David contre Goliath : l'histoire ne se répétera pas (pour le moment)

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Pierre Lemieux est professeur associé à l'université du Québec en Outaouais et auteur de « Une crise peut en cacher une autre » (Les Belles Lettres, 2010).

Les deux seuls candidats qui restent dans la course à l'investiture républicaine, Mitt Romney et Ron Paul, sont très différents.

M. Romney est conservateur, ce qui signifie (comme le veut un raccourci un peu court mais parfois utile) qu'il favorise les libertés "économiques" mais considère les libertés "sociales" avec suspicion. Il ne s'oppose pas aux interventions de l'État, mêmes lourdes, pourvu qu'elles soient conformes aux valeurs conservatrices et ne compromettent pas trop la sorte de capitalisme édulcoré qui est sorti du 20e siècle. Il se sent à l'aise avec un conservatisme modéré, épousé quand il était gouverneur du Massachusetts, autant qu'avec un conservatisme religieux, qu'il a adopté pour contrer Rick Santorum et satisfaire une frange du parti républicain.

M. Paul est libertarien. Il défend la liberté dans tous les domaines et s'oppose autant au contrôle de la vie privée qu'aux interventions économiques de l'État. Il réduirait les impôts, supprimerait les subventions aux entreprises, déréglementerait l'économie, décriminaliserait les drogues, et abolirait les ministères de l'Énergie, de l'Habitation, du Commerce, de l'Intérieur et de l'Éducation. Il dit qu'il serait le premier président à abroger 40.000 lois. La fixation sur l'abolition de la banque centrale américaine, qu'il partage avec plusieurs de ses partisans, ne doit pas occulter le caractère sérieux, mais révolutionnaire, de l'ensemble de son programme électoral.

Ron Paul représente un courant qui, même à la hausse, demeure bien minoritaire dans le parti républicain et dans la population en général. Depuis le début des primaires, le député du Texas plafonne à 15% dans les préférences que les républicains expriment dans les sondages d'opinion. Malgré quelques exceptions remarquables, ses résultats dans les primaires ont généralement fluctué entre 10% et 20%. Dans aucun Etat, il n'a emporté la majorité.

Bref, Ron Paul est à Mitt Romney ce que David est à Goliath, mais sa victoire électorale n'est pas pour demain.

Pourtant, quand Ron Paul est le seul à s'opposer à l'establishment, quand les voix des électeurs ne sont pas trop divisées, son pourcentage monte en flèche. Lors de la primaire de Virginie, le 6 mars dernier, seuls MM. Paul et Romney étaient en lice, les deux autres candidats n'ayant pas fait acte de candidature à temps. M. Romney l'a emporté haut la main avec 60% des voix, mais M. Paul a quand même obtenu 40% des voix, ce qui ne s'était jamais vu pour un candidat libertarien dans une élection reliée à une campagne présidentielle. Des sondages nationaux suggèrent que, dans une confrontation directe avec Barack Obama, Ron Paul remporterait 40% des voix, contre 48% pour le président sortant.

Ces performances s'expliquent-elles en partie par la montée du courant libertarien dans le parti républicain ou dans la population américaine ? Oui, sans doute, surtout quand on tient compte de quelques résultats remarquables dans d'autres Etats comme le Maine (36%) ou le Dakota du Nord (28%). Par contre, il est vraisemblable que le pourcentage des voix de M. Paul en Virginie aurait chuté si les bulletins de vote avaient porté les noms des deux autres candidats, pourtant pas libertariens du tout.

On bute ici sur l'un des nombreux problèmes des processus de vote. Comme seul un petit nombre d'options sont mises aux voix, le votant typique ne peut que choisir celle qui lui déplaît le moins. Pour bien comprendre cela, imaginez un référendum national où trois modèles d'automobiles seraient présentés aux électeurs, qui devraient choisir l'unique option qui sera imposée à tous les automobilistes. On voit que les processus politiques sont bien imparfaits en comparaison des choix individuels sur le marché.
 

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Commentaires
a écrit le 06/05/2012 à 3:25 :
L'article est très correcte en ce qui concerne Ron Paul, mais il est faux en ce qui concerne Mitt Romney. Romney est conservateur économique, bien sûr , mais en contraste, le conservatisme social n'est pas un effort de contrôler les actions des personnes. Il est un effort de protéger les gens normaux contra les actes très nuisible des gens qui n'ont pas aucune moralité, comme les drogués, les pornos, les pedos, etc.

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