La caverne d'Ali Baba du gouvernement américain

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Pierre Lemieux est professeur associé à l'université du Québec en Outaouais, auteur de « Une crise peut en cacher une autre » (Les Belles Lettres, 2010).

Après le retrait de Rick Santorum, on sait que, sauf accident, c'est Mitt Romney qui affrontera le président démocrate Barack Obama à l'élection du 6 novembre. Le temps de Newt Gingrich est passé. Il serait intéressant que Ron Paul recueille, en plus des voix des libertariens purs et durs, celles des républicains qui veulent un vrai changement, mais c'est sans doute prendre ses désirs pour des réalités.

Le débat actuel sur la fiscalité qu'Obama vient de relancer, suggère à la fois comment Romney se différencie du président sortant et comment, d'un autre point de vue, les deux adversaires se ressemblent.

Barack Obama promet que, avec la collaboration d'un Congrès qu'il espère démocrate, il ferait adopter la règle dite "de Buffett", qui emprunte son nom au fameux milliardaire démocrate Warren Buffett. Ce dernier s'était plaint de payer un taux (moyen) d'impôt sur le revenu moins élevé que les 30% que sa secrétaire doit verser. Pourtant, rien n'empêche M. Buffett de faire à l'État un don couvrant la différence, au lieu de donner des milliards de dollars à des ?uvres de charité privée - comme s'il se doutait que l'État de ses rêves est incapable de faire autant de bien qu'il espère. En tout état de cause, le projet de M. Obama consisterait à s'assurer que tout contribuable touchant plus d'un million de dollars par année paierait au moins 30% de son revenu en impôt fédéral.

Il faut supposer que ce taux est un taux moyen minimum qui ne viserait que les revenus dépassant le seuil fatidique. Autrement, passer de 1.000.000 à 1.000.001 dollars de revenu déclencherait un taux marginal que l'on peut évaluer à 5.000.000%. Mauvaise méthode pour remplir la caverne d'Ali Baba !

De plus, un "impôt minimum alternatif" existe déjà dans le code fédéral des impôts, mais il exempte les gains de capitaux et autres revenus du genre afin de ne pas trop nuire à l'esprit d'entreprise. Or, l'application de cet impôt minimum est bloquée d'année en année par le Congrès parce que l'on s'est aperçu que la croissance des revenus pousserait graduellement les contribuables américains sous les fourches caudines de cet impôt de riches. Dans 25 ans, la moitié des contribuables seraient frappés. Le même problème, en pire, se poserait avec le nouvel impôt minimum de M. Obama.

De toute manière, comme il y a peu de millionnaires, le nouvel impôt proposé par Obama ne lèverait que 47 milliards de dollars sur une période de 10 ans, c'est-à-dire moins de 1% des déficits que l'Administration prévoit durant cette période. Le nouvel impôt aurait essentiellement pour effet d'apaiser l'envie des non-millionnaires - jusqu'au jour où ils passeraient eux-mêmes à la moulinette.

À première vue, M. Romney prend le contre-pied de M. Obama. Au lieu d'augmenter les impôts de tout le monde au niveau de ceux de la secrétaire de M. Buffet, l'ancien gouverneur du Massachusetts propose plutôt de réduire ceux de la secrétaire. Il couperait de 20% le barème des taux marginaux de l'impôt fédéral sur le revenu.

Ce en quoi M. Romney ressemble à M. Obama est qu'il ne se préoccupe pas outre mesure de la faisabilité de ses propositions électorales. Il demeure en effet plutôt vague sur la nature des coupures de dépenses qui devraient compenser la perte de recettes fiscales.

Cela étant, le candidat républicain a au moins le bon instinct : ne pas taxer des boucs émissaires qui sont en partie responsables de la richesse du pays. De ce point de vue, M. Romney est un candidat préférable à M. Obama. Comme dans tout processus électoral, toutefois, les candidats proposent des paniers pléthoriques de mesures nombreuses, complexes, enchevêtrées, souvent vagues et aux conséquences fréquemment imprévisibles. On ne peut espérer que limiter les dégâts.
 

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