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A qui va profiter le doublement du plafond du livret A ?

Séverine Sollier

Publié le 05 juin 2012 à 04:30

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Le passage du plafond du Livret A à 30 600 euros ne va pas véritablement profiter aux banques, ni forcément au logement social. Quant aux épargnants, ils devront se contenter d'un taux de rendement équivalent à celui de l'inflation. Ce doublement si peu attractif pourrait d'ailleurs être étalé...sur 10 ans !

François Hollande l'avait promis pendant sa campagne électorale, Cécile Duflot,  ministre du Logement, l' a confirmé la semaine dernière :  le doublement du plafond du Livret A aura bien lieu. Personne n'affirme cependant que cette culbute qui doit faire passer le niveau maximum de 15 300 euros à 30 600 euros se fera d'un seul coup.

Des voix se font entendre pour prédire une élévation du plafond très progressive. A commencer par celle de Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, également président de l'Autorité de contrôle prudentiel [ACP, régulateur des banques et des assureurs, NDLR]. "Ce qui est traditionnellement la recommandation de l'Autorité de contrôle prudentiel c'est que les évolutions soient conduites de telle sorte qu'elles laissent le temps aux établissements de s'adapter", a -t-il indiqué mi mai. L'objectif a expliqué Christian Noyer est d'"éviter de créer des situations de tension, que ce soit dans le secteur de la banque ou de l'assurance, avant tout, in fine, pour le bon financement de l'économie française".En clair, le président du gendarme de la finance est favorable à un étalement dans le temps de cette mesure très critiquée.

Ce doublement pourrait même prendre 10 ans...à l'image de la décroissance de taux de centralisation pour les collecteurs historiques du Livret A. A l'origine l'épargne collectée par les Caisses d'épargne et la Banque Postale était centralisée à 85% dans le fonds d'épargne de la Caisse des dépôts. Avec la banalisation de la distribution du Livret A, désormais vendu par toutes les enseignes bancaires, le taux de centralisation des Caisses d'épargne et de la Banque Postale va être progressivement ramené à 65% d'ici...le 1er mai 2022.

Une mesure qui va d'abord profiter aux "riches"

Première critique et non des moindres : le doublement du plafond du Livret A va profiter aux ménages les plus aisés. Seulement 9% des détenteurs de Livret A atteignent actuellement le plafond du Livret A. Ces mêmes épargnants représentent à eux seuls 50% des encours qui atteignaient au total 226,6 milliards d'euros à fin avril.

Comme chaque membre d'un foyer peut ouvrir un livret A, même les enfants (sans âge minimum), une famille aisée avec trois enfants pourrait ainsi placer 30 600 euros x 5= 153 000 euros, totalement défiscalisée. Perfidement, plusieurs banquiers "s'étonnent" d'une telle mesure de la part d'un gouvernement socialiste... "S'il y a une incitation fiscale, elle devrait aller vers des placements longs et pas vers un placement liquide comme le Livret A", déplore un grand banquier de la place.

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Une mesure qui ne va pas forcément profiter au logement social

L'objectif affiché du doublement du plafond du Livret A est d'augmenter le financement du logement social. Fin 2011, le montant des prêts accordés par le fonds d'épargne, géré par la Caisse des dépôts (CDC) qui centralise une partie des dépôts de l'épargne réglementée (Livret A, Livret de développement durable et Livret d'épargne populaire), atteignait 133,1 milliards d'euros dont 118,3 pour le seul logement social. A la même date, le total des dépôts de l'épargne réglementée centralisés par la CDC était de 222,5 milliards.


En principe l'encours des ressources centralisées du Livret A (et du LDD et du Livret d'Epargne populaire) doit être équivalent à 135% au minimum des encours de prêts au logement social. Actuellement la rapport est de 140%. Comme l'a observé Chrisitan Noyer,  "aujourd'hui, nous avons, me semble-t-il, un rythme de financement du logement social qui est contraint par l'offre plus que par les financements". Bref, le logement social souffre à l'heure actuelle du manque de terrain et de projets de construction plutôt que de financement. Mais si le gouvernement parvient à renverser cette tendance, en dautres termes,  "si les pouvoirs publics décident et réussissent à développer l'offre comme ils le souhaitent", a souligné le gouverneur de la Banque de France, alors " il faudra que le financement soit adapté et suive", a-t-il ajouté.

Une mesure qui pourrait fait plus de mal que de bien aux banques

A priori les banques distributrices du Livret A devraient se réjouir de cette perspective d'afflux d'argent...sauf qu'il ne s'agira pas "d'argent frais" mais plus vraisemblablement de transfert d'épargne. Les banques craignent en effet que les épargants vident leurs livrets bancaires classiques donc taxés pour aller vers un livret réglementé défiscalisé. Un mouvement qui serait très défavorable aux établissements bancaires alors qu'ils ont désespérément besoin d'augmenter leurs liquidités pour pouvoir respecter les nouvelles contraintes réglementaires. Bien sûr le Livret A sera aussi source de liquidités mais seulement 35% sera conservé dans les bilan des banques, le reste sera centralisé à la Caisse des dépôts.

François Pérol,  le patron du groupe BPCE (Banque Populaire Caisse d'épargne) a pour sa part estimé sur l'antenne de BFM que "c'est une mesure qui sera coûteuse pour les finances publiques puisque cela ne va pas générer d'épargne supplémentaire, cela va simplement faire que les Français vont transférer de l'épargne qui, aujourd'hui, est fiscalisée sur un produit qui ne l'est pas, le Livret A".

Quant aux assureurs, ils craignent une accélération de la décollecte sur l'assurance vie qui a déjà commencé en 2011. Les épargnants pouvant être tenté d'apporté leurs versements sur un livret déficalisé plutôt que sur une assurance vie dont le taux de rendement ne cesse de baisser et dont la fiscalité est sans cesse menacée de changer. Reste que les taux de rendement entre 3 et 3,50% (avant prélèvements sociaux de 13,5%) délivrés par les principaux fonds en euros des contrats d'assurance vie en 2011 sont encore supérieurs aux 2,25% du Livret A.

Les épargnants seront-ils gagnants ?

A 2,25%  alors que l'inflation était à 2,3% fin mars et à 2,2% fin avril, le Livret A n'est à l'évidence pas le placement le plus intéressant, même s'il est sans risque et défiscalisé.

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Alors que la rémunération du Livret A doit en principe évoluer tous les semestres selon une formule prenant en compte les taux de marché et le taux d'inflation (hors tabac), elle n'est pas à l'abri d'une intervention du gouvernement à la hausse...ou à la baisse. Ainsi, la formule de calcul aurait dû entraîner une hausse du taux à 2,75% au 1er février dernier mais le ministre de l'Economie François Baroin avait suivi la recommandation du gouverneur de la Banque de France et choisit de maintenir le taux à 2,25%. Si le taux remonte sensiblement, le placement redeviendra gagnant sans toutefois être très attractif.

Séverine Sollier

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