Chute des prix du pétrole : les pétromonarchies à l'heure des choix

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Sébastien Hénin, Head of Asset Management, The National Investor, Abu Dhabi
Sébastien Hénin, Head of Asset Management, The National Investor, Abu Dhabi (Crédits : DR)
L'offre de pétrole risque de rester surabondante, pesant sur les prix. Comment les pétromonarchies, qui se sont habituées à dépenser sans compter ou presque, vont-elles s'adapter? Par Sébastien Hénin, Head of Asset Management, The National Investor, Abu Dhabi

La chute des prix de l'or noir intervenue au cours du dernier trimestre de l'année passée et les nouveaux plus bas atteint dans le courant de l'été n'ont pas modifié les grands équilibres du marché. Cette baisse des cours n'a pas eu les effets escomptés en matière de réduction de l'offre, les producteurs américains de « shale oil » ont réussi, contrairement aux attentes, à maintenir leur niveau de production. La progression attendue des exportations de l'Iran et l'Irak contribuera à alimenter une offre surabondante, l'excèdent de production étant estimé à trois millions de barils par jour.

Les monarchies du Golfe perdent des revenus

Facteur aggravant, la majorité des pays membres de l'OPEP cherche aujourd'hui à préserver sa part de marché ce qui ne plaide pas pour une remontée des cours.
Face à ce nouveau paradigme les monarchies du Golfe vont devoir s'accommoder de revenus pétroliers largement inférieurs au niveau des années précédentes. Cette situation affecte déjà les ressources budgétaires de ces états, les revenus pétroliers représentaient plus de 80 % des recettes fiscales des pays membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe, union politique et économique qui regroupe l'Arabie Saoudite, Bahreïn, les Emirats Arabes Unis, le Kuwait, Oman, et le Qatar) en 2014. Le processus de diversification économique entamée au changement de millénaire ne se reflète pas encore dans les recettes fiscales.

Ces dernières années avaient été marquées par un environnement économique très favorable dans la région. Les prix moyens du pétrole ont atteint des niveaux historiquement élevés en 2012 et 2013 avec une volatilité que nous n'avions pas connue depuis plus de vingt ans. Cette combinaison exceptionnelle a permis aux membres du CCG de générer des excédents budgétaires colossaux mais aussi de bénéficier d'une bonne visibilité sur leurs rentrées fiscales. Cette marge de manœuvre notoire leur a permis de faire face à des obligations financières croissantes liées à une pression démographique importante mais aussi et surtout à des revendications populaires plus pressantes concernant l'amélioration du cadre de vie suite au printemps Arabe. L'Arabie Saoudite, la plus importante économie régionale, a ainsi vu ses dépenses budgétaires progresser de 50% au cours des cinq dernières années tout en continuant à générer des excédents budgétaires.

De nouvelles taxes pour réduire le déficit budgétaire

Il est intéressant de relever que les pays du CGG ont pris rapidement la mesure du nouvel environnement pétrolier pour prendre un certain nombre de mesures. Les pays qui ont besoin de prix du pétrole bien supérieurs à ceux constatés aujourd'hui pour atteindre l'équilibre budgétaire et qui disposent de réserves financières limitées, comme Oman et Bahreïn, ont été prompts à réagir. Les subventions ont été réduites dans le secteur énergétique et de nouvelles taxes pour les entreprises ont vu le jour. Les Emirats Arabes Unis, qui bénéficient d'une assise financière plus importante et de l'économie la plus diversifiée du Golfe, ont aussi pris des mesures similaires et envisagent l'introduction d'impôts comme la TVA et l'IS. Cette proactivité marque une rupture par rapport à la dernière crise pétrolière en 2008 et ces mesures sont largement recommandées par le FMI.

Un bon rating et des réserves pour procéder à un ajustement budgétaire progressif

Qu'elles sont aujourd'hui les solutions pour ces économies face au défi pétrolier?
Historiquement, les décideurs politiques utilisaient les dépenses d'investissement comme variable d'ajustement pour contrebalancer les baisses de recettes fiscales. Aujourd'hui, il sera plus difficile pour les gouvernements de réduire drastiquement leur dépenses, l'attente populaire étant encore trop forte. Malgré un déficit budgétaire à deux chiffres pour tous ces pays en 2015, les gouvernements bénéficient de deux leviers importants.

Premièrement, ces pays ne sont pas endettés et bénéficient d'un très bon « rating » auprès des agences de notations internationales. Par ailleurs, ils ont accumulé des réserves financières considérables au cours de la dernière décennie. Cette épargne est abritée dans les fonds souverains ou dans les banques centrales et se chiffrent à plus de deux trillions de dollars.

Les premières indications indiquent que les pays utilisent ces deux ressources pour financer leurs déficits. L'Arabie saoudite envisage de lever vingt-sept milliards de dollars sur le marché obligataire domestique d'ici à la fin de l'année et a déjà puisé soixante-cinq milliards de dollars dans ses réserves au cours du premier semestre. II ne fait pas de doute que ces pays devront s'adapter et réviser à la baisse leur train de vie mais ils agiront de manière progressive, l'agenda politique dominant tous les autres.

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Commentaires
a écrit le 30/09/2015 à 15:07 :
Oui, d'autant que les fonds souverains du golfe sont engagés sur des titres qui baissent dangereusement ou bien des opérations en roll out. La recherche partout d'actifs tangibles et probants fait sortir ces investissements dormants à moins de commandes juteuses. Les pays du golfe financent donc l'achat massif d'équipements qui permettent le maintien des fonds des dictateurs en place. Lorsqu'ils ne pourront plus le faire ce circuit deviendra problématique. Reste à développer une économie locale qui suppose une diffussion de la richesse et la réduction des fonds souverains sans la certitude d'une production locale rentable. La guerre qui se profile tend à constituer une immense zone "saoudite" où l'on ferait à nouveau fifty-fifty non plus sur le pétrole mais cette fois sur la totalité de l'économie. Un nouveau relai de croissance.
Réponse de le 03/10/2015 à 10:20 :
Vous avez raison. Il faut raisonner avec le circuit mondial de l'économie. Ce qui ne va plus aux pays producteurs reste aux pays consommateurs. Que font les pays consommateurs? Utiliser pour réduire le déficit ou financer les charges sociales? En faire profiter les entreprises pour investir ou les ménages pour consommer plus? J'avoue ne pas comprendre?

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