TVA "emplois" et concurrence, deux armes contre le chômage

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Par Nicolas Bouzou, directeur fondateur d'Asterès et membre du Conseil d'analyse de la société.

Notre pays est incorrigible. Voilà des mois que l'on sait que l'économie va entrer en récession. Voilà des mois que l'on sait que, si l'on ne fait rien, l'emploi va chuter et le chômage s'envoler (alors même qu'à la différence de la fin de 2008, il est déjà très haut !). Et comme d'habitude, le déni de réalité a tenu lieu de politique. Mais voilà, aujourd'hui, l'activité baisse, et c'est dans la précipitation qu'il faut prendre des mesures pour l'emploi avec deux contraintes de taille : d'une part, un coût nul pour les finances publiques ; d'autre part, des résultats rapides, car, sinon, c'est la crise sociale qui guette.

Première mesure à prendre d'urgence : ce que l'on appelait, il y a quelques années, la TVA sociale, qu'il conviendrait d'appeler TVA emplois (mais que certains étourdis appellent, pour une raison mystérieuse, "TVA antidélocalisations"). L'idée de base est simple : plus le coût du travail est élevé, moins les entreprises sont incitées à recruter. À l'inverse, baisser le coût du travail doit permettre d'augmenter le taux d'emploi. Or en France, le niveau des charges qui pèsent sur les salaires pour financer la protection sociale est très élevé. Ainsi, on peut diminuer le coût global du travail sans toucher au salaire net, simplement en compressant les cotisations sociales. Mais évidemment, il faut bien les transférer quelque part. La TVA est sans doute un bon outil pour cela, mais la CSG aussi. À la limite, l'important est de baisser les charges. Savoir quel impôt sert à reboucher le trou financier ainsi créé est presque secondaire. Cette mesure de simple bon sens doit être prise très rapidement (que ne l'a-t-on pas fait lors du budget 2012 !). Au passage, j'entends parfois l'opposition prétendre que ces allégements de charges doivent être sélectifs, et ne concerner que les secteurs ouverts à la compétition internationale. Cet argument est faux. Mondialisation ou pas, si le coût du travail est plus élevé, l'emploi est plus faible. Un exemple récent l'illustre. Quand le gouvernement a décidé de supprimer dans le cadre du budget 2011 les allégements dont bénéficiait le secteur des particuliers employeurs, l'emploi dans la branche a immédiatement reflué.

Deuxième ensemble de mesures : ouvrir un certain nombre de secteurs protégés à la concurrence. Nicolas Sarkozy peut encore utiliser le rapport, toujours d'actualité, que lui avaient remis Pierre Cahuc et Francis Kramarz en 2004, quand il était ministre de l'Economie. Il est stupéfiant que le corporatisme d'une seule profession, les taxis, ait à ce point tétanisé l'exécutif qui n'a plus jamais osé remettre ce sujet sur la table. Pourtant, dans les secteurs concernés, l'augmentation du nombre de licences ou l'élargissement des numerus clausus (on pense aux professions médicales par exemple) permettrait de dynamiser les créations d'emplois sans dépenser un euro d'argent public supplémentaire. L'ouverture sans condition des magasins le dimanche suit le même principe.

Evidemment, on me répondra que le calendrier politique ne permet pas la mise en oeuvre de telles mesures. Mais ceux qui emploieraient ce type d'argument n'auraient pas compris que le véritable risque est désormais social, puis, ensuite seulement, politique : comment réagiraient les Français à la perte de 300.000 ou 400.000 emplois supplémentaires ? Peut-être pas en gardant leur calme.

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Commentaires
a écrit le 26/01/2012 à 13:24 :
Bravo pour cet article qui allie simplicité dans l'expression et clairvoyance dans la réflexion !
Nicolas Bouzou prouve que l'on peut faire de la pédagogie en économie en utilisant un langage simple et compréhensible par tous, loin du "volapuk" technocratique habituellement utilisé par nombre d'experts ou pire par les hommes politiques (souvent bien peu experts eux-mêmes en économie) pour embrouiller le bon peuple !

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