Chine, la fin de l'hypercroissance !

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la fin de l'hypercroissance pour la Chine !

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Une fois n'est pas coutume, je vais partir du chiffre officiel de la croissance pour établir un diagnostic sur l'état de santé de l'économie chinoise. En hausse de 6,2% au second trimestre par rapport à la même période de 2018, la progression du PIB reste spectaculaire mais elle a replacé dans un temps long : 6,2%, c'est tout simplement, la plus faible hausse depuis le début de la publication des données trimestrielles en 1992 par le Bureau National des Statistiques. Bref, la croissance est au plus bas depuis au moins 27 ans.

Bien entendu, compte tenu des masses en jeu faire 6% de croissance aujourd'hui c'est générer plus de richesse que dans les années 90, avec 15%, mais la tendance de fond est à la normalisation de la croissance. Cette configuration n'est pas sans rappeler, celle du Japon des décennies 60-70 et 80 : la hausse du PIB est alors extraordinaire, près de 9% en moyenne par an de 1960 à 1973, puis encore de 4% de 73 à 1991. C'est le miracle économique japonais, Japon qui allait, c'était sûr, ravir aux Etats-Unis la place de première puissance économique mondiale, avec un Yen détrônant le dollar. On connait la suite. Au début des années 90, la croissance japonaise s'affaisse après l'éclatement de la double bulle spéculative (financière et immobilière) qui s'était formée à la suite des accords du Plazza, sous manœuvre américaine. S'enchainent alors près de trois décennies de croissance molle à moins de 1% l'an, une faiblesse liée aussi au retournement démographique et à la fin de l'effet rattrapage.

Trois leçons à retenir

De cette histoire, trois leçons sont à retenir pour comprendre la conjoncture chinoise :

Première leçon, l'épuisement de l'effet rattrapage. C'est du simple bon sens. Quand on est loin en arrière, il suffit d'imiter ceux qui sont devant. C'est facile et cela peut être très rapide au départ. Les effets sur la croissance sont en outre démultipliés par la nécessité de développer ses infrastructures. Mais quand on s'approche de la tête (ce qui est le cas de certaines agglomérations côtières chinoises), le rythme ralentit naturellement... marquant le passage délicat d'un appareil productif dont le développement s'appuie sur l'attraction de technologies et des capitaux étrangers sur des secteurs intensifs en main d'œuvre, à un nouveau modèle de croissance, porté par des gains de productivité, la montée en gamme et une plus forte intensité technologique de la production locale. Le plafonnement des exportations chinoises, la stagnation, voire le recul depuis 2005, de la part des exportations de haute technologie telle que l'aérospatial, l'informatique, les produits pharmaceutiques, les instruments scientifiques dans le total des exportations de produits manufacturés sont les symptômes de cette difficile transition.

Deuxième leçon, l'impact du retournement démographique sur la croissance. Les décennies perdues au Japon coïncident avec un retournement brutal et soudain de sa population en âge de travailler. Or la fin du dividende démographique en Chine c'est maintenant. Le point de retournement c'est 2014, avec une population en âge de travailler qui recule par rapport au reste de la population. Un obstacle de plus à la croissance à court comme à long terme.

Troisième et dernière leçon, s'attaquer à la suprématie économique américaine et du dollar, c'est s'exposer avec certitude à une violente riposte des Etats-Unis qui ne lâcheront jamais ce privilège exorbitant de disposer de la monnaie du monde, Donald Trump l'a bien compris. Il n'y a pas de débat sur l'épuisement de l'hyper-croissance chinoise. La seule inconnue c'est la rapidité de la descente. La violente chute des immatriculations d'automobiles donne un signal inquiétant sur l'état de santé de la demande intérieure. Certes, le décrochage porte la marque de la mise en place de quotas d'achats dans certaines grandes villes pour y limiter la congestion et la pollution.

Mais la volonté affichée de revenir sur cette décision tout comme celle de faciliter le crédit pour l'achat de produits électroménagers, trahit l'inquiétude du gouvernement sur la solidité de la consommation. Les chefs d'entreprise ne sont pas non plus d'un très grand enthousiasme. Bloqués en dessous de 50 dans le secteur manufacturier, l'indice PMI se situe dans la zone indiquant une contraction de l'activité de façon quasi-régulière depuis le début de l'année. L'indice PMI officiel du secteur des services, qui représente plus de la moitié de l'économie chinoise, a tendance à reculer également mais reste au-dessus de la frontière des 50. Il faut encore ajouter à l'ensemble,  la très forte dégradation des relations avec la région autonome de Hong-Kong, une pièce incontournable du puzzle économique et financier de l'empire du Milieu. La croissance s'épuise en Chine et le régime de croisière s'affaiblit inexorablement.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 12/09/2019 à 20:42 :
Si la Chine vous intéresse, je vous recommande la lecture de "Mémoires chinoises" (Jean Tuan chez CLC Editions). L'auteur évoque la venue de son père en France en 1929 et son intégration, l'exceptionnel voyage qu'ils ont fait en Chine en 1967 durant la révolution culturelle et l'évolution du pays depuis 1980 dont il a été un témoin privilégié. Marie Holzman, sinologue de renom, a préfacé le récit. Derniers exemplaires sur amazon.fr.
a écrit le 12/09/2019 à 19:57 :
J'aimerais revenir sur les points 2 et 3.

Démographie: Où pensez vous que la Chine en serait si elle n'avait sévèrement régulé les naissances pendant 30 ans, concentré la croissance sur 1.4 milliards d'habitants, permis l'émergence d'une classe moyenne.
C'est de cette façon qu'ils sont sortis du sous-développement chronique, plutôt qu'en élevant 3 milliards de paysans illettrés (à l'indienne).

Il y a un prix à cela c'est la vieillissement de la population, mais le pays peut survivre à cela. Les chinois ne connaissant pas la retraite et travaillent tant qu'ils le peuvent. Rien à voir avec les occidentaux qui se mettent hors circuit dès que possible.

Suprématie du dollar: Je pense que vous enterrez un peu vite la Chine en tant qu'hyper puissance. Elle n'a pas dit son dernier mot et reste le moteur de la croissance de l'Asie du SE. Elle a investi lourdement dans des choses tangibles dont la valeur ne risque pas de s'écrouler: de la terre labourable, des gisements énergétiques, des matières premières. Elle a gardé le contrôle des industries vitales du pays.

Elle possède une résilience face à la crise bien supérieure à la plupart des pays développés. En 2008 c'est la Chine qui a empéché les USA de s'écrouler en gardant les dettes US plutôt que de tenter de se les faire rembourser ou de ls revendre.
Réponse de le 12/09/2019 à 20:46 :
Pour compléter votre argument concernant la natalité. Depuis que les chinois ont droit d'avoir deux enfants, il n'y a eu aucune poussée démographique. Pourquoi ? parce que comme nous dans les années 60, les chinois ont envie de profiter de la vie sans avoir la charge financière d'un second enfant, ont des difficultés pour faire face à leurs besoins (logements, soins, éducation, etc), et supportent difficilement leur pays surpeuplé. N'en déplais à tous les béni oui oui qui voudraient que chaque couple se reproduisent comme des lapins. 7 milliards de terriens c'est au moins deux fois trop...
a écrit le 12/09/2019 à 13:56 :
Oui et alors ...???
Toutes ces "réjouissances" sur le "déclin" de la Chine, espéré par le camp Pro-USA, n'empêcheront pas la Chine de devenir à l'usure la première puissance du monde, de nuire gravement aux USA en achetant Porc et Soja ailleurs qu'aux USA, et surtout en accentuant la Suicidaire Dédollarisation initiée par les USA....si, si...les empires s'effondrent souvent de l'intérieur que de par les joutes des barbares avoisinants...!!!
a écrit le 12/09/2019 à 9:34 :
La planète va respirer un peu mieux...

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