Un choc libéral tardif et sans doute anachronique pour la France

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, un choc libéral tardif et sans doute anachronique

En dépit des arguties sur les dosages, les programmes de la primaire de droite sont clairement tournés vers l'offre. Version musclée pour François Fillon. Version plus soft du côté d'Alain Juppé. Je ne rentrerai pas ici dans le distinguo des programmes. La presse en fait fort bien la synthèse, et derrière le jeu des différences, il y a au fond la même philosophie. Réduire les impôts et la voilure de l'État. Contenir les dépenses sociales (sauf celles de la politique familiale) et flexibiliser la relation de travail, via la négociation d'entreprise. Achever le travail commencé par François Hollande depuis le tournant de 2013, en augmentant la dose.

Lancer notre Reaganomics avec 35 ans de retard

Tout cela, on le sait, est destiné à faire enfin entrer la France dans la mondialisation et l'Europe, où elle joue aujourd'hui perdant. Mais faire rentrer la France dans l'Europe et la mondialisation, lorsque les deux sont malades, lancer notre Reaganomics avec 35 ans de retard, est-ce vraiment opportun. La France ne jouerait-elle pas comme souvent une partition anachronique, déconnectée des réalités et des prises de conscience du moment ?

Nul doute que les programmes proposés s'inspirent des mesures vertueuses que la plupart de nos principaux concurrents ont mises en œuvre entre les années 80 et 2000. Sauf que ces derniers, les États-Unis et le Royaume-Uni notamment évoluent aujourd'hui à front renversé. L'un et l'autre misent sur le recentrage de leur croissance sur leur demande intérieure. L'un et l'autre semblent embrasser à sa manière la thèse de la préférence nationale. L'un et l'autre semblent vouloir réinjecter de l'investissement public dans sa croissance. Et si le commerce mondial doit faire les frais de cette nouvelle inflexion, on peut légitimement s'interroger sur l'opportunité de ne miser que sur l'offre, dont la vocation première serait de s'arrimer à un commerce mondial en perte de vitesse.

On peut surtout s'interroger sur le risque que prend la France à casser sa reprise à court terme, au nom de la vertu, alors même que le choc Trump risque de booster la croissance américaine, creuser le déficit et devrait par contagion faire remonter les taux d'intérêt partout dans le monde. La France devra alors réfléchir à deux fois avant d'adopter la stratégie dure, celle de l'audace et du courage, dans un contexte de coût de l'argent qui pourrait être fatal à son investissement.

La France tributaire du choix économique de ses partenaires

À vrai dire, le sort d'une telle politique est totalement dépendant des choix qu'opéreront nos partenaires européens, et notamment l'Allemagne, bien sûr. Soit, ces derniers s'engouffrent dans la brèche Trump, pour rompre eux-mêmes avec les stratégies de rigueur. Ils opèrent sans tarder un tournant budgétaire Trumpiste en faveur de l'investissement. Dans ce cas, la rigueur dans un seul pays, même musclée, pourrait porter ses fruits. À l'instar de la Suède dans les années 90 ou de l'Allemagne dans les années 2000. Elle permettrait de maintenir la croissance française au-dessus de son potentiel, en dépit potion rigoriste. Le contexte européen pourrait oxygéner les entreprises en mal de demande intérieure et la France pourrait accroître ses parts de marché dans un gâteau européen lui-même en croissance. Encore faut-il que les stratégies de relance de nos voisins n'activent pas le seul levier du dumping fiscal. Auquel cas, les efforts français seraient neutralisés. Encore faut-il que la France par excès de vertu, ne passe pas à côté d'investissements publics stratégiques, quand d'autres renforceront le socle de leur croissance potentielle.

Néanmoins, ce scénario d'un revirement soudain de l'Allemagne paraît pour l'heure assez peu crédible. La politique française ne produirait alors qu'un empilement de rigueur supplémentaire dans une économie européenne en croissance molle. Cette stratégie de l'offre dans tous les pays, on en connaît les conséquences. Nous n'en verrons les effets ni à court terme ni à long terme. Elle continuera à nourrir le point de vue selon lequel nous n'en avons toujours pas assez fait... et appellera de nouveaux tours de rigueur. Et la France derrière le voile des discours de vérité et de courage, ne sera que le rouage d'une Europe qui perd.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 28/12/2016 à 5:36 :
La France est a la ramasse. Trop de pauvres, de demunis, de chomeurs. Pratiquement plus d'industries lourdes, trop de fonctionnaires.
Plus de schema directeur, de plans sur le futur. Trop d'impots etc....Une dette incontrolable.
Courage aux francais entreprenants presses comme des citrons.
a écrit le 27/12/2016 à 18:32 :
Les autres non pas eu le changement de paradigme qu'a subit la France!
a écrit le 27/12/2016 à 15:55 :
Il était grand temps que ce puissant "choc" libéral survienne en France, je dirai plutôt qu'il vient beaucoup trop tard, comparé aux autres pays voisins...

La France renaîtra sous François Fillon, vous verrez.
a écrit le 27/12/2016 à 15:45 :
Souligner le retard de la France dans son adaptation structurelle est une évidence. L'environnement globable change mais n'efface pas la nécessité de procéder à des réformes structurelles majeures, en bonne intelligence : réforme du code de travail, simplification administrative à tous les étages, baisse de la fiscalité, réforme des dépenses sociales, réduction du poids de la sphère publique mais à l'issue d'un examen précis des politiques et des structures, etc. Ensuite, il est également possible d'avoir une politique incitative au niveau de l'investissement : immobilier (on manque cruellement de logements et cela ne creuse guère de le déficit commercial), infrastructures, recherche et développement, etc. Si politique de relance, elle doit être par le travail et non par la distribution de revenus ! Il faut donc investir en privilégiant, à l'instar du programme Trump, les leviers internes. En face, mobilisant l'épargne abondante des français avec des incitations appropriées.
Il est temps de sortir des querelles idéologiques (keynésiens contre libéraux, offre contre demande). Une bonne politique doit agir sur tous les leviers en oubliant les idéologues qui polluent nos débats et notre capacité à voir la réalité !
a écrit le 27/12/2016 à 12:01 :
Complètement à côté de la plaque. La baisse de la dépense publique doit être faite non par idéologie mais pour éviter de perdre le contrôle de la dette comme la Grèce ou l'Italie. Et la politique de l'offre, c'est pareil, pour éviter de perdre ce qui reste de notre économie, à commencer par ce qui reste de l'industrie.
a écrit le 27/12/2016 à 11:50 :
C'est avec ce genre de raisonnement qu'on ne fait jamais rien
Donner de la liberté au monde travail et réduire nos dépenses publics seraient nocifs rires!!
Fillon propose un system a l allemande et a priori ca marche assez bien
Expliquer que ca va casser la croissance revenue c'est assez fort de café .
on a une croissance des plus faible d Europe

l exaspération du peuple poussent 40 % des ouvriers à voter lepen et hollande à conclut que sa réussite ne lui permettait pas De se représenter
Osons des vrais réformes pas des bidules de cice ou de lois macron qui bouge le PIB de 0.3% sur 5 ans
a écrit le 27/12/2016 à 11:32 :
Quel peuple de quel pays est gagnant de la mondialisation svp ?

A part les luxembourgeois, les suisses, les panaméens et-c... Bien entendu.

C'est bien beau de se fixer des objectifs de la sorte mais encore faudrait il être capable d'en faire le bilan depuis trente ans maintenant.

"Formule de mon bonheur (ironique): un oui, un non, une ligne droite, un but." Nietzsche
Réponse de le 27/12/2016 à 13:10 :
> Quel peuple est le gagnat de la mondialisation ?

Les centaines de millions de chinois, indiens, africains, sud-américains qui sont sortis de la misère voire sont entrés dans les classes moyennes depuis le dèbut des années 2000 ?
Réponse de le 03/01/2017 à 9:35 :
Vous parlez de ces ouvriers qui travaillent pour un euro par jour et y meurent régulièrement ?

Oui en effet leur pouvoir d'achat a augmenté mais pas leur qualité de vie par contre.

"Au Bangladesh, les meurtriers du prêt-à-porter" https://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/CYRAN/49152 (abonnés ou payant)

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