En quelques jours, l’affaire Pelicot a percuté l’ensemble de la société jusqu’à incarner un point de bascule dans la révolution MeToo.Contre l'un des quatre murs en bois de la cour criminelle d'Avignon, Gisèle Pelicot est assise, impeccable dans sa chemise blanche, avec ses boucles d'oreilles et le regard qui se devine sous sa frange, à côté de sa fille, Caroline Darian. À trois mètres d'elle siègent ses 30 violeurs présumés, ceux qui comparaissent libres. Un peu plus loin, 18 autres accusés - 48 sur 51 sont présents dans la salle - actuellement en détention sont massés dans un box aux vitres transparentes.
À l'extrême opposé, en surplomb derrière des vitres, son ancien mari, Dominique Pelicot, qui a reconnu avoir fait venir dans leur chambre des dizaines d'hommes pendant dix ans, auxquels il proposait d'avoir des rapports sexuels avec sa femme, droguée et endormie, sous anxiolytique. L'homme de 71 ans, avachi dans son siège, prend la parole sans emphase, presque blasé, et enfonce tous ses coaccusés.
C'est avec ce même ton qu'il relate avec minutie et une « très bonne mémoire », dixit un prévenu, les faits qui lui sont reprochés, à lui ainsi qu'à tous ces hommes qui défilent chaque jour à la barre, de tous les styles, de toutes les professions (infirmier, journaliste, pompier, électricien...), âgés de 26 à 73 ans. Parfois, Gisèle Pelicot lève les yeux au ciel quand elle entend l'un d'eux dire qu'« il n'avait aucune intention de la violer », que c'était un « viol involontaire ».
D'autres fois, elle tourne le dos vers le fond de la salle lorsque l'un des accusés lui demande, en larmes à la barre, « pardon ». À un autre moment encore, sa fille quitte les lieux, la mâchoire serrée, quand sont diffusées dans le silence magistral de la cour d'assises des vidéos de sa mère endormie et nue, ce corps inerte qu'un inconnu, Jacques C., ancien sapeur-pompier, embrasse au niveau du sexe pendant que résonnent dans la salle les ronflements de Gisèle Pelicot.
Caroline Vigoureux, envoyée spéciale à Avignon