énormément de créations d'entreprises" et, "d'après l'Insee, la probabilité de faire défaut" au bout de deux à trois ans "est maximale", note t-il.

La Coface constate en outre, en 2016, une progression, sur un an, des faillites dans l'habillement de 17%, secteur "sinistré" par la concurrence sur internet et par celle du géant espagnol du textile Inditex. L'assureur-crédit s'inquiète également des faillites d'entreprises dans l'industrie agroalimentaire, 18% sur un an, principalement les boucheries et charcuteries mais aussi les pâtisseries et boulangeries.

(Avec AFP)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/12/2016 à 10:20 :
CASSER LES MONOPOLES C EST BIEN? POUR L INSTENT CELA A CREE DES EMPLOIES EN CASSENT LE MONOPOLE ? MAINTENENT C EST AU OUVRIERS DE SE BATTRE POUR DE MELLIEURS CONDITION DE SALAIRE? RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL? ?? DANS LA VIE JE NE PERD JAMAIS SOIT JE GAGNE SOIT J APPREND/// NELSON MANDELA///
a écrit le 16/12/2016 à 18:39 :
Uber, c'est une nouvelle forme d'esclavage moderne, bien accompagné par l'Etat avec la création du statut d'autoentrepreneur.
Quel est le progrès dans le transport des personnes lorsque les chauffeurs travaillent douze heures par jour pour quelques centaine d'euros par mois, qu'ils sont souvent endettés jusqu'au cou, avec un protection sociale maladie et retraite quasi nulle?
Uber est le créateur d'un nouveau sous-prolétariat qui appelle à une nouvelle lutte des classes. Je pense que nous n'échapperons pas au retour généralisé de la lutte des classes, des syndicats nouveaux devraient s'en inspirer. Les anciens ont capitulé et sont de connivence depuis bien trop longtemps....C'est la lutte FinAAaaale. Retour aux sources, les puissants ne comprennent que le rapport de forces. Allez les jeunes!
a écrit le 16/12/2016 à 13:25 :
Que la nouvelle économie impacte l'emploi et crée des modèles de fonctionnement complétement différents et parfois même révolutionnaires, c'est incontestable.
Il n'y a aucune raison pour que cela s’arrête, car une majorité de clients ou d’usagers y trouvent aussi leur compte.
Le problème est plutôt celui du premier train que l'on a loupé et que l'on regarde passer. D’où le réflexe protectionniste qui freine notre adaptation et pénalise également nos entrepreneurs et investisseurs. D'autant plus absurde que nous disposons encore des moyens pour prendre part à cette évolution et créer des entreprises leaders.
Polémiquer sur la sauvegarde, ou pas, de vieux modèles est inutile, il faut choisir entre construire des murs et s'adapter.
Certes il faut résoudre les problèmes d'un minimum de régulation et de taxation, mais ce n'est pas la priorité, car c'est l'ensemble de l’économie qui est en jeu.
Réponse de le 16/12/2016 à 18:51 :
@Velka
"il faut résoudre les problèmes d'un minimum de régulation et de taxation, mais ce n'est pas la priorité,".....Pas la priorité? Ne croyez-vous pas qu'il aurait fallu commencer par envisager les "problèmes" avant de lancer sur les routes des milliers de chauffeurs pieds et poings liés à Uber, étranglés financièrement, travaillant pour quelques dizaines d'euros pour 12/15 Heures/ jour dans un cadre social minimal. Uber est un esclavagiste des temps modernes. Aucune économie soi-disant "moderne" ne devrait s'en satisfaire sous prétexte que, comme vous le dites "c'est l'ensemble de l’économie qui est en jeu". Qui peut vouloir d'une telle économie? Les négriers...nouvellement appelés "financiers".

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :