Raymond Soubie est l'un des meilleurs connaisseurs de notre modèle social. Et pour cause, il a été l'un des acteurs des réformes des retraites, et est respecté pour cela par les partenaires sociaux pour la justesse de ses analyses. Or, l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy dresse un constat alarmant sur la soutenabilité des coûts exorbitants du système social français. « En 2013, les transferts sociaux représentent un matelas de 650 milliards d'euros », note le président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo. Un poids considérable qui n'a cessé d'augmenter depuis la création du système social français, à la Libération, pour protéger les salariés des aléas de la vie et du travail : vieillesse, maladie, chômage…
Problème : les régimes sociaux se trouvent aujourd'hui dans une « impasse » : pénalisés par une croissance faible, autour de 1%, ils ne dégagent pas assez de recettes pour financer les coûts toujours plus importants d'un système de santé, de retraites, d'éducation et de chômage parmi les plus onéreux du monde. Selon lui, la France a besoin d'une croissance de 2% du PIB par an pour financer son système social. Or, tout indique que le pays devra se contenter pendant encore de nombreuses années d'une croissance faible. Seule solution : des réformes drastiques.
Circonscrire les dérapages des dépenses de santé Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les dépenses de l'Assurance maladie devraient augmenter de 2,5% en 2014. Pour Raymond Soubie, la France a les moyens de baisser considérablement ses coûts dans de nombreux domaines… à condition de faire preuve de courage politique. En ligne de mire : développer massivement les médicaments génériques, résister aux lobbys pharmaceutiques pour ne pas vendre trop cher les nouveaux médicaments, et privilégier au maximum la chirurgie ambulatoire pour économiser sur les coûts d'hospitalisation. Son crédo :
Autre cheval de bataille : les retraites. L'homme qui participa à la réforme Fillon de 2003 et qui poussa Nicolas Sarkozy à lever le tabou de l'allongement du départ de 60 à 62 ans en 2010, estime que les gouvernements passés et présents ne sont pas allés assez loin. La nouvelle réforme de la gauche, qui ambitionne de rétablir l'équilibre en 2020, risque, selon lui, d'être insuffisante. « La croissance actuelle ne permet pas d'assurer l'équilibre des retraites à long terme », s'alarme-t-il. Le spécialiste voit plusieurs leviers : repousser encore l'âge légal du départ à 65 ans et, surtout, toucher enfin aux régimes spéciaux et aux retraites complémentaires qui ne sont pas sauvées malgré l'accord « responsable » passé en 2013 entre patronat et syndicats.
Ne plus répondre aux sirènes de la communication Encore faut-il pouvoir mettre ces réformes en ouvre. Fin connaisseur des arcanes du pouvoir grâce à son expérience élyséenne, et apôtre du dialogue social, il prône une remise à plat de la méthode gouvernementale.
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Raymond Soubie regrette :
Première solution : un meilleur casting des ministres, sur le modèle des Etats-Unis, où les personnalités de l'exécutif sont souvent issues du secteur privé, notamment celles qui travaillent dans le domaine économique. Ensuite, inscrire l'action des hommes politiques dans la continuité. « Réformer la santé, les retraites ou l'éducation demande une vision et du temps. Or, en France, les ministres restent en poste seulement deux ans en moyenne. C'est trop peu pour mettre en place des réformes de long terme ».
Enfin, pour réformer efficacement, Raymond Soubie prône le réalisme et une analyse lucide des données macro-économiques.
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Il dénonce les analyses souvent erronées du Conseil d'Orientation des Retraites et les prédictions souvent fausses des « économistes qui ont raison une fois sur dix ». La preuve avec une anecdote savoureuse. La scène se déroule à l'Elysée, deux semaines avant la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, qui précipita les Etats-Unis et le monde dans la crise financière en septembre 2008.
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