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2018 : le basculement géopolitique aura-t-il lieu ?

Laurence Daziano

Publié le 09 mars 2018 à 13:20 - Mis à jour le 09 mars 2018 à 14:01

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La Syrie est-elle le théâtre d'un guerre en soi ou les prémisses d'une répétition plus générale d'un nouveau conflit mondial? Par Laurence Daziano, maître de conférence en économie à Sciences Po et membre du Conseil scientifique de la Fondapol.

L'année 2018 voit le conflit syrien en pleine dégénérescence. Alors que les Turcs viennent de franchir la frontière et que les Israéliens multiplient les incursions, les Russes tiennent la côte, les Américains sont au Nord aux côtés des Kurdes et les Iraniens sont à Damas. D'une certaine manière, le conflit syrien, loin de s'achever, se transforme en une nouvelle Guerre d'Espagne où Alep s'est muée en Guernica. Comme en 1936, la question qui mérite d'être posée est de savoir si la Syrie est une guerre en soi ou les prémisses d'une répétition plus générale d'un nouveau conflit mondial.

10 ans après la crise des subprimes

L'inquiétude est d'autant plus légitime que l'année 2018 coïncide avec les dix ans de la crise des subprimes qui fut d'une ampleur comparable à celle de 1929, créant une profonde dépression économique dans les démocraties libérales, une paupérisation des classes moyennes et le retour des réflexes protectionnistes. De ce point de vue, l'élection de Donald Trump, avec le retour d'une Amérique isolationniste, pourrait être comparée à celle de Herbert Hoover et Theresa May, aux prises avec sa politique de splendide isolement, devrait être regardée à travers le prisme de la politique isolationniste de Neville Chamberlain.

Aujourd'hui, les similitudes avec les années 1930 (guerre mondiale en Syrie, crise financière, protectionnisme, isolationnisme américain, retour des régimes autoritaires, course aux armements) interrogent sur l'évolution mondiale à moyen terme dans les dix prochaines années. Cela est d'autant plus vrai que le capitalisme, qui avait surmonté la grande baisse des prix de la fin du XIXe siècle pour s'engager dans une phase de croissance, portée par les innovations de la seconde révolution industrielle, bute aujourd'hui sur les mêmes obstacles après avoir repris pied, de manière spectaculaire, en Chine depuis quinze ans. La question de la baisse des prix et du maintien du profit reste une équation complexe à long terme alors que le niveau de vie des pays émergents s'accroît.

De plus, contrairement aux analyses de Lénine, la guerre mondiale ne fut pas le résultat de l'impérialisme économique mais d'une dynamique géopolitique avec les armements de masse, l'exacerbation du nationalisme et la mécanique diplomatique des alliances. La guerre était parfaitement irrationnelle, mais autant à Sarajevo qu'à Munich, l'Europe engagea un conflit meurtrier et suicidaire.

Le fait politique a fait son grand retour

A de nombreux points de vue, au premier rang desquels la mondialisation et le niveau de vie, la situation diffère fondamentalement en 2018 par rapport à la Belle Époque ou aux années 1930. Pourtant, plus que jamais, le fait politique a fait son grand retour. Les hommes obéissent à des logiques politiques, culturelles et religieuses qui prédominent, ainsi que l'analyse Emmanuel Todd dans son dernier ouvrage, Esquisse de l'histoire humaine. Les hommes du XXIe siècle partagent la même planète, et parfois les mêmes préoccupations climatiques ou numériques, mais appartiennent à des mondes différents. Les États-Unis et la Chine rivalisent pour le leadership dans le Pacifique. L'Asie est tiraillée entre la montée des tensions en mer de Chine au Sud, et intercoréennes au Nord. Le monde arabo-musulman est enfermé dans une nouvelle guerre de religion entre sunnites et chiites.

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Dans ce cadre, la stabilisation du système multipolaire est la clé de voûte de la paix mondiale. Elle dépend de plusieurs facteurs : la transition démographique et le vieillissement de la population mondiale ; le traitement des bulles spéculatives ; la capacité des blocs monétaires et commerciaux à conclure des compromis pour éviter le protectionnisme. Mais, comme en 1938, les premiers risques à conjurer sont de nature géopolitique. Le renforcement de la gouvernance mondiale, avec le G20, et la solidité de l'Union européenne seront des éléments clés de la paix mondiale. À ce titre, le déclin de l'Occident n'a pas de fatalité, pas plus que l'avènement mécanique de l'Asie.

Avoir des projets diplomatiques plus construits

« To the brink and back » (au bord du précipice... et de retour), tel était le thème de la conférence pour la sécurité de Munich, le Davos de la défense, qui se tenait dans la capitale de la Bavière en février dernier. Passant en revue les conflits du moment (Syrie, Irak, Ukraine, Corée, Sahel...), les dirigeants mondiaux ont davantage passé leur temps à étaler leurs divisions qu'à ébaucher des lignes diplomatiques de résolution des conflits, à étaler les tensions militaires plus qu'à chercher des modes de résolution.

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« L'homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? », écrivait Raymond Aron. Il reste désormais aux dirigeants mondiaux, européens notamment, d'avoir des projets diplomatiques plus construits pour l'avenir, à l'instar de la réconciliation conduite par Henry Kissinger entre Washington et Pékin. Le président français et la chancelière allemande auront une responsabilité particulière dans ce domaine, particulièrement à l'égard de la Russie.

Laurence Daziano

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