[In]dépendance européenne aux GAFAM : la souveraineté Cloud est-elle un mirage ?

La question de l'indépendance d'un Cloud français est un serpent de mer. Le sujet revient sans cesse sur le devant de la scène et suscite polémiques et controverses. (*) Par Jean-Paul Alibert, Président de T-Systems France

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(Crédits : Dado Ruvic)

En juillet dernier, une tribune publiée dans la presse se faisait l'écho de l'incompréhension de jeunes développeurs face à la préférence des pouvoirs publics pour les Gafam. Le sujet peut être rapproché de la création au printemps dernier de Bleu par Orange et Cap Gemini. Cette offre, qui se veut Cloud Souverain, encapsule les technologies Microsoft dans des centres de données français. Si les données hébergées dans Bleu sont souveraines, ce qui restera à démontrer, elles seront en revanche intégrées à 100% à la technologie Microsoft...

 Engager notre force collective

Pour pouvoir être gagnée, cette compétition technologique ne doit pas être jouée au niveau national. C'est au niveau européen que nous avons la possibilité de renverser la tendance. Prenons comme analogie les derniers Jeux Olympiques, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Italie ensemble cumulent plus de médailles que les États-Unis ou la Chine. Il convient de cesser de penser les enjeux de dépendances technologiques du seul point de vue national. Il faut engager notre force collective et penser européen. Nous disposons en Europe des ressources nécessaires pour monter une organisation Cloud de dimension mondiale basée sur un maximum d'Open Source, Open Stack notamment. Nous, Européens, avons des acteurs du monde du service de premier rang. Nous possédons également des investisseurs d'envergure internationale. Les grands opérateurs télécoms européens sont en effet en mesure de jouer la carte de l'investissement.

Pourquoi les choses ne se mettent-elles dès lors pas en place ? Comment se fait-il que les géants nord-américains et chinois nous maintiennent dans ce rapport de dépendance technologique fort ? Une des réponses repose sur les règles d'achat des marchés publics européens. Un nombre encore trop important de commandes d'État sont réalisées au profit de solutions extra européennes. Les acheteurs expliquent qu'il n'existe pas d'alternative valable au niveau européen, et les règlements des marchés publics renforcent cette situation. Les investisseurs répondent qu'ils ne pourront investir massivement que lorsque la législation européenne ira dans le sens d'une préférence régionale. Le serpent se mord la queue et notre dépendance technologique ne cesse de croître.

S'il est difficile de demander aux États d'investir dans des infrastructures technologiques, il est plus envisageable de faire que ceux-ci s'engagent pour une préférence régionale des technologies en jouant enfin intelligemment avec le contexte OCDE. En donnant de tels gages économiques, les États créeront une position de force et les conditions pour un investissement de la part des acteurs. Ces derniers seront en effet assurés de retrouver leur mise de départ et de disposer de nouvelles lignes de croissance. Ce qui n'est pas le cas à l'heure actuelle.

La position des industriels est complexe

Dans un premier temps, ces derniers vont devoir baisser leurs marges pour être compétitifs. Le principe est simple : des infrastructures nouvelles engagent des investissements, puis des marges plus faibles. Le seul moyen de lutter contre les tarifs agressifs des Gafam est de parier sur une croissance du marché mais surtout de s'assurer que les futures commandes seront réalisées au sein de ce nouveau vivier. Les marges seront récupérées à long  terme et l'effet de volume jouera alors à plein.

Les précédentes tentatives nous rappellent aussi que de bonnes pratiques peuvent masquer de nouveaux défis. Le défi de la transition technologique européenne, permettant de passer d'un statut de dépendance à celui de souveraineté, ne peut être réalisé qu'en traitant les différents sujets de manière parallèle. Il faut fédérer les industriels et les investisseurs autour d'une offre et créer de la demande via une régulation du marché ad hoc. Tout est une question de volonté politique et d'audace économique. Et si nous créions enfin les conditions d'une préférence économique européenne ?

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Commentaire 1
à écrit le 04/09/2021 à 15:57
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Les infos sur le cloud partout dans le monde de toutes façons sont toutes en insécurité, le mieux c'est le disque dur non connecté à internet. Ensuite quand vous voyez que nos lrem n'ont rien trouvé de mieux que de mettre nos données de santé sur le ...

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