Violences faites aux femmes : Gisèle Pelicot, du symbole à l’action
Sophie Iborra

Photo d'illustration
La Tribune
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Haies d'honneur, manifestations, lettres et messages de soutien par milliers... Gisèle Pelicot est devenue en quelques mois une icône française. Depuis début septembre, le tribunal d'Avignon est le théâtre du retentissant procès de Mazan. Sur le banc des accusés : Dominique Pelicot, son mari. À ses côtés, une cinquantaine d'hommes qui pourraient être nos voisins ou nos relations de travail. Ces hommes sont accusés d'avoir violé la septuagénaire, alors qu'elle était inconsciente, droguée à son insu par le père de ses enfants.
À la veille de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, le 25 novembre prochain, le cauchemar de cette mère de famille éveillera-t-il, une bonne fois pour toutes, les consciences ? À l'issue de ce procès, serons-nous capables d'agir concrètement pour mettre fin à la recrudescence des violences sexistes et sexuelles et des violences conjugales en France ?
En refusant le huis clos et en permettant à la France - et au monde - d'assister à ce qu'elle qualifie de « procès de la lâcheté », Gisèle Pelicot renverse la table. Héroïne de ces temps obscurs où la femme est encore et toujours l'objet de la domination masculine, son courage, sa dignité et ses mots font l'effet d'un uppercut en pleine face d'une société encore trop clémente et silencieuse sur ce fléau.
Dès lors, les médias s'emparent de ce procès qui promet de faire référence en matière de violences faites aux femmes. Dans son édito du 20 novembre consacré à Gisèle Pelicot sur France Inter, Patrick Cohen rappelle à juste titre, que les violences sexistes et sexuelles sont un sujet éminemment politique. Il explique, le décalage entre l'émoi et la colère de la majorité des Français et des Françaises face à l'affaire des viols de Mazan, et celui de la parole publique des politiques, « surtout des hommes », précise-t-il.
Selon le rapport annuel de la mission interministérielle pour la protection des femmes paru mardi, les mauvais résultats persistent - et selon les cas -, augmentent. En matière de meurtres au sein du couple, 115 victimes ont été recensées en 2023 par les forces de l'ordre, parmi ces 115 personnes, 93 étaient des femmes et 22 des hommes. À cela s'ajoutent 319 tentatives de féminicides par leur conjoint ou ex-conjoint.
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Sur les violences sexistes et sexuelles, plus de 140.000 victimes (de viols, agressions, atteintes et harcèlements sexuels) ont été enregistrées cette année. Au total, près de 271.000 victimes de violences commises par un partenaire ou ex-partenaire, soit une augmentation de 10% par rapport à l'année précédente. De quoi avoir le vertige, sachant que ces chiffres, qui ne reflètent que ceux qui ont pu être pris en compte par la Police et la Gendarmerie, supposent, en réalité, un bilan bien plus lourd.
Quid des suites judiciaires ? Selon l'Institut des politiques publiques, en dix ans, sur plus d'un million de plaintes et près de 400.000 affaires de violences sexuelles, 86% ont été classées sans suite. On dénombre 13% de condamnations. De la même façon, en matière de violences conjugales, plus de 700.000 plaintes ont été classées sans suite et 27% ont fait l'objet de condamnations.
Peut-on, pour autant, affirmer que rien n'a été fait jusque-là ? Il y a sept ans, le nouveau président de la République, déclarait l'égalité entre les femmes et les hommes grande cause de son quinquennat. Cette année-là coïncide avec le début de la révolution #MeToo. Les violences conjugales voient naître leur Grenelle, initié par la ministre de l'époque, Marlène Schiappa. En découle une série de mesures importantes.
On pense notamment à la mise en place du numéro d'urgence 3919, l'allongement des délais de prescriptions pour le dépôt de plainte, la présomption de non-consentement, le renforcement du téléphone grave danger, les bracelets anti-rapprochement, la reconnaissance de l'impact des violences conjugales sur les enfants, le renforcement des formations ciblées auprès des officiers de police et acteurs de justice...
En sept ans, pas moins de 6 ministres et ou secrétaires d'État se sont succédé à la tâche (Marlène Schiappa, Elisabeth Moreno, Élisabeth Lonvis-Rome, Bérangère Couillard, Aurore Bergé, et actuellement, Salima Saa), apportant chacune d'entre elles leur pierre à l'édifice. Mais selon la majorité des associations féministes, cet édifice reste encore très fragile.
Principale cause de leur courroux : le manque de moyens financiers alloués à une lutte réelle contre les violences faites aux femmes. S'il est vrai que le budget général de l'État sur ces questions devrait augmenter de près de 8 millions d'euros en 2025, passant à 85,1 millions d'euros - malgré les restrictions budgétaires, il n'en reste pas moins que, selon elles, ce budget reste bien en deçà des besoins sur le terrain. 2,6 milliards d'euros par an, c'est ce qui devrait être injecté dans l'hébergement d'urgence, la police, la justice, l'accompagnement psychologique, financier et juridique des victimes. De la même façon, ces associations réclament depuis longtemps une loi-cadre intégrale sur ces questions.
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Sept ans après le début de la vague #MeToo, il est évident que la prise de conscience et la volonté affichées, aussi sincères soient-elles, ne suffisent pas. Plus de 400 associations et personnalités appellent ainsi à manifester le 23 novembre, partout en France contre les violences pour demander « un véritable sursaut ». Seront-elles entendues ? La secrétaire d'État en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Salima Saa promet « un plan de bataille ». Elle devrait formuler des annonces en ce sens dès ce week-end.
Sophie Iborra
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