La France peut-elle compter sur la reprise de l'économie mondiale ?

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Alexandre Kateb (DR)
Alexandre Kateb (DR) (Crédits : DR)
Malgré une forte baisse accusée ce matin sur les marchés européens, les bourses mondiales affichaient ces dernières semaines leurs plus fortes progression depuis 2011. Les stratégies d'assouplissement de la monnaie opérées aux Etats-Unis et en Europe justifient le goût des investisseurs pour le risque, et profitent au redressement de l'économie américaine. Pourtant, pour Alexandre Kateb, économiste et directeur du cabinet Compétence Finance et auteur de "Les nouvelles puissances mondiales. Pourquoi les BRIC changent le monde" (Ellipses, 2011), la France, si elle n'entame pas de grandes réformes de fond, pourrait ne pas profiter de cette conjoncture


L?euphorie qui règne sur les grandes bourses mondiales paraît quelque peu surréaliste quand on la compare aux difficultés des grandes économies européennes, à l?exception de l?Allemagne, à retrouver le chemin de la croissance, de l?emploi et de la prospérité. Pour certains commentateurs et analystes, cette embellie ne serait qu?un feu de paille alimenté par une liquidité surabondante qui quitterait les grands marchés d?obligations souveraines pour s?investir dans des actifs privés, finalement pas beaucoup plus risqués que les actifs publics dans les circonstances que l?on sait. Cette thèse se défend, mais on peut aussi voir dans l?embellie actuelle des bourses le signe de l?enclenchement d?un nouveau cycle de croissance mondiale, porté par les Etats-Unis et les grands pays émergents, en Asie et en Amérique latine notamment.

Les indicateurs économiques aux Etats-Unis montrent en effet une amélioration de la situation conjoncturelle, avec un net redressement des prix de l?immobilier et une hausse du moral des consommateurs. Ce sont les deux facteurs qui signalent traditionnellement la reprise outre-Atlantique. A cela s?ajoute les facteurs positifs qui boostent la compétitivité de l?offre industrielle américaine et préparent la reprise de l?investissement productif : baisse du coût de l?énergie grâce à l?exploitation du gaz de schiste, et limitation de la hausse du dollar vis-à-vis de l?euro et du yen, malgré une reprise plus robuste aux Etats-Unis que dans les autres pays du G7.

Des politiques monétaires salutaires
La reprise de l?économie américaine valide ex-post la politique monétaire non orthodoxe et la stratégie d?assouplissement quantitatif de la monnaie suivies depuis le début de la crise par le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, qui s?apprête à tirer sa révérence avec le sentiment du devoir accompli. Ses travaux sur la Grande Dépression des années 1930 et sa lecture de Milton Friedman, auteur avec Anna Schwartz de l?ouvrage de référence sur cette période, auront été d?un très grand secours à « Helicopter Ben » pour comprendre les ressorts de la crise actuelle et trouver les solutions adéquates pour y faire face.

Primus inter pares parmi les grands banquiers centraux et argentiers mondiaux, Bernanke entrera dans l?Histoire comme le plus grand dirigeant des années de crise, lui qui n?est pourtant pas un politique et qui n?a jamais été confronté au suffrage universel. Même Christine Lagarde, la directrice générale du FMI qui n?est pas économiste de formation, ne s?y est pas trompée en lui rendant un hommage appuyé il y a quelques mois.

 

Dans la zone euro ce sont aussi les banquiers centraux, Jean-Claude Trichet et son successeur Mario Draghi, qui auront le plus fait pour soutenir, parfois à bout de bras, une construction économique et monétaire qui a frôlé à plusieurs reprises l?implosion. Si la zone euro existe encore aujourd?hui, elle le doit certainement à Mario Draghi qui s?est engagé à l?automne 2012 à tout faire pour sauver la monnaie unique et pour permettre aux grands Etats les plus exposés à la crise ? l?Espagne et l?Italie - de continuer à se refinancer dans de bonnes conditions.

Olli Rehn, a lui aussi compris qu?il fallait une autre politique pour sortir la zone euro de sa crise d?endettement

En changeant son fusil d?épaule et en donnant plus de temps aux Etats pour rétablir l?équilibre de leurs comptes publics, le Commissaire européen aux affaires monétaires, Olli Rehn, a lui aussi compris ? même tardivement - qu?il fallait une autre politique pour sortir la zone euro de sa crise d?endettement. Quant à Angela Merkel, souvent critiquée, son rôle a été déterminant pour mettre en place une nouvelle architecture financière et bancaire ? cette dernière étant encore inachevée ? au niveau européen, et pour jeter les fondements d?une Union politique basée sur un partage de souveraineté plus important au niveau budgétaire au sein de la zone.

Sans réformes, pas de reprise
Tout cela étant dit, le répit obtenu par la France en matière de consolidation budgétaire ne devrait pas se traduire par un sursaut de croissance, même en cas de reprise mondiale. Il y a à cela plusieurs raisons. D?une part, les hausses d?impôt inscrites dans la loi de finances 2013 vont peser sur la consommation des ménages qui est le moteur traditionnel de l?économie française, et prolonger le gel de l?investissement. D?autre part, et de manière plus fondamentale, la capacité des entreprises françaises à tirer profit de la demande mondiale s?est érodée au cours des dix dernières années, avec un recul de 25% de la part de marché française dans les exportations mondiales.

La France est surtout exposée à la demande provenant d?autres pays européens qui représentaient 65% des exportations françaises en 2011, contre seulement 5% pour les Etats-Unis et 4% pour les BRICSAM (BRICS + Mexique). L?Allemagne, principal client de la France qui absorbe 17% des exportations de l?Hexagone, voit ses importations croître à un rythme nettement moindre que ces exportations en période de reprise.

Il n y a pas de fatalité au déclassement et à la relégation

Contrairement à ce qu?on peut entendre ici et là, la France ne pourra donc pas s?exonérer, même avec un retour de la croissance mondiale, d?une refondation complète de son modèle économique et social, en conservant ce qui fait sa compétitivité ? une mutualisation élevée des risques sociaux et sanitaires qui est une source de cohésion sociale et de productivité des travailleurs ? tout en réformant radicalement sa gouvernance et son financement : renouveau du paritarisme et du dialogue social, politique de l?offre plus appuyée et plus cohérente, réforme de la fiscalité et de la dépense publique, refonte d?un système de sélection des élites sclérosé et inadapté à la mondialisation, investissement massif dans l?innovation et suppression des rentes illégitimes.

A défaut d?engager ces réformes maintes fois évoquées et maintes fois repoussées, la France verra ses forces vives s?exiler, ses équilibres macroéconomiques se dégrader davantage, et elle ne pourra jouer un rôle moteur dans l?élaboration d?un nouveau cadre de gouvernance européen ? avec pour perspective l?Union politique - et mondial. Il n y a pas de fatalité au déclassement et à la relégation, mais il n y a pas de recette miracle pour redresser la situation sans un profond aggiornamento politique, économique et social.

 

Retrouvez toutes les chroniques d'Alexandre Kateb sur son blog, Nouveau monde, nouvelles puissances

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a écrit le 25/05/2013 à 9:42 :
Pendant que le monde faisait +4% de croissance par an, pendant 10 années, la France n'a eu aucune réelle croissance, et en fait aurait même été en récession sans son énorme déficit.
Autre question ?
Il n'y a pour l'instant encore aucun réforme réelle et sérieuse. Rien ne va donc changer et au contraire la situation va continuer à empirer, les réformettes ne servent qu'à faire durer la souffrance du pays, les vraies réformes en profondeur ne sont même pas évoquées. Le pays va donc faire faillite, et, en urgence devra sans doute quitter l'euro( et couler accessoirement le rêve européen) pour faire fonctionner l'imprimante à billet, ce qui permettra toujours de ne pas réformer en profondeur.
Le problème moderne est que nos politiciens n'ont jamais intégré la compréhension de la monnaie, de ses flux, de ses stocks et des grands nombres. Au contraire j'avais déjà évoqué dès 2005 qu'en haut du parti socialiste il y avait une croyance dans la magie, en l'occurrence une croyance dans un retournement basé sur le soit-disant cycle de Kondratieff qui éliminerait le besoin de réformer. On a toujours des rigolos au pouvoir, dans presque tous nos partis, ils ne savent rien anticiper, rien gérer, la grosse machine étatique est devenue incontrôlable.
Réponse de le 13/06/2014 à 10:42 :
Les USA n'ont eu une forte croissance entre 2000 et 2007 que grâce au surendettement massif des ménages. Sans cela ils auraient été en récession depuis longtemps.
Et depuis, la FED fait tourner la planche à billets à plein régime...
a écrit le 24/05/2013 à 20:40 :
Une bulle spéculative est en effet à craindre. Le déclenchement d une reprise mondiale est a ce stade espérée mais les fondamentaux ne sont pas avérés. Cependant, seule une politique de l'offre a du sens : relancer l'investissement donc le crédit donc l emploi donc In fine la confiance et la dépense, une relance par la demande est impossible : la consolidation budgétaire s impose. La politique de l'offre emporte aussi un accroissement de la compétitivité qui est le mal profond français.
a écrit le 24/05/2013 à 15:41 :
J'ai bien peur que la reprise américaine ne soit qu'une illusion portée par une nouvelle bulle financière. Quant à la politique de l'offre que vous préconisez, celle-ci ne peut marcher que si la demande est là, or celle-ci fait défaut.
a écrit le 24/05/2013 à 13:51 :
certainement pas car il est evident qu il ne pourra plus rien faire si le chomage augmente et je dis que tout cela c'est de l enfumage et que l on nous prend pour des idiots et des bons a rien alors il lui faudra du courage mais il n en a pas beaucoup c'est l évidence meme il manque de tout et c'est nous qui devons etre les dindons de la farce alors je dis qu il faudra reprendre tout ce qui a été défait du temps de SARKOZY et que l on décricoté de toutes parts mais que l on a pas reussi a faire aussi bien que lui et je dis qu il nous faudra un hiomme de pôigne pour refaire ce qui a été défait;Quand a la Bourse elle aurait besoin d un grand choc pour eviter de perdre ces 4000 points
a écrit le 23/05/2013 à 20:28 :
Nous avons vu, il y a quelques mois, que la bourse de France était en dessous de 3 000 ?. Hier, il était au dessus de 4 000 ?. Voilà qui nous prouve que la France est capable de reprendre son économie mondiale en mains. Les marées, on ne peut pas y échapper, car on ne peut pas commander à la lune. Le passé est le passé, tournons-nous maintenant vers l'avenir et réussissons notre redressement économique mondial.
a écrit le 23/05/2013 à 20:28 :
Nous avons vu, il y a quelques mois, que la bourse de France était en dessous de 3 000 ?. Hier, il était au dessus de 4 000 ?. Voilà qui nous prouve que la France est capable de reprendre son économie mondiale en mains. Les marées, on ne peut pas y échapper, car on ne peut pas commander à la lune. Le passé est le passé, tournons-nous maintenant vers l'avenir et réussissons notre redressement économique mondial.
a écrit le 23/05/2013 à 18:43 :
Si les politiques monétaires pratiquées ces derniers années (décennies pour le Japon) étaient salutaires, cela se mesureraient tout simplement en une croissance économique réelle, la preuve de cette inefficacité se traduisant par la nécessité de poursuivre ces politiques ad nauseam.
a écrit le 23/05/2013 à 17:28 :
Alors en réalité; pas de réformes, pas de reprise? L'optimisme demesuré de ce refrain fait abstraction du facteur temps; des réformes -structurelles- sont coûteuses, demande des efforts, ne relance pas dans l'immédiat une économie - bien au contraire- et elles créent un environment propice à la croissance qui ne s'avéra que fertile bien après la mise en place de réformes. N'oublions pas que l'erreur est humaine et qu'une réforme peut être inutile, contre-productive etc. A force d'attendre, le temps sera contre nous! Et n'oubliez pas une chose, mes chers compatriotes, les fenêtres d'ouverture pour des réformes peuvent également se refermer; il se peut que certaines mesures ne peuvent plus être mises en place, car la situation ne le permettra plus, c'est la formule Gorbachev : "Ceux qui sont en retard sont punis par la vie".
a écrit le 23/05/2013 à 16:12 :
Bien docte est pareil propos, techniquement convainquant mais qui minore sinon relègue aux oubliettes les aspects sociaux et moraux sinon philosophiques de la vie des nations avec leurs populations homogènes, ou hétérogènes. L'on découvrirait ainsi qu'Il faut ainsi des décennies pour apurer les méfaits de décennies d'obscurantisme ou d'illusionnisme ; financièrement, l'arrosage de liquidités anime certes des affaires mais probablement davantage celles de la cupidité que celles du mérite et à ce titre , la spéculation effrénée et poursuivie est un support pervers, avec cette sorte de capitalisme de casino où les joueurs refusent de prendre leurs pertes pour en facturer l'ensemble des populations soumises. Si la France ne peut pas compter
sur la reprise de l'économie mondiale, peut-elle compter sur sa population autant manipulée ?
a écrit le 23/05/2013 à 13:52 :
la reprise de l'économie mondiale? Avec la photocopieuse des QE ... mais franchement quelle reprise !!!
a écrit le 23/05/2013 à 13:46 :
Tout le monde sait que c'est un changement d'économie qui est en train de se mettre en place au niveau mondial et la France doit donc se réformer pour s' adapter: pas de réforme, pas de reprise.
a écrit le 23/05/2013 à 13:40 :
Pour les pays européens qui ont fait des réformes : peut-être. Mais pour la France NON
Réponse de le 23/05/2013 à 15:55 :
"L'Europe en pleine reprise grâce aux réformes" : comme la Grèce en train de crever ou le Portugal avec ses jeunes qui se tirent ? Aahhhh quelle jolie reprise ! Signé Robois, le justicier cupide qui vole aux pauvres pour donner aux riches !
a écrit le 23/05/2013 à 13:05 :
La reprise de la planche à billets et des bulles sur les actifs ? Elle est belle la reprise !!

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