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Que veulent vraiment les banques centrales?

Michel Santi*

Publié le 24 juin 2013 à 13:55 - Mis à jour le 24 juin 2013 à 13:58

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La perspective d'un resserrement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine font grandir les inquiétudes sur l'évolution de celle des grandes banques centrales. L'occasion pour l'économiste Michel Santi de décrypter leur action de ces dernières années qui, selon lui, est toujours guidée par une obsession anti-inflationniste dévastatrice...

Pourquoi préserver l'indépendance de banquiers centraux - personnages qui se retrouvent à des postes stratégiques sans bénéficier du suffrage populaire - si ceux-ci refusent de mettre leurs munitions à disposition de la croissance économique, sous le prétexte fallacieux de la lutte contre l'inflation ?

Le plein emploi ne profite pas aux banques centrales
Comme la politique monétaire d'une nation ainsi que le niveau de sa monnaie nationale doivent être mis au service de l'activité et de l'emploi, il est donc naturel que ce soient les dirigeants politiques - élus - qui en aient le contrôle. Pour des banques centrales dont l'objectif ultime est la maîtrise des pressions inflationnistes, reconnaissons-le, le plein emploi n'est certainement pas la panacée !

En effet, un taux de chômage bas incite souvent les travailleurs et les salariés à faire jouer la règle de l'offre et de la demande, c'est-à-dire à réclamer des augmentations de salaire. D'où une accélération de l'inflation. Les banques centrales ne le reconnaîtront jamais, mais voilà pourquoi elles ont naturellement tendance à remonter leur taux d'intérêt dès lors que la conjoncture s'améliore : afin de maintenir le chômage à un niveau tel que les salaires soient toujours sous contrôle.

Préserver le capital et les épargnants
Pourquoi ? D'une part afin de pouvoir afficher leur succès dans leur mission en termes de stabilité des prix. D'autre part pour préserver le capital et les épargnants, ayant, comme on le sait, horreur de l'inflation. Enfin pour ne pas trop entamer les profits des entreprises, et donc pour soutenir les marchés boursiers... Il est exclu ici de céder à la théorie du complot, ou de vouloir revenir aux enseignements de Ricardo et de Marx qui prétendaient que le système capitaliste réalise ses profits en maintenant en permanence une « armée de réserve de chômeurs ». Néanmoins, sous l'empire du politiquement correct qui tétanise sa banque centrale, c'est tout un continent - l'Europe - qui sombre sans réclamer son dû, ni prélever sa dîme, face à l'immense gâteau global que se partagent les continents asiatique et américain. Le chômage européen très élevé - et qui ira en s'aggravant - n'y changera rien. En effet, c'est l'obsession des déficits combinée à l'angoisse des expéditions punitives des marchés qui unissent les meilleurs adversaires - droite comme gauche - dans un même combat contre un ennemi commun, à savoir l'inflation ! Rien ne doit être entrepris pour l'attiser. Tout doit être sacrifié à l'aune de l'austérité.

A moins que l'attitude moralisatrice et scandalisée de la finance et des néolibéraux à l'encontre des déficits publics ne soit qu'une posture, qui leur fournit un prétexte pour démanteler les programmes sociaux et amaigrir davantage l'État ? En réalité, ce néolibéralisme - qui cherche activement la confrontation en n'ayant de cesse d'agiter l'épouvantail des déficits - se « fiche » éperdument des déficits. Son objectif ultime étant même l'aggravation de cette crise qui lui permettra dès lors d'appeler à un rétrécissement supplémentaire des pouvoirs publics.

Version moderne de la lutte des classes
Ne nous faisons à cet effet aucune illusion : les néolibéraux ont tout intérêt à attiser cette psychose des déficits publics, dont la montée en intensité leur offrira le prétexte idéal pour tailler dans les dépenses publiques et dans les aides aux citoyens nécessiteux. Ils vont même jusqu'à appeler de leurs v?ux une envolée des frais de financement de la dette publique française dont ils se serviront comme levier pour parvenir à leurs fins...

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Pourtant, le citoyen européen n'a pas voulu de cette dette, tout aussi illégitime du reste que l'austérité qui lui est imposée, cette version moderne de la lutte des classes. Très clairement, ce ne sont pas les dépenses sociales qui sont coupables d'avoir creusé nos déficits. Ce sont les sauvetages bancaires, de ces établissements financiers ayant amassé des fortunes par la grâce de la financiarisation. Elle-même destinée à anesthésier une population européenne dont les revenus étaient inversement proportionnels à la productivité de ses entreprises. Et, ce, dans un contexte où, du fait d'une redistribution déficitaire opérée par nos Etats, nous avons été encouragés au crédit qui devait nous donner l'illusion de la stabilité de notre niveau de vie.

Michel Santi*

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