Que veulent vraiment les banques centrales ?

 |   |  761  mots
Michel Santi (DR)
Michel Santi (DR)
La perspective d'un resserrement de la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine font grandir les inquiétudes sur l'évolution de celle des grandes banques centrales. L'occasion pour l'économiste Michel Santi de décrypter leur action de ces dernières années qui, selon lui, est toujours guidée par une obsession anti-inflationniste dévastatrice...

Pourquoi préserver l'indépendance de banquiers centraux - personnages qui se retrouvent à des postes stratégiques sans bénéficier du suffrage populaire - si ceux-ci refusent de mettre leurs munitions à disposition de la croissance économique, sous le prétexte fallacieux de la lutte contre l'inflation ?

Le plein emploi ne profite pas aux banques centrales
Comme la politique monétaire d'une nation ainsi que le niveau de sa monnaie nationale doivent être mis au service de l'activité et de l'emploi, il est donc naturel que ce soient les dirigeants politiques - élus - qui en aient le contrôle. Pour des banques centrales dont l'objectif ultime est la maîtrise des pressions inflationnistes, reconnaissons-le, le plein emploi n'est certainement pas la panacée !

En effet, un taux de chômage bas incite souvent les travailleurs et les salariés à faire jouer la règle de l'offre et de la demande, c'est-à-dire à réclamer des augmentations de salaire. D'où une accélération de l'inflation. Les banques centrales ne le reconnaîtront jamais, mais voilà pourquoi elles ont naturellement tendance à remonter leur taux d'intérêt dès lors que la conjoncture s'améliore : afin de maintenir le chômage à un niveau tel que les salaires soient toujours sous contrôle.

Préserver le capital et les épargnants
Pourquoi ? D'une part afin de pouvoir afficher leur succès dans leur mission en termes de stabilité des prix. D'autre part pour préserver le capital et les épargnants, ayant, comme on le sait, horreur de l'inflation. Enfin pour ne pas trop entamer les profits des entreprises, et donc pour soutenir les marchés boursiers... Il est exclu ici de céder à la théorie du complot, ou de vouloir revenir aux enseignements de Ricardo et de Marx qui prétendaient que le système capitaliste réalise ses profits en maintenant en permanence une « armée de réserve de chômeurs ». Néanmoins, sous l'empire du politiquement correct qui tétanise sa banque centrale, c'est tout un continent - l'Europe - qui sombre sans réclamer son dû, ni prélever sa dîme, face à l'immense gâteau global que se partagent les continents asiatique et américain. Le chômage européen très élevé - et qui ira en s'aggravant - n'y changera rien. En effet, c'est l'obsession des déficits combinée à l'angoisse des expéditions punitives des marchés qui unissent les meilleurs adversaires - droite comme gauche - dans un même combat contre un ennemi commun, à savoir l'inflation ! Rien ne doit être entrepris pour l'attiser. Tout doit être sacrifié à l'aune de l'austérité.

A moins que l'attitude moralisatrice et scandalisée de la finance et des néolibéraux à l'encontre des déficits publics ne soit qu'une posture, qui leur fournit un prétexte pour démanteler les programmes sociaux et amaigrir davantage l'État ? En réalité, ce néolibéralisme - qui cherche activement la confrontation en n'ayant de cesse d'agiter l'épouvantail des déficits - se « fiche » éperdument des déficits. Son objectif ultime étant même l'aggravation de cette crise qui lui permettra dès lors d'appeler à un rétrécissement supplémentaire des pouvoirs publics.

Version moderne de la lutte des classes
Ne nous faisons à cet effet aucune illusion : les néolibéraux ont tout intérêt à attiser cette psychose des déficits publics, dont la montée en intensité leur offrira le prétexte idéal pour tailler dans les dépenses publiques et dans les aides aux citoyens nécessiteux. Ils vont même jusqu'à appeler de leurs v?ux une envolée des frais de financement de la dette publique française dont ils se serviront comme levier pour parvenir à leurs fins...

Pourtant, le citoyen européen n'a pas voulu de cette dette, tout aussi illégitime du reste que l'austérité qui lui est imposée, cette version moderne de la lutte des classes. Très clairement, ce ne sont pas les dépenses sociales qui sont coupables d'avoir creusé nos déficits. Ce sont les sauvetages bancaires, de ces établissements financiers ayant amassé des fortunes par la grâce de la financiarisation. Elle-même destinée à anesthésier une population européenne dont les revenus étaient inversement proportionnels à la productivité de ses entreprises. Et, ce, dans un contexte où, du fait d'une redistribution déficitaire opérée par nos Etats, nous avons été encouragés au crédit qui devait nous donner l'illusion de la stabilité de notre niveau de vie.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/07/2013 à 22:19 :
Ce sont les sauvetages bancaires, de ces établissements financiers ayant amassé des fortunes par la grâce de la financiarisation.--> C'est un peu léger comme explication Le problème de la crise financière des subprimes vient avant tout du CLIENTELISME des démocrates . Cela commence avec Clinton qui fait en sorte que greenspan (le président de la fed de l'époque et conseiller de paulson (qui fera des milliards en shortants les subprimes en 2007 ) détende les taux créant une bulle de crédit en permettant à des gens insolvables d'être propriétaire . Ensuite , les banquiers les plus avisés ont utilisé un montage complexe "titrisation" pour refourguer ces produits pourris à leurs concurrents notamment européens grâce la duplicité des agences de notation anglo saxonnes (triple AAA sur des produits pourris qu'ils avaient eux même aidés à concevoir) .Le vrai risque aujourd'hui , c'est la faiblesse des fonds propres des sociétés européennes confrontées à un risque de prédation financière ... de la part des usa , chinois et qataris .


a écrit le 26/06/2013 à 11:10 :
> Les banques centrales ne le reconnaîtront jamais, mais voilà pourquoi elles ont naturellement tendance à remonter leur taux d'intérêt dès lors que la conjoncture s'améliore : afin de maintenir le chômage à un niveau tel que les salaires soient toujours sous contrôle.

C'est pas nouveau et ça porte même un nom depuis quelques années : NAIRU (Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment ou NAIRU)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_ch%C3%B4mage_n'acc%C3%A9l%C3%A9rant_pas_l'inflation

> Il est exclu ici de céder à la théorie du complot, ou de vouloir revenir aux enseignements de Ricardo et de Marx qui prétendaient que le système capitaliste réalise ses profits en maintenant en permanence une « armée de réserve de chômeurs »

Tiens donc. Pourtant, promouvoir une politique qui maintient le chômage à un taux suffisamment élevé pour que la plupart des salariés trouvent difficilement un autre emploi... n'est-ce pas justement maintenir une "armée de réserve de chômeurs"?

Keep 'em barefoot and pregnant.

Une solution : renationaliser les banques et nommer à leur direction des représentants des principales parties prenantes de l'économie afin que nous décidions tous ensemble à quoi consacrer le crédit (plus de crèches? plus d'hôpitaux? plus de routes? etc.)
http://blog.mondediplo.net/2009-01-05-Pour-un-systeme-socialise-du-credit

> En réalité, ce néolibéralisme - qui cherche activement la confrontation en n'ayant de cesse d'agiter l'épouvantail des déficits - se « fiche » éperdument des déficits. Son objectif ultime étant même l'aggravation de cette crise qui lui permettra dès lors d'appeler à un rétrécissement supplémentaire des pouvoirs publics.

Stratégie connue sous l'expression "Starve the beast": On réduit/laisse stagner les budgets publics, donc la qualité diminue, ce qui permet après de justifier la privatisation : "vous voyez bien que le public, ça marche pas". Vicieux mais efficace.

De plus, qui prête à l'Etat en déficit?... ;-)
a écrit le 25/06/2013 à 14:15 :
NAIRU en action....Milton a encore de beaux jours devant lui...
a écrit le 25/06/2013 à 9:01 :
De l'idéologie pur jus, mais quand je lis que "le citoyen européen n'a pas voulu de cette dette", là c'est le bouquet ! La dette ne lui a pas été imposée. L'électeur l'a voulue tout simplement parce qu'elle lui donnait des sous ! Prétendre qu'elle ne sera jamais remboursée est également un enfumage courant. Pourtant, il suffit de regarder certains exemples, comme celui de l'Argentine. Qui se souvient que l'Argentine était par habitant, le pays le plus riche de la planète il y a un siècle ?...
a écrit le 25/06/2013 à 8:33 :
Très bonne analyse comme toujours. En schématisant, on pourrait dire que l'inflation caractérise des pays jeunes en pleine expansion et la déflation les vieux pays de rentiers à la croissance molle voire négative. Les banques centrales sont clairement du côté des vieux rentiers et du capital au détriment des jeunes dont le taux de chômage explose. Ce constat est partagé par de nombreux économistes, en particulier François Lenglet dans son dernier livre. Une des solutions serait de réformer complètement les missions de la BCE et de les rapprocher de celles de la FED plus proches des réalités économiques.
a écrit le 25/06/2013 à 8:31 :
J aime la teneur de l article et son analyse. Selon moi, une bonne dose d inflation obligeraient les investisseurs a augmenter leurs investissement dans l economie reele qui elle est indexe sur l inflation. C est la seule source de revenus interessante quand votre patrimoine diminue et les revenus des emprunts ont perdus de leur valeur. On voit bien qu a l heure actuelle, les investisseurs preferent toujours la sphere financiere quelle que soit la facilite de financement qu on leur donne. Avantage ca diminuerait rapidement notre taux d endettement, Inconvenient une forte inflation a un cout sociale non negligeable et est vecteur de revolte. Si les prix des baguettes double en un an. Il y aura du monde dans la rue. Reste le vrai probleme que sont les riches et les multinationales qui payent de moins en moins d impots...
a écrit le 25/06/2013 à 6:39 :
Excellent article. En fait pour être plus précis une politique de taux d'intérêt bas n'a pas en soi bcp d'avantage sinon de créer des bulles ou maintenir des cours artificiels sur sur des actifs (immobilier, bourse en France). Ca ne semble pas non plus profiter à l'économie car les banques prêtent de moins ne moins aux entreprises (cf notes de conjoncture banque de France). Ca sert un peu à faire baisser mécaniquement les taux obligataires, mais les interventions directes de la Bce sur le second marché initiées par Trichet en 2009 seraient bcp plus efficaces pour cela. Il y a de plus en plus un pb de financement des entreprises par les banques et particulierement en France.Le projet de séparation des banques de dépot et des autres, n'a pas du tout été assez loin, et ne contribura pas à résoudre le pb.
a écrit le 24/06/2013 à 22:55 :
Les français, les grecs, & tous les peuples de la zone euro ont approuvé directement ou indirectement le traité de Maastricht qui dit que l'objectif de la BCE est la stabilité des prix. Concrètement, cela veut dire un peu d'inflation dans certains pays, une petite baisse des prix dans d'autres pays, & une inflation autour de 1,9% pour la zone. Si la BCE menait une politique hyperinflationniste, l'Allemagne reviendrait au mark ce qui impliquerait des coûts de change & de couverture de change, & les français se plaindraient de l'inflation... On ne peut pas avoir le beurre & l'argent du beurre...
a écrit le 24/06/2013 à 22:08 :
L'inflation n'a jamais au grand jamais été un facteur de croissance. Il a même été fabriqué un mot pour dire cela : stagflation : taux de l'inflation à deux chiffres et croissance nulle. Pour en sortir, la loi a drastiquement limité toutes les clauses d'indexation sur le prix, notamment pour les salaires et les contrat longue durée. Elle a aussi limité les positions dominantes en protégeant la concurrence. Non la monnaie n'a quasiment aucun pouvoir sur l'économie quand elle n'est pas restreint. Le QE actuel le montre bien : il ne fait que gonfler la valeur monétaire des actifs financiers et immobiliers, une inflation artificielle qui ne profite qu'aux banques au détriment de l'économie réelle. La solution est de réformer les banques qui ne jouent plus leur rôle d'intermédiaire intelligent de crédit.
a écrit le 24/06/2013 à 19:27 :
Ouh les vilains marches, les vilaines banques centrales, neoliberalisme et banques qui ont crees les deficits de l etat. Surtout ne changeons rien, et continuons a trouver des bouc emissaires exterieus a notre misere.
Ce monsieur aurait largement sa place au gouvernement !
Réponse de le 25/06/2013 à 21:02 :
Un tissu de bêtises.
Hors sauvetage des banques et ainsi de suite la France est une entreprise dont les frais généraux ( les prélèvements publics) sont de 55% de la production contre 45 en Allemagne et 35 aux USA. Ce qui est étonnant n'est pas de faire faillite mais que ça prenne autant de temps... Évidemment comme les bénéficiaires des frais généraux sont largement les electeurs socialistes la solution est hors de portée.
Réponse de le 25/06/2013 à 23:10 :
Voilà qui est exprimé de façon claire, succincte, simple et cependant très juste. L'économie n'est pas si compliquée ; tout ce baratin de M.Santi n'est qu'un tissu d'idéologie visant à justifier l'injustifiable : le vol de la valeur créée par une partie de la population par une autre partie improductive.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :