Le capitalisme est-il devenu obscène ?

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Michel Santi, économiste.
Michel Santi, économiste. (Crédits : DR)
Au sein de nos nations occidentales, grotesque est devenue la distribution des revenus et des richesses. Aujourd'hui, la collusion entre pouvoir politique et économique est devenue évidente, et il est de notoriété publique que l'emploi n'est plus qu'une variable d'ajustement du capitalisme actuel. Par Michel Santi, économiste.

L'accord tacite et consensuel sur lequel prospérait jusque-là notre société a été foulé aux pieds. Ces 1% qui contrôlent l'économie et qui créaient en échange l'emploi et la croissance autorisant les études, les services de santé et les retraites ont transformé ce contrat social en un pacte avec le diable. L'intervention - voire la rébellion - du citoyen s'impose plus que jamais car il est certain que croissance et qu'emploi n'atteindront plus jamais les niveaux précédents la crise des années 2007-2008.

La rupture de ce pacte par ceux-là mêmes qui en profitaient le plus fait que la masse des citoyens ne vivra plus jamais une vie décente car le peu de croissance qui reste à leur jeter en pâture sera naturellement accompagnée d'inégalités aberrantes ponctuées de chocs réguliers d'instabilité financière.

Des progressions boursières indécentes

La promotion de l'emploi, la recherche & développement ne sont désormais - et de loin - plus la priorité des entreprises cotées en bourse qui rachètent frénétiquement leurs propres actions afin d'en faire encore et toujours monter les cours pour faire gagner le actionnaires, déjà gâtés par le versement des dividendes réguliers. Dans un pays comme les États-Unis, ces rachats d'actions atteindront, selon Goldman Sachs, 1.000 milliards de dollars cette année, en hausse de près de 50% par rapport à 2017. Les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés seulement 6% !

Ne nous masquons pas la réalité car les progressions boursières indécentes sont à la fois condition sine qua non et conséquence directe des inégalités choquantes, mais hélas si familières de notre paysage occidental. Quant à celles et ceux qui sont en bas - qui n'ont « qu'à traverser la rue pour trouver un emploi » et qu'un ancien président qualifiait naguère de « sans dents » -, « ils n'ont qu'à manger de la brioche » pour reprendre la fameuse répartie de Marie-Antoinette...

Les sociétés cotées US ont dépensé 60% de leurs profits entre 2015 et 2017 à ce petit jeu des "buybacks"

L'employé de McDonald's aurait eu droit à une augmentation annuelle de salaire de 4.000 $ si son entreprise n'avait utilisé 21 milliards entre 2015 et 2017 pour racheter ses propres actions en bourse. Ceux de Starbucks 7.000 dollars de plus, et ceux de Home Depot 18.000 dollars de plus, selon une analyse menée par la National Employment Law Project aux USA. C'est simple : les sociétés cotées US ont dépensé 60% de leurs profits entre 2015 et 2017 à ce petit jeu des "buybacks" pendant que les salaires de leurs responsables suprêmes étaient 127 fois plus élevés que leur salaire médian.

Au cours des dix années écoulées ayant suivi la crise des années 2007-2008, nous avons donc assisté au sabotage en règle d'un pacte qui durait depuis le New Deal de Roosevelt et qui avait largement inspiré une Europe que l'on qualifiait autrefois de « sociale ». Ce même Franklin Delano Roosevelt qui mettait en 1938 en garde car, disait-il, « l'Histoire prouve que les dictatures ne prospèrent jamais sur des gouvernements qui réussissent ». À bon entendeur !

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d'Art Trading & Finance.

Il est également l'auteur de : "Splendeurs et misères du libéralisme", "Capitalism without conscience", "L'Europe, chroniques d'un fiasco économique et politique", "Misère et opulence". Son dernier ouvrage : "Pour un capitalisme entre adultes consentants", préface de Philippe Bilger.

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Commentaires
a écrit le 17/09/2018 à 23:15 :
Pour l'instant tout dépend d'un seul pays: les USA.
Il ne faut pas rêver si on veut baisser les inégalités, il faudra taxer davantage les plus riches, mais si la France le fait seule, elle ira droit dans le mur.
Impossible à faire à l'heure où aux USA, Trump baisse les impôts pour les plus riches.
Mais aux usa, la réalité est là: 4% de croissance qui va dans la poche de 1% de la population tandis que les classes moyennes s'appauvrissent.
Et en Europe impossible de monter les impôts sans risquer de voir les capitaux filer aux USA et déclencher une récession.
a écrit le 17/09/2018 à 20:32 :
Ce Monsieur émet des critiques gauchistes mais comme un gauchiste, il ne propose rien en échange du système actuel. Les gauchistes s'en tiennent à des taxes dont le produit finit dans la poche de fonctionnaires et de gens qui souvent ne veulent pas travailler. Tant que les supermarchés sont pleins de marchandises et de consommateurs, on ne peut dire que ça va si mal....
a écrit le 17/09/2018 à 17:53 :
Très alambiqué, l'utilisation du mot "Citoyen" dans un monde qui veut l'abolir!
Que seraient les progressions boursières indécentes sans les médias?
a écrit le 17/09/2018 à 17:16 :
Il est frappant, aujourd'hui, de constater que les critiques du capitalisme les plus acerbes ne sont pas les "gauchistes" mais les gens réputés raisonnables.
a écrit le 17/09/2018 à 16:15 :
Par delà le jugement moral, on peut surtout déplorer le manque de productivisme que cette collusion, copulation même, bien plus proche de la réalité, surtout quand on regarde les lrem cela donne le tournis, permanente et exponentielle suscite en europe qui est quand même l'exemple le plus proche de nous et quel exemple !

La france 36ème budget européen accordé à la justice derrière la croatie ! Tandis qu'on loue les économies du nord dont le succès repose essentiellement sur l’honnêteté bien plus affirmée de ses décideurs, on aimerait atteindre les mêmes résultats dans des pays où les caisses publiques sont détournées par les mégas-riches via leurs politiciens achetés sur place.

La morale n'a rien à faire là dedans franchement, c'est juste que l'argent qui s'entasse dans les paradis fiscaux ne peut que parasiter l'économie et l'argent que l'on prend aux consommateurs ne peut que handicaper la croissance, ce sont des règles économiques de base que Trump essaye juste de rétablir un temps soit peu.

Or nos dirigeants européens, affichant étonnement les plus gros diplômes européens, ne semblent pas la connaitre cette règle ou bien se croient assez forts pour passer outre mais c'est comme vouloir traverser l'océan sans savoir nager bon sang !

Bref décideurs politiques et économiques main dans la main pour nous mener vers le chaos néolibéral.

"Du libéralisme au néolibéralisme" https://www.scienceshumaines.com/du-liberalisme-au-neoliberalisme_fr_23367.html

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