Covid-19  : pas de déconfinement efficace sans suivi numérique et respectueux de la vie privée

 |   |  901  mots
(Crédits : Reuters)
IDEE. L'une des solutions pour sortir du confinement pour redémarrer les activités économiques passe par le tracking des personnes infectées par le Covid-19. Mais il est impératif d'éviter une surveillance de masse incompatible avec les principes d'une démocratie libérale. La technologie développée par certaines applications permet de concilier ces exigences, comme celle proposée par Nodle, Coalition. Par Micha Benoliel, co-fondateur de Coalition.

Souvenez-vous : la première épidémie véritablement enrayée par l'homme, ce fut la variole. Les trois éléments qui permirent à l'épidémiologiste Larry Brilliant de parvenir à éradiquer cette maladie furent : une détection rapide du virus, une réponse rapide en isolant les cas ayants besoin d'un traitement et un système pour motiver la population à être testé et changer son comportement. Il donna même un nom a ce système analysé comme indispensable pour prévenir des futures épidémies : INSTED en anglais ou en français SINTDP pour "Système International de Totale Détection Préventive des Maladies".

Le suivi des contacts est, de façon moderne et adaptée, la meilleure façon de parvenir à détecter ces maladies et pour répondre le plus rapidement possible. C'est pourquoi aujourd'hui cette solution est le sujet de tant de discussions. Il pose également les bonnes questions car aucun d'entre nous ne veut que ce système permette dans une démocratie libérale le renforcement de la surveillance de masse. La grande chance que nous avons tous aujourd'hui est que les méthodes de cryptographie moderne ont évolué et sont désormais utilisables dans le quotidien. Elles permettent de fournir une solution de suivi des contacts qui garantit l'anonymat et la protection de la vie privée de chacun d'entre nous.

La technologie est notre allié contre le Coronavirus

A peu de choses près, le nombre d'équipes indépendantes vraiment capables de développer en quelques semaines une telle application pour lutter contre le coronavirus se compte sur les doigts d'une main. Pour ma part, j'ai travaillé avec mes équipes pendant une décennie dans la Silicon Valley sur les communications de proximité, le "mesh networking" (réseau maillé), et le développement d'applications mobiles pour permettre le partage de connectivité entre appareils, l'échange direct de messages entre téléphone mobiles via Bluetooth ou Wifi ou la connexion d'objets connectés. Parmi les produits qui nous ont imposé en leader dans notre écosystème : l'application FireChat qui a pu être utilisé en 2014 pour lutter contre la censure à Hong Kong durant la révolution des parapluies ou en encore en Irak. Fort de cette expérience, j'ai naturellement lancé il y a quelques semaine un projet réalisé entièrement en pro bono : Coalition.

Cette application est aujourd'hui fonctionnelle  et notre objectif est de la donner à un maximum de pays et d'organisations travaillant dans le domaine de la santé pour permettre de lutter contre le Covid-19. Cette application et son code sont détenus par une fondation à but non lucratif. Et Nodle a renoncé à tous ses brevets dans le domaine afin qu'elle soit utilisée, améliorée et distribuée par et pour le plus grand nombre.

La technologie est un allié contre le coronavirus, un de seuls dont nous disposons faute d'avoir encore un vaccin ou des médicaments vraiment efficaces. Mais elle fait peur - ce qui est compréhensible - principalement parce que la compréhension des technologies complexes que nous utilisons est limité dans le grand public. Et que la crainte du tracking orwellien est politiquement bien compréhensible.

Comprendre la technologie pour surmonter ses peurs

Le Bluetooth Low Energy (BLE), qui est utilisé par Coalition pour détecter et connecter les téléphones, a l'avantage d'être relativement stable et bien conçu. L'avantage du Bluetooth par rapport à l'utilisation d'autres technologies comme le GPS ou les cellules d'opérateurs mobiles, c'est donc sa précision à courte distance et sa capacité à fonctionner là où ces autres technologies ne fonctionnent pas comme dans le métro, dans l'avion, en souterrain ou dans certains bâtiments.

Un autre élément important pour parvenir à une solution qui fonctionne de façon optimale c'est l'utilisation du GPS pour permettre avec l'accord de l'utilisateur, qui pourra retirer ses adresses personnelles comme sa maison, son bureau ou certains trajets, de déterminer les endroits où le virus peut être resté. Malheureusement, comme il a été démontré, le virus du Covid-19 peut rester en vie sur certaines surfaces pendant plusieurs jours.

Aussi, à l'heure du RGPD, l'utilisation d'un protocole adapté pour préserver l'anonymat de chacun est extrêmement important. Pour Coalition, nous avons écrit le protocole "Whisper Tracing" pour le traçage des contacts en toute anonymat qui est disponible sur le site l'application Coalition depuis deux semaines. L'annonce de Apple et Google vendredi dernier est très similaire au système que nous décrivons ici sauf que pour notre part, notre application est vraiment indépendante.

Pour bien fonctionner, une application de suivi des contacts doit également prendre en compte les déplacements à l'étranger et permettre aussi aux touristes qui sont en visite d'être protégés. L'interopérabilité des différents systèmes entre les différents pays est donc un facteur important pour le succès du suivi des contacts. Cela demande l'émergence d'acteurs indépendants et d'ajouter le support de ces différents protocoles ce que nous avons prévu de faire.

Enfin, une telle application est une très bonne solution pour limiter la propagation du virus et donc sauver des vies. C'est aussi un moyen essentiel pour permettre à tout le monde de retrouver une vie sociale plus riche et pour reconstruire une économie dynamique qui est malheureusement pour l'instant paralysée.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 19/04/2020 à 22:27 :
J ai écouté votre échange avec la spécialiste de l'éthique (et amie) Cansu Canca, mais les questions éthiques malgré l indépendance et le privacy by design demeure. Comment ne pas faire que la présentation d un statut sans notification ne devienne pas une règle d admission dans certain endroit.
J ai vraiment le sentiment que l on est dans l approche typique de l époque "one problem, one app"
a écrit le 15/04/2020 à 6:42 :
L'auteur de cet article nous prends pour des naïfs, ce que nous ne sommes pas. Nous sommes intelligents, instruits, cultivés, connaissant l'histoire, la culture et les règles de bienséance, de courtoisie de la société française. Les notions de liberté, y compris de liberté individuelle sont un héritage de la déclaration universelle des Droits de l'Homme, que nous revendiquons.
Avec ce tracking (traquer), il s'agit de fliquer, traquer chaque français, avec bien sûr l'intention de les protéger. N'importe quelle société commerciale qui investit, a besoin d'un retour sur investissement. Comme Facebook Google Microsoft, ce retour ce sont les données personnelles les big data, à exploiter: profil, comportements, patrimoine, santé.
Notifier quelqu'un de malade, même volontaire, revient à lui faire porter une étoile jaune. En 1933 en Allemagne et en 1940, on a bien demandé aux juifs de se déclarer spontanément, pour les protéger.
On commence d'abord, en toute violation du secret médical, par une "application" volontaire, on continue en expliquant que pour sortir du confinement chacun doit présenter son smartphone, sinon retour à la maison, bien sûr chacun est libre de son choix. Puis dans un second temps, avec les meilleures intentions du monde, on demande d'identifier les 'fichés S", puis les porteurs du sida, puis les pédophiles potentiels, puis les grippés, puis les condamnés pour violence, puis les sans papiers, puis les juifs, les noirs, les arabes, les gilets jaunes, les journalistes subversifs...
Les possibilités sont infinies: publicité ciblée, manipulation des élections (facebook, usa) chantage auprès d'un candidat, intimidation d'un malade du Sida pour un poste de responsable, refus d'assurance pour un cancéreux, recensement de rebelles genre gilets jaunes, de juifs, de noirs d'arabes en les qualifiant de terroristes, de journalistes...
Bref cet outil est néfaste pour les libertés publiques
a écrit le 14/04/2020 à 23:15 :
C'est un publi reportage ?
Ah non je croyais

Il faut quand même est sacrément gonflé pour, sous couvert de peu-être sauver des vies, et en jouant avec la peur de la population nous demander d'accepter un systeme qui au final EST une surveillance de masse...
a écrit le 14/04/2020 à 21:12 :
Si à la Libération, avec les 50 millions de morts de la grippe espagnole, on avait autant surréagi...
a écrit le 14/04/2020 à 15:23 :
Aller expliquer ça à des gens bornés.
a écrit le 14/04/2020 à 15:08 :
"en isolant les cas ayants besoin d'un traitement et un système pour motiver la population à être testé et changer"
les cas ayant besoin
la population à être testée
Réponse de le 14/04/2020 à 17:42 :
Avec une puce dans le derrière ?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :