Gratuité dans les transports publics ? Une coûteuse fausse bonne idée

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Nicolas Marquès et Cécile Philippe.
Nicolas Marquès et Cécile Philippe. (Crédits : IEM)
La mairie de Paris étudie la gratuité pour les usagers des transports en commun à Paris et en Ile-de-France. Mais c'est oublier que ces transports sont déjà largement subventionnés par les contribuables. Par Cécile Philippe et Nicolas Marques, respectivement directrice générale et chercheur associé de l'Institut économique Molinari.

La maire de Paris a annoncé le 19 mars vouloir lancer une étude sur la « gratuité » des transports en commun pour tous les Parisiens. Il s'agirait de voir s'il existe un modèle économique permettant de rendre ce projet réalisable. Or ce modèle, à base de taxes et subventions, existe déjà dans les transports et présente un maximum d'effets pervers. Il contribue à faire de la France la championne de la fiscalité du salarié moyen au sein de l'Union européenne.

Depuis plusieurs années, l'Institut économique Molinari s'attache à introduire de la transparence en matière de fiscalité. Les deux dernières éditions de son baromètre avec le cabinet EY montrent que la France est devenue la championne de la fiscalité, du fait de l'importance des charges sociales. Pour pouvoir distribuer 100 euros de pouvoir d'achat réel à un salarié moyen, l'employeur français doit s'acquitter de 78 euros de charges « patronales » et de 40 euros de charges « salariales ». Ce sont des records au sein de l'UE.

200 syndicats de transport financés par les fiches de paie

Or, rares sont ceux qui savent que l'augmentation des charges sociales est entretenue par une myriade de prélèvements finançant des dépenses collectives, dont les transports en commun. Plus de 200 syndicats de transport sont par financés par les fiches de paie. Les URSSAF collectent en effet une taxe, le « versement transport », qu'elles leur reversent. Ile-de-France mobilités (anciennement STIF) est le plus connu de ces syndicats. En 2015, ses recettes s'élevaient à 5,7 milliards d'euros. La grande majorité (66 %) provenait du versement transport qui représentait 3,8 milliards d'euros. Le reste (34 %) était essentiellement composé de contributions et subventions publiques.

Cette façon de faire ne contribue pas à la transparence. A l'heure actuelle le « versement transport » représente 2,95 % des salaires bruts sur Paris et sur les Hauts-de-Seine. C'est 1.100 euros pour un salarié moyen. Le vrai prix du PASS Navigo n'est pas de 75,20 euros par mois, mais de plus de 1.900 euros par an...

Une "innovation" tristement banale

L'« innovation » proposée par la mairie de Paris est tristement banale. Elle consisterait à faire disparaître totalement la participation des utilisateurs, en augmentant les contributions sociales et fiscales existant par ailleurs.

Or cette façon de financer les dépenses collectives génère des effets pervers bien réels. Elle pousse les employeurs à un comportement malthusien, en limitant les embauches comme les augmentations de salaires. Cette réalité s'impose à tous, du particulier employeur à la grande entreprise en passant par les PME. Elle contribue à la persistance d'un chômage élevé et la faiblesse de la croissance française. Pousser à la « gratuité » des transports parisiens, c'est renforcer cet engrenage. Il n'est pas sûr que nous soyons assez riches pour nous permettre ce genre de gratuité.

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Commentaires
a écrit le 28/03/2018 à 14:10 :
L'opinion de l'institut Molinari est purement idéologique car les externalités positives au bénéfice de la collectivité des transports gratuits sont innombrables:
1)Lutte efficace contre le réchauffement climatique
2)Diminution de la pollution avec diminution des dépenses de santé à court et moyen terme.
3)Diminution des importations de pétrole.
4)Gain de pouvoir d'achat pour ceux qui utiliseront les transports publics
5)Diminution de la sédentarité avec plus d'exercice physique pour ceux qui abandonneront la voiture (avec des gains pour la santé,là aussi)
6)Avec la diminution de la circulation automobile,possibilité de développer les pistes cyclables de manière importante ( A Amsterdam et Copenhague,le vélo est un moyen de transport à part entière,avec notamment une part modale de 39 % à Amsterdam contre 3 % à Paris! )
7)Mesure de redistribution de la richesse efficace
8)Augmentation de l'attractivité touristique de Paris et IDF.
Réponse de le 28/03/2018 à 17:26 :
1 -Vous supputez que la gratuité va "faire venir" dans les transports en commun des gens qui utilisent leur voiture. Quand on connaît le prix de revient d'un trajet en RP en voiture, on comprend vite que la non-utilisation du transport en commun n'est pas liée à un pb de prix du billet mais de liaison rapide et fiable.
2 - Le cout du transport en commun est déjà très faible dans le budget d'un touriste.
3-Un transport en commun gratuit c'est aussi un refuge pour les Sdf et marginaux, qui iront se reposer dans les banquettes chauffées. Cela peut faire fuir pas mal de monde aussi...
Vous oubliez vous toutes les externalités négatives !
Réponse de le 28/03/2018 à 19:27 :
Réponse à un peu limite

1)Il est évident qu' une partie des automobilistes n'abandonnera pas la voiture ,il faut coupler le trasport gratuit avec l'interdiction de la voiture thermique à Paris (comme prevu pour 2030).Avant de lancer les transports non payants,il faut les redimensionner en investissant beaucoup dans le réseaux.
2)Pour les touristes c'est quand même un budget non négligeable et surtout ça donnerait un avantage dans l'attractivité de Paris par rapport notamment à Londres où les transports sont très chers.
3)Le refuge pour les SDF et marginaux,c'est une idée reçue .A Aubagne dont les transports sont gratuits depuis 2009,on n'a rien constaté de tel.En plus le personnel dégagé du contrôle des titres de transport,pourra être consacré à l'amélioration de la sécurité .
a écrit le 28/03/2018 à 8:49 :
"Cette réalité s'impose à tous, du particulier employeur à la grande entreprise en passant par les PME."

Et sinon vous avez déjà eu des cours en ce qui concerne le principe de service public ?

Merci pour la messe néolibérale ma soeur et mon père mais je suis athée.

Enfin bon je suppose que les bons articles qu'on lit sur la tribune ont leurs contreparties imposées de messes insipides et stériles hein... -_-
a écrit le 28/03/2018 à 0:22 :
De mémoire la RATP s'autofinance à hauteur de 40 %

La gratuité aurait un corolaire en termes de diminution des coûts : économie de tourniquets, économie de machiine billetterie, économie sur la maintenance de tous ses équipements destinés au contrôle d accès ...économie de personnels ( plus de personnes en caisse e plus de contrôleurs )

Cela représente certainement pas 40% du budget mais le coût public additionnel ne doit pas être si monstrueux que cela aux regard des avantages pour la population..
Réponse de le 28/03/2018 à 13:55 :
Le budget de IDF mobilités provient à 28% et non pas à 40% de la vente de tickets (notamment le passe navigo) et autres recettes . Si l'on déduit la location des espaces commerciaux et la pub dans les gares,on doit probablement arriver à 25%. En plus dans le prix de tickets il y a la moitié payée par l'employeur privé ou public (pour ceux qui travaillent). En tout cas , l'ancien STIF manque de transparence, on parle de 2.8 à 3.5 milliards d'euros provenant de la vente de titres de transport. Est ce que la TVA (récupérée par l'état) est comprise dedans?.
Si l'on tient compte de tout ça, il y a probablement moins de 15%de financement à trouver pour rendre les transports publics gratuits en IDF, sans parler des économies que l'on ferait dans la billettique,comme vous l'expliquez très bien.
La TVA que l'état perdrait ,serait compensée par l'augmentation de l'attractivité de Paris et de l'Île de France grâce à cette mesure,avec hausse de la collecte de TVA, IS et IR.
a écrit le 27/03/2018 à 23:52 :
Rien n’est gratuit
Vivre à Paris doit être coûteux par rapport à la province , rendre les transports gratuits, c’est bien pour le tourisme
Mais qui va payer l’entretien des réseaux
Peut etre rendre certaines lignes touristiques gratuites et encore là ce sont les taxis qui vont râler.
Peut être des tarifs réduits par rapport au statut des utilisateurs.
Réponse de le 28/03/2018 à 0:56 :
Si l'on fait les transports gratuits en IDF, il faut le faire pour tout le monde.Pour 2 raisons:1)Il faut supprimer la billettique, pour faire des économies qui serviraient à financer ,en partie , le transport non payant.
2)Il est clair que des transports non payants y compris pour les touristes, augmenteraient l'attractivité de Paris,notamment par rapport à Londres qui a les transports publics les plus chers d'Europe.
Cela existe déjà à Genève,où les clients des hôtels reçoivent un ticket illimité pour la durée de leur séjour.
En ce qui concerne l'entretien du réseau il faut trouver la manière de le financer, mais normalement c'est la puissance publique qui doit le faire.
De toute façon la collectivité récupérerait largement l'argent investi dans le s transports non payants,grâce aux retombées positives sur la santé, dues à la diminution de la pollution (économies importantes pour la sécu). Mais ,il est clair que les transports"gratuits"ne. suffisent pas et qu'il faut coupler cette mesure à l'interdiction de la voiture thermique à Paris (comme prévu par A.Hidalgo en 2030) et dans le centre des villes de banlieue.
a écrit le 27/03/2018 à 19:52 :
Rien n'est gratuit, il faut payer la facture, Madame Hidalgo connaît la cible., toujours la même, les français qui ont eu l'outrecuidance de travailler , en fait, les 42 % qui sont assujettis à notre IR républicain.
Réponse de le 28/03/2018 à 0:37 :
BA oublie que tout le monde paie la CSG qui est un impôt sur les personnes et la TVA. En plus il s'agit d'impôts non progressifs.
a écrit le 27/03/2018 à 19:33 :
La vraie innovation c'est au contraire de faire payer tous les services à leurs utilisateurs (par exemple les routes aux automobilistes via la TICPE, l'école aux familles via le chèque scolaire, etc...)...et de redistribuer aux individus l'argent de l'impôt pour qu'ils puissent choisir en connaissance de cause.
Réponse de le 27/03/2018 à 23:18 :
En fait, tu veux revenir au moyen age. Supprimer l'état qui a créé l'école pour tous, l’électricité pour tous, les télécoms pour tous, les routes pour tous, la médecine pour tous, la défense nationale pour tous. C'était certainement mieux avant...
a écrit le 27/03/2018 à 19:29 :
Ce n'est pas la peine de faire un long développement: rien n'est gratuit.
Cordialement
Réponse de le 28/03/2018 à 0:34 :
Le transport est déjà "gratuit" à 20-25%. C'est payé par les impôts .On peut financer ce qui reste à financer avec diverses mesures et notamment une distribution différente de l'argent collecté par l'impôt. Là, on ferait payer plus ceux qui usent et abusent de la voiture et qui polluent nos villes
a écrit le 27/03/2018 à 18:00 :
Donc finalement le seul argument présenté c'est que le transport en commun gratuit pèse sur les charges sociales des entreprises.
C'est un peu court non? D'autant plus que rien n'est chiffré dans l'argumentaire.

La réalité c'est que les entreprises ne payent pas leur pollution au juste prix, qu'elles bénéficient de TVA allégée sur les transports, qu'elles ne contribuent pas à l’indemnisation du chômage à hauteur de leur action (idem pour les accidents du travail, des maladies professionnelles ...).

Quand les employés bénéficient de conditions de transport en commun à un prix attractif, çà fait autant de places de parking en moins à prévoir, c'est autant de retards individuels en moins, c'est une modération salariale plus facilement acceptée, c'est un bassin de recrutement plus étendu.

Après, le MEDEF c'est des mécontents perpétuels. Le jour où Macron rétablira le travail forcé , ils se plaindront de devoir nourrir les travailleurs...
Réponse de le 28/03/2018 à 1:58 :
RE: Je suis d'accord avec bof. L'argumentaire de l'institut Molinari est très faible. Il ne tient absolument pas compte des externalités positives qui produirait le transport complétement gratuit en IDF. Si l'on prend en compte l'exemple de Aubagne (transport non payant depuis 2009 et premier tram gratuit au monde depuis 2015),on constate qu’au lieu de faire fuir les entreprises, le transport gratuit les a attiré (augmentation de l’attractivité de la ville comme à Tallin en Estonie depuis 2103), malgré l’augmentation de la redevance transport qu’elles doivent payer pour financer les 15% non financés jusqu’à 2009, par l’ancienne redevance transport et les subventions publiques. En plus c’est une entreprise semi-privée, Transdev qui pilote la gestion du réseau de transport d’Aubagne.

A.Hidalgo a bousculé l’ancien monde ,notamment néo-libéral mais aussi ses adjoints à la Mairie et EELV (alors que les externalités positives de cette mesure sont énormes pour la lutte contre la pollution et contre le réchauffement climatique),avec cette proposition d’étudier la faisabilité de transports complétement gratuits à Paris. Cela étant dit, comme dit Pécresse, si l’on arrive à financer la mesure ,il faudrait étendre les transports non payants à toute l’IDF.
a écrit le 27/03/2018 à 17:27 :
L'erreur essentielle que nous commettons est de ne pas tenir compte du role de l'énergie. Il faut appliquer la note n°6 du CAE et tout devient possible. Mais les Français, et eux seuls, oublient de tenir compte du role de l'énergie comme si nous étions encore au Moyen age. Il faut payer notre énergie plus cher, c'est à dire à son juste prix qui tienne compte du progrès technique. L'énergie doit prendre en charge le financement des charges sociales.
Réponse de le 27/03/2018 à 21:52 :
payer l'énergie à son juste prix supposerait d'en BAISSER fortement le prix tant elle supporte de taxes.

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