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Inflation américaine : après le déni, les remèdes de Gribouille

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 10 janvier 2022 à 07:14 - Mis à jour le 10 janvier 2022 à 07:45

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Marc Guyot et Radu Vranceanu.

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OPINION. Résultat du déséquilibre entre l'offre et la demande, l'envolée des prix aux Etats-Unis (6,8% en novembre) se traduit par le mécontentement des consommateurs. Le président américain qui voit sa popularité chuter cherche des coupables, accusant notamment les grandes firmes, alors que l'inflation persistante est en partie le résultat de sa politique. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l'Essec

Le niveau élevé de l'inflation américaine, 6,8% en novembre, qui rogne le pouvoir d'achat des Américains alimente la baisse de la confiance des consommateurs en même temps que la baisse de popularité de Joe Biden. Face à cette conséquence inattendue (par lui) de ses projets démesurés de relance de la demande, il a promis à ses électeurs de lutter contre la hausse des prix.

Tout le monde comprend bien qu'une situation dans laquelle la demande est forte et l'offre est contrainte génère fatalement une hausse des prix, qu'il s'agisse du marché des produits électroniques, des transports, de l'énergie ou du marché du travail lui-même.

Face à ces lois économiques simples, lorsque l'on est l'un des acteurs de l'envolée de la demande, il est plus simple et plus cynique de trouver des coupables de substitution à blâmer. Le coupable habituel en l'espèce est bien sûr l'ignoble recherche du profit par des firmes avides les amenant à truquer les marchés via des ententes de prix et à fixer des prix élevés pour dépouiller le consommateur. La forte hausse du profit moyen des entreprises, constatée en 2021, est bien la preuve de leur détestable complot. Dès lors il n'y a plus qu'à se présenter comme le défenseur des honnêtes gens et du bon capitalisme et à lancer la Division Antitrust à leurs trousses.

Accusations contre le secteur de la viande

Après le secteur du pétrole en novembre 2021, c'est le secteur de la viande qui a été accusé de pratiques délictueuses le 3 janvier dernier. Selon le gouvernement américain, l'augmentation des prix de la viande de 16% est vraisemblablement due à une entente de prix permise par la forte concentration du marché. Le gouvernement a dévoilé un plan de 1 milliard de dollars, destiné à aider les petits producteurs à développer leur production pour développer l'offre. De fait, le marché est concentré avec un C4 (part de marché cumulée des 4 principales firmes) de 85% dans la production de viande de bœuf et de 54% dans celle du poulet. Le marché de la viande aux Etats-Unis a plutôt une structure d'oligopole dur « à la Bertrand », l'homogénéité du produit générant une forte rivalité prix. Il est exact que ce secteur a été marqué dans le passé par des ententes de prix. Les 4 principaux producteurs de viande de poulet ont été condamnés pour entente de prix entre 2012 et 2017. Sur la période, les prix avaient augmenté de 11% puis avait chuté de 27% à partir de 2019 jusqu'au début de la pandémie.

Manque de main d'œuvre

Cependant, quel avantage auraient les firmes à créer actuellement des ententes, par définition une stratégie défensive pour maintenir les prix hauts, alors que l'économie américaine est en pleine période de croissance économique et que leur problème principal est de produire suffisamment pour suivre l'augmentation de la demande ? Le principal problème des producteurs de viande, provoquant à la fois des hausses de coûts et une restriction de leur offre, est le manque de main d'œuvre. Financer la construction d'unités de production supplémentaires ne réglera en rien le problème. Enfin, il faudra plusieurs semestres avant que ces unités soient opérationnelles et lorsque cette offre supplémentaire arrivera la situation aura vraisemblablement évolué.

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Si infondées que soient ces accusations et ces enquêtes, il serait néanmoins heureux que Joe Biden s'en tienne là et n'aille pas jusqu'à mettre en place des contrôles des prix. Cela plongerait les firmes dans un brouillard total et paralyserait immédiatement l'activité et l'investissement. En effet, les prix servent de signaux aux offreurs et aux demandeurs qui font leur choix en fonction de la comparaison des prix pour les consommateurs et en fonction de la rentabilité comparée pour les offreurs. Si les entreprises se trouvent bloquées en termes de prix de vente, tout en devant subir la hausse des prix du travail et de leurs consommations intermédiaires, elles ne vont pas prendre de risque d'investir dans des nouvelles technologies plus efficaces. Même si des planistes décidaient des prix à la place du marché, cela n'aurait absolument aucun effet sur la cause première de la hausse des prix, à savoir les pénuries dues aux effets de disruption du variant Omicron et de la pandémie en général. Des prix fixés en dessous du prix de marché pour neutraliser l'inflation conduirait à une pénurie de produits et à des étagères vides style Union Soviétique et, en même temps, pousseraient les firmes à la faillite vu le renchérissement des coûts.

Passivité des banques centrales et relances survitaminées

Nous sommes personnellement très favorables à l'intensification de la concurrence dans tous les domaines (et nous nous félicitons de l'ouverture du rail à la concurrence avec l'arrivée en France de Trenitalia) mais en l'occurrence elle est agitée inutilement. En réalité, les Etats-Unis et les autres pays payent le prix des mois de passivité des banques centrales qui ont sacrifié la stabilité des prix pour des relances survitaminées. Maintenant qu'une inflation supérieure à 5% fait partie du paysage, les firmes individuellement n'hésitent plus ni à augmenter le prix de leur produits ou services, ni à augmenter les salaires pour attirer ou retenir des collaborateurs. A défaut de pouvoir régler directement les problèmes de supply-chain et de pénurie, s'il veut agir sur l'inflation, la seule possibilité de Joe Biden est de prendre les bonnes décisions en matière sanitaire et en matière de vaccination. Il pourrait également surseoir à ses plans de nouvelles dépenses publiques qui arrivent maintenant au plus mauvais moment. De son côté la Fed, peut agir également en faisant preuve de plus de détermination et en durcissant plus rapidement sa politique monétaire.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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