Raymond Soubie : "Notre modèle social ne peut survivre avec une faible croissance"

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L'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy prône une gestion rigoureuse des dépenses de santé et une nouvelle réforme des retraites.
L'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy prône une gestion rigoureuse des dépenses de santé et une nouvelle réforme des retraites. (Crédits : La Tribune)
L’ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy de 2007 à 2010, invité de "La Matinale des travaux publics" organisées par La Tribune et la FNTP ce mercredi 19 mars, s’alarme des déficits des régimes sociaux français. Selon Raymond Soubie, notre modèle social hérité de la Libération ne pourra pas surmonter une période durable de croissance inférieure à 2%. Pour le sauvegarder, il prône une gestion rigoureuse des dépenses de santé et une nouvelle réforme des retraites.


Un constat « catastrophique »


Raymond Soubie est l'un des meilleurs connaisseurs de notre modèle social. Et pour cause, il a été l'un des acteurs des réformes des retraites, et est respecté pour cela par les partenaires sociaux pour la justesse de ses analyses. Or, l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy dresse un constat alarmant sur la soutenabilité des coûts exorbitants du système social français. « En 2013, les transferts sociaux représentent un matelas de 650 milliards d'euros », note le président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo. Un poids considérable qui n'a cessé d'augmenter depuis la création du système social français, à la Libération, pour protéger les salariés des aléas de la vie et du travail : vieillesse, maladie, chômage…

Problème : les régimes sociaux se trouvent aujourd'hui dans une « impasse » : pénalisés par une croissance faible, autour de 1%, ils ne dégagent pas assez de recettes pour financer les coûts toujours plus importants d'un système de santé, de retraites, d'éducation et de chômage parmi les plus onéreux du monde. Selon lui, la France a besoin d'une croissance de 2% du PIB par an pour financer son système social. Or, tout indique que le pays devra se contenter pendant encore de nombreuses années d'une croissance faible. Seule solution : des réformes drastiques.

Circonscrire les dérapages des dépenses de santé Malgré les progrès réalisés ces dernières années, les dépenses de l'Assurance maladie devraient augmenter de 2,5% en 2014. Pour Raymond Soubie, la France a les moyens de baisser considérablement ses coûts dans de nombreux domaines… à condition de faire preuve de courage politique. En ligne de mire : développer massivement les médicaments génériques, résister aux lobbys pharmaceutiques pour ne pas vendre trop cher les nouveaux médicaments, et privilégier au maximum la chirurgie ambulatoire pour économiser sur les coûts d'hospitalisation. Son crédo :

« Il n'est pas nécessaire de tout remettre en question mais de réformer là où l'Etat peut économiser beaucoup d'argent ».

 

Compléter la réforme des retraites


Autre cheval de bataille : les retraites. L'homme qui participa à la réforme Fillon de 2003 et qui poussa Nicolas Sarkozy à lever le tabou de l'allongement du départ de 60 à 62 ans en 2010, estime que les gouvernements passés et présents ne sont pas allés assez loin. La nouvelle réforme de la gauche, qui ambitionne de rétablir l'équilibre en 2020, risque, selon lui, d'être insuffisante. « La croissance actuelle ne permet pas d'assurer l'équilibre des retraites à long terme », s'alarme-t-il. Le spécialiste voit plusieurs leviers : repousser encore l'âge légal du départ à 65 ans et, surtout, toucher enfin aux régimes spéciaux et aux retraites complémentaires qui ne sont pas sauvées malgré l'accord « responsable » passé en 2013 entre patronat et syndicats.

Ne plus répondre aux sirènes de la communication Encore faut-il pouvoir mettre ces réformes en ouvre. Fin connaisseur des arcanes du pouvoir grâce à son expérience élyséenne, et apôtre du dialogue social, il prône une remise à plat de la méthode gouvernementale.

Raymond Soubie regrette : 

"La communication à outrance est un mode de fonctionnement anxiogène où les effets d'annonce priment sur le travail de fond et empêchent la mise en place de réformes durables" 

 

Chômage : des prévisions trop optimistes

Première solution : un meilleur casting des ministres, sur le modèle des Etats-Unis, où les personnalités de l'exécutif sont souvent issues du secteur privé, notamment celles qui travaillent dans le domaine économique. Ensuite, inscrire l'action des hommes politiques dans la continuité. « Réformer la santé, les retraites ou l'éducation demande une vision et du temps. Or, en France, les ministres restent en poste seulement deux ans en moyenne. C'est trop peu pour mettre en place des réformes de long terme ».

Enfin, pour réformer efficacement, Raymond Soubie prône le réalisme et une analyse lucide des données macro-économiques.

« Penser la réforme des retraites en supposant que le chômage reviendra à moins de 5% dans la décennie 2020-2030 est beaucoup trop optimiste, surtout quand on a un taux de chômage structurel de 8% depuis vingt ans », estime-t-il.

Il dénonce les analyses souvent erronées du Conseil d'Orientation des Retraites et les prédictions souvent fausses des « économistes qui ont raison une fois sur dix ». La preuve avec une anecdote savoureuse. La scène se déroule à l'Elysée, deux semaines avant la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, qui précipita les Etats-Unis et le monde dans la crise financière en septembre 2008.

"Ce jour-là, il y avait certains des économistes les plus prestigieux en France et dans le monde, y compris un dirigeant d'une grande organisation internationale. Tous lui disent « tout va bien, pas de problème à l'horizon". Ce fut la dernière réunion d'économistes de Nicolas Sarkozy. » !

 

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Commentaires
a écrit le 31/03/2014 à 17:10 :
Raymond Soubie ne va pas nous donner des leçons d'économie,ha bon j'ai eu peur.Une fois qu'ils ne sont plus aux affaires,ils nous décrivent ce qu'il aurait fallu mettre en œuvre pour que les choses prospères (yop la boum). Pourquoi ne l'ont-il pas mis en œuvre à ce moment là ?.
a écrit le 31/03/2014 à 7:28 :
C est certain notre modèle ne peut perdurer il faut suprême la retraite a 62 ans des travailleurs et conserver celle a 53 des gouvernants qui non jamais travaillé.
a écrit le 27/03/2014 à 15:36 :
Maastrickt, c'est très strict... qui a voté pour l'euro fort? On nous annonce des perturbations dans le modèle social? Pourtant puisque nous sommes bons dans la crise, rendons la permanente! Y a-t-il une crise? Possible si on parle changement de ministère, ou bien changement de maire dans de nombreuses villes, comme une sanction, ou bien un extrêmisme qui augmente? C'est plutôt la crise au sud. Donc on est en crise à 3 millions de chômeurs? Extrêmisme qui scandalise le monde? Mais ne joue-t-on pas au boulet? LE modèle social ne serait pas pérenne? On manifeste contre l'austérité en Espagne... chez nous on fait dans le bennet? Il parait qu'il existerait des bisounours... ça parle comment?
a écrit le 26/03/2014 à 14:08 :
Notre modèle social ne peut survivre à ne croissance quasi nulle et à un taux de chômage record . Surtout si cette situation doit perdurer . Je pense que la convergence immédiate de tous les régimes de retraites nous permettrait d'attendre des jours meilleurs . Le privé ne peut à lui seul supporter la crise économique, le chômage, la solidarité ,les transferts vers la Sncf , ...) A ce moment là et seulement à ce moment là , les socialistes pourraient parler à bon escient , de justice en ce qui concerne les droits à retraite .
a écrit le 21/03/2014 à 17:31 :
Ce que j'ai retenu de la conférence, c'est la distinction faite par Raymond SOUBIE dans la protection sociale des dépenses sociales qui grosso modo existent dans tous les pays développés et du droit du travail qui lui est très spécifique à la France. Intéressant.
a écrit le 20/03/2014 à 15:54 :
Les dépenses de fonctionnement de la politique sociale en France sont de 65 % supérieurs à la moyenne européenne, les dispositifs, les contrôles redondant se multiplient.
Comment recentrer sur les valeurs d'innovation et de création une société bureaucratisée ?
a écrit le 20/03/2014 à 14:00 :
Clair qu'il y a trop de pauvres.

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