L’électrification des flottes sous pression des lobbies
Lucie Pinson et Léo Larivière

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Lucie Pinson et Léo Larivière

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Électrifier nos voitures. Voilà un objectif politique qui a fait grand bruit lors des précédentes mandatures. Régulièrement mis en avant par les responsables politiques de tous bords pour illustrer les politiques climatiques, il s'est traduit au niveau européen par un engagement à cesser la vente de voitures thermiques neuves d'ici 2035.
À la clé, c'est une pierre, trois coups :
Mais tout le monde n'a pas intérêt à sortir du modèle automobile ancien. Aidés par leurs cabinets d'influence, certains géants du secteur automobile s'activent en coulisse, dans les ministères, à l'Assemblée et au Sénat. Ils font tout ce qui est en leur pouvoir pour ralentir la transition du marché et protéger les bénéfices qu'ils réalisent encore sur les véhicules à pétrole.
Parmi les francs-tireurs de l'Ancien Monde automobile, on trouve les grandes sociétés de leasing. Méconnues du grand public, ces filiales de grandes banques ou de constructeurs, spécialisées dans la location automobile, jouent un rôle central sur le marché automobile : en 2023, près de 60% des voitures neuves ont été mises en circulation via un contrat de leasing.
Dans leur viseur : la révision des « quotas de verdissement » de la loi d'Orientation des Mobilités (LOM) et surtout l'introduction de pénalités à l'encontre des groupes qui ne les respectent pas. Cette mesure votée en 2019 oblige en théorie les grandes entreprises et les principaux loueurs de voitures à intégrer de plus en plus de véhicules à faibles émissions, à chaque renouvellement annuel de leurs flottes, pour sortir progressivement du véhicule fossile. Faute de contrôles et surtout de sanctions, ces quotas sont aujourd'hui largement ignorés.
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La demande des lobbies du leasing : être tout bonnement retirés du champ d'application de la loi LOM. Pour ce faire, ils ont d'abord contesté les quotas de verdissement devant la justice administrative. Le Conseil d'État leur a donné tort en octobre 2023. Qu'à cela ne tienne, ils ont réagi en soufflant aux parlementaires des dizaines d'amendements, d'abord dans le cadre d'une proposition de loi examinée à l'Assemblée avant la dissolution de juin 2024, puis dans le contexte de la loi de finances.
L'argument avancé est imparable : ces mastodontes seraient des « intermédiaires neutres » entre les constructeurs et les automobilistes, sans aucune capacité à orienter le marché. En réalité, c'est tout l'inverse : ce sont elles qui financent et détiennent les véhicules qu'elles louent. Ce sont elles qui les commandent aux constructeurs. Ce sont elles qui décident des modèles mis au catalogue, vers lesquels leurs clients peuvent se tourner. Ce sont elles qui conseillent et orientent les choix de location, notamment à travers leur politique tarifaire. Ce sont elles, enfin, qui vendent les véhicules et qui récupèrent la valeur résiduelle à la fin de la période de location.
Mais pour les représentants du secteur, le gouvernement devrait faire confiance aux lois du marché : libérées de toute contrainte, les entreprises agiront d'elles-mêmes pour décarboner leurs voitures, au « bon » rythme. Difficile d'y croire vu le bilan des sociétés de leasing. Tout en affirmant haut et fort être des « leaders de la mobilité verte », elles ont jusqu'ici ralenti la transition électrique sur leur principal marché, le leasing aux entreprises. En 2023, 10% des voitures louées par les professionnels étaient électriques contre... 16% de celles achetées directement.
Dans le monde des sociétés de leasing, les poids lourds sont les filiales de Société Générale et de BNP Paribas : à elles seules, elles sont responsables de la mise en circulation de près de 200.000 voitures chaque année, soit plus d'une voiture neuve sur dix mise en circulation en France l'année dernière.
Or, ces deux banques sont de mauvais élèves. Non seulement elles refusent de se désengager de la location de voitures à pétrole, mais elles misent fortement sur les SUV, qui représentent la grande majorité des voitures louées en 2023 (respectivement 58 et 59 %). De quoi s'interroger sur la sincérité des ambitions affichées par exemple par la « banque d'un monde qui change » de soutenir une « transition vers une mobilité plus durable, sûre et accessible ».
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Les positions des lobbies du secteur s'éclairent lorsque l'on se penche sur le profil de leurs dirigeants : les principaux syndicats du secteur, le Syndicat des Entreprises des Services Automobiles en Location Longue Durée et des Mobilités (Sesam LLD), la Fédération Nationale des Loueurs de Véhicules (FNLV) et l'Association Française des Sociétés Financières (ASF), sont ainsi dirigés par les Directeurs généraux de filiales de la BNP Paribas et de la Société Générale. CQFD.
Lucie Pinson et Léo Larivière