Doubler le plafond des livrets ne doublera pas le financement des PME-PMI...

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Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement des Entreprises de la CGPME Copyright DR
Bernard Cohen-Hadad, Président de la Commission Financement des Entreprises de la CGPME Copyright DR (Crédits : DR)
Bernard Cohen-Hadad, président de la Commission Financement des entreprises à la CGPME, interpelle les banquiers et les assureurs, pour qu'une traçabilité du financement des PME par l'assurance vie et les livrets d'épargne réglementés, soit réalisée. Sans quoi, le doublement du plafond des livrets A et LDD ne serait qu'un leurre.

Au lieu d'une annonce de rentrée, le débat sur le doublement du plafond du Livret A aura tourné court. Les mesures adoptées auront-elles un effet "pschitt" ou un réel effet "booster" sur le financement des PME-PMI ? Alors que la dette publique et les règles prudentielles sont incontournables et qu' en matière d'épargne les français jouent la confiance et la sécurité. Les entreprises moyennes sont aujourd'hui encore dans l'attente de financements à court terme et à long terme. Quant au Livret d'Epargne Industrie (LEI) que l'on prépare, il devrait financer les entreprises et les industries moyennes. On veut croire qu'il s'agit bien de "toutes" ces entreprises !

Actuellement, une partie du financement des PME-PMI passe par la part non centralisée de l'épargne réglementée (Livret A et Livret de Développement Durable) et par l'assurance vie. Des efforts de traçabilité ont été réalisés par l'Observatoire de l'Epargne Réglementée. C'est bien, mais il faut aller plus loin dans un domaine où les entreprises réclament plus de moyens, de souplesse et de réactivité ! Les entreprises restent dans l'attente d'un véritable tableau de bord de l'utilisation de ces fonds dans la destination et la distribution. Aux banques d'améliorer leurs retours statistiques et de fournir une photographie précise des fonds affectés aux PME indépendantes. Ce sera aussi l'enjeu de la Banque Publique d'Investissement (BPI) avec les fonds du nouveau Livret d'Epargne Industrie. Et réclamer des données régionales c'est améliorer le dialogue banques-entreprises.

Chacun le sait, la collecte du Livret A, en période de crise, est dynamique parce qu'elle est un placement de court terme disponible et rentable pour les ménages. Pour être un atout pour les entreprises, elle doit être stabilisée et transformée en épargne longue. L'Etat doit donc maîtriser l'attractivité des taux servis sur ces produits pour financer la recherche, l'innovation, l'exportation, car les entreprises ont besoin de temps. Une trop forte attractivité de l'épargne courte, qui séduit une population soucieuse et vieillissante, ne doit pas gêner le financement des entreprises par l'assurance vie.

En effet, financer les entreprises moyennes ne consiste pas à avancer par cloche pied. C'est pourquoi, il faut parallèlement stabiliser et valoriser les dispositifs fiscaux qui touchent l'assurance vie, et encourager les jeunes actifs à épargner. Et obtenir des assureurs de financer les PME patrimoniales avec le même souci de visibilité que l'on attend des banquiers. Ce n'est pas un exercice facile car une partie de nos édiles pensent que l'assurance vie est "un support pour les riches". C'est faux. Comme il est faux de croire que l'instabilité juridique et la multiplication de mesures de rétroactivité fiscale négatives que supportent, depuis des années, ces produits d'épargne, n'ont pas d'effet sur la collecte.

Pour le financement de long terme, onze assureurs, alliés à la Caisse des Dépôts, ont créé deux fonds d'investissement, "Nova 1" et "Nova 2", pour investir des capitaux à l'occasion des introductions et des augmentations de capital, exclusivement dans les PME-ETI françaises cotées des secteurs industriels et des services. Un bilan doit être fait pour mesurer l'effet sur cette catégorie d'entreprises. Mais le financement par les assureurs ne saurait concerner qu'une petite partie des entreprises. Il faut le faire évoluer et l'ouvrir, sous conditions, à toutes les catégories d'entreprises indépendantes. En ce domaine beaucoup de choses doivent être créées ensemble. Et il est temps !

Le doublement du plafond du livret A va répondre à son double objectif: appliquer une mesure du programme du candidat François Hollande et améliorer la collecte. Mais il ne doublera pas, en proportion, les fonds aux entreprises moyennes. Laisser le dire, ou le faire croire, c'est forcément décevoir la plus grande partie des entrepreneurs. En revanche, si l'on s'y prend avec méthode, cette réforme peut être l'occasion de remettre à jour notre système de financement des entreprises moyennes patrimoniales par l'épargne, tout en protégeant nos équilibres financiers sur le long terme. Et ce n'est pas moins ambitieux !
 

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a écrit le 11/09/2012 à 17:16 :
Mais qui veut doubler le fiancement des PMI ? Doit-on comme l'éditorialiste ici le faire croire?
Chercher des solutions que l'on sait inopérantes, les soupeser longuement, en faire le détail, écrire des articles, participer à des colloques pour laisser à penser qu'il y aurait une volonté ? 70 % des PMI à la retraire de leur dirigeantr ne seront pas reprises car leurs métiers tombent en déshérence. Par ailleurs l'évolution mathématique des grandes entreprises fait que la concentration sera totale à horizon de 20 ans. Comme je l'ai exposé sur ce fil il ne restera plus que 132 entreprise au total. ne devrait-on pas aborder les problématiques au départ des données réelles afin d'envisager des solutions qui nous concernent tous ? Visiblement, il semble qu'il soit plus confortable de patiner dans la semoule.
a écrit le 11/09/2012 à 14:31 :
On a beaucoup parlé d'une augmentation du plafond du Livret A au 15 septembre.
Nous sommes le 11 et aucune information n'est disponible sur le sujet.
Donc pas de panique, rien n'est encore fait !

a écrit le 11/09/2012 à 13:51 :
Moins de 15% des livrets A sont au plafond, donc le doublement concerne 15% des détenteurs, je ne sais pas ce que ça représente en proportion des encours mais ça recadre le potentiel d'autant plus qu'après nouveau plafond on peut penser que ce taux de livrets plafonnés va encore baisser. Ce qui sera collecté ici sera décollecté autre part avec les effets bilantiels que l'on sait (65% de cette collecte sortira du bilan des banques si elle s'y trouvait, fragilisant ainsi le mix emploi/ressource) mais aussi potentiellement quelques autres effets délétères sur l'économie (décollecte assurance-vie etc..)
a écrit le 11/09/2012 à 13:37 :
Quoi qu il en soit c est déjà un leurre! Comment voulez vous qu une entreprise investisse alors que sur les intérêts bancaires qu elle va payer elle va être taxée! C est bien une idée de socialiste de taxer l argent que les entreprises n ont pas!
Réponse de le 11/09/2012 à 15:33 :
En même temps dans un pays ou l'on a créé l'impôt sur l'impôt (Cf CSG non déductible) pourquoi ne pas taxer les charges financières.

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